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Maroc : une répression qui montre la peur des classes riches face à la révolte de la jeunesse

Mercredi 3 décembre, le tribunal de Marrakech a condamné, sous prétextes de vandalisme et de trouble à l’ordre public, 29 manifestants arrêtés lors de la révolte de la Gen Z 212 à Aït Ourir, ville au chômage très élevé, près de Marrakech. Il a asséné un total de 55 années de prison (dont quatre manifestants condamnés à cinq ans) et 2,6 millions de dirhams (240 000 euros) d’amendes à verser à l’État, à la police et à deux banques qui se sont déclarées victimes. Depuis les révoltes de la Gen Z de septembre-octobre, où plus de 3 000 manifestants avaient été arrêtés, 1 500 sont traînés en justice. Les peines sont montées jusqu’à quinze ans de prison ferme pour trois manifestants au tribunal d’Agadir fin octobre, et une peine de vingt ans de prison à Salé, où trois manifestants avaient été abattus par les forces de l’ordre le 2 octobre.

Le régime fait payer la peur qu’ont suscité pour lui les révoltes de la jeunesse. Il a bien raison d’avoir peur. Car c’est un mécontentement profond de toutes les couches pauvres de la société qu’exprimait ce mouvement qui a embrasé plusieurs villes du pays, du 27 septembre à la mi-octobre. Aujourd’hui, face à la répression, le mouvement semble surtout réduit à l’activité d’une coordination pour la libération des prisonniers, auquel fait écho dans l’émigration, à Paris, l’appel à un rassemblement pour la libération de tous les détenus politiques le 10 décembre, lors de la journée mondiale des droits humains. Mais toute une nouvelle génération de jeunes sortis de leur fac ou de leur lycée a appris le chemin de l’action collective, pas seulement pour le droit à l’éducation et à la santé, mais aussi contre les inégalités sociales et la corruption du régime.

Alors que la répression s’abattait sur les manifestants, le 9 octobre à Dakhla, siège de l’administration marocaine du Sahara occidental, s’est tenu le « Forum économique Maroc-France ». Quarante chefs d’entreprise français étaient là, derrière le vice-président du Medef venu saluer la « dynamique impressionnante » de ce vaste territoire côtier saharien, entouré de barbelés et d’une zone militaire de cinq kilomètres de large pour la protéger des autonomistes sahraouis. La porte leur avait été ouverte il y a un an, lors de la reconnaissance officielle par Macron de la souveraineté du Maroc sur cette région, malgré les revendications autonomistes.

La Gen Z marocaine a bien du pain sur la planche. Les jeunes qui ont découvert la contestation politique ont du chemin à faire vers les idées révolutionnaires et leur lien avec la classe ouvrière marocaine. Nous avons besoin de développer une bonne « Gen rouge » pour l’aider à balayer tout ce beau monde !

Olivier Belin

 

 

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