Lors du procès de Dahbia Benkired, condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité pour torture, viol et meurtre en 2022 à Paris contre Lola Daviet, une jeune adolescente, il a été difficile d’échapper à des discussions sur cette « affaire hors-norme », comme on nous l’a répété en boucle dans les médias. Pourquoi autant de détails sordides ont été distillés jour après jour, mélangés à des commentaires de tel « chroniqueur judiciaire » ou de tel « expert psychiatre » ? Quel intérêt à se repaître du récit d’une femme de 27 ans qui torture, viole, tue et tente de transporter dans une malle le cadavre d’une fillette de 14 ans ? Aucun être humain, face à un tel déchaînement meurtrier, ne peut échapper à la sidération, à des formes d’identification ou d’empathie à l’égard de la victime et de ses proches, et s’empêcher de se poser des questions sur la « possibilité » même d’un tel crime.
Mais dès le départ, il s’est agi d’autre chose : l’auteure du crime étant de nationalité algérienne et sous le coup d’une OQTF, cela a ouvert la voie au déchaînement de la fachosphère. Le prénom de la victime a servi de tremplin à toutes les franges de l’extrême droite pour appeler au rétablissement de la peine de mort et à l’expulsion de tous les étrangers. Marine Le Pen a pointé « un cas d’école sur le caractère hors contrôle de l’immigration clandestine dans le pays », Retailleau (pas encore ministre de l’Intérieur à l’époque) en a rajouté des louches, Zemmour a lancé le terme de « francocide », tandis que les identitaires appelaient à des manifestations partout en France en hommage à « la petite Lola ».
Trois ans après, au moment de l’ouverture du procès, le récit construit autour d’une volonté supposée d’éliminer des Français de couleur blanche, qui plus est en utilisant l’horrible mort d’une enfant, a laissé son empreinte bien au-delà des rangs de l’extrême droite organisée. La mère de Lola a demandé à plusieurs reprises que « soit retirée toute utilisation du nom et de l’image de leur enfant à des fins politiques »… Une attitude qui force le respect face à cette pression nauséabonde et qui conforte la conviction que l’humanité ne devra jamais remettre son devenir dans les mains de fachos.
10 novembre 2025, Marie Darouen