Lors d’une conférence intitulée « La nouvelle donne internationale1 », Jean-Luc Mélenchon a décrit ce que seraient la vision et l’action d’un « gouvernement insoumis ». Certaines dénonciations des aspects les plus brutaux de la situation internationale touchent juste, comme celle du génocide à Gaza ou celle des coups de force de l’impérialisme américain, en réponse à la concurrence de l’impérialisme chinois.
Mais que faire en face ? Jean-Luc Mélenchon explique que la « gauche radicale » doit défendre le droit international et les instances comme l’ONU. Pourtant la colonisation et les massacres en Palestine montrent, jour après jour, l’inutilité des centaines des résolutions de l’ONU face aux exactions d’un Netanyahou soutenu et armé par les grandes puissances occidentales2. Dans un système régi par la compétition capitaliste et où la loi du plus fort est la norme, comment penser que le droit international puisse être un quelconque bouclier pour les peuples face aux impérialismes les plus puissants ?
Tout le reste du discours de Mélenchon est un acte de candidature à la tête de l’État français : grâce à lui, la France retrouverait « indépendance » et « souveraineté ». Il faudrait se dégager de la tutelle américaine, nouer des alliances avec l’Inde et la Chine, et arrêter de blacklister la Russie. Une politique de « non-alignement » que Mélenchon n’hésite pas à inscrire, citation à l’appui, dans les pas de celle de De Gaulle qui vantait une Europe « de l’Atlantique à l’Oural ». Mélenchon ne discute que de la place de la France, et donc de sa bourgeoisie, dans le monde… et n’hésite pas à souligner longuement les avantages procurés par l’étendue du territoire français dans le monde et la francophonie. Traduisons-le : il faut maintenir coûte que coûte ce qui reste de l’empire colonial français et de son influence partout dans le monde. Qu’en pensent les Kanak qui subissent la répression de l’État français ?
On est loin de toute idée de lutte des classes, d’internationalisme prolétarien, d’intérêts communs entre travailleurs au-delà des frontières… Qu’attendre d’autre d’un homme politique qui se disait il y a deux semaines « fan » de Dassault en admirant le « passage à la cadence de quatre avions Rafale par mois » ? Même de « gauche radicale », même « pacifiste », le souverainisme ne mène qu’à embrigader les travailleurs derrière « leur » bourgeoisie nationale.
Boris Leto
1 Conférence disponible sur la chaîne YouTube de Jean-Luc Mélenchon, « La nouvelle donne internationale – Comprendre pour agir », 28 janvier 2026 (1 h 45).
2 On peut conseiller l’ouvrage récent Rendre impossible un État palestinien : l’objectif d’Israël depuis sa création de Monique Chemilier-Gendreau (voir la chronique publiée le 20 mai 2025 sur notre site.