Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

C’est le Comité des droits des personnes handicapées, un organisme dépendant de l’ONU, qui l’écrit dans un rapport qu’il vient de rendre public. Depuis le début des bombardements sur le territoire palestinien le 7 octobre 2023, 21 000 enfants ont été gravement handicapés, soit plus de la moitié des enfants blessés par les troupes israéliennes. En effet quelque 40 500 enfants ont souffert de « blessures provoquées par la guerre ». Au total, au moins 157 114 personnes ont été blessées, dont plus de 25 % risquent de souffrir d’incapacités à vie, et au moins 75 000 tuées. Le génocide continue.

À l’initiative de Reporters sans frontières (RSF) 250 médias dans 72 pays, dont une quarantaine en France, participent à une campagne internationale pour dénoncer le sort des journalistes palestiniens systématiquement ciblés et assassinés par l’occupant israélien. « Ensemble, nous dénonçons avec la plus grande fermeté ces meurtres et ces assassinats par l’armée israélienne dans la bande de Gaza », peut-on lire dans le communiqué de plusieurs médias français. RSF a décompté plus de 210 journalistes tués depuis le début des opérations militaires israéliennes. Le but de cette campagne, a expliqué Thibaut Bruttin, directeur général de l’ONG, est aussi de mettre fin « à la campagne de dénigrement opéré par les forces armées israéliennes contre les journalistes palestiniens, accusés de terrorisme avec des preuves invérifiables ». Enfin les médias français signataires du texte demandent au gouvernement « de faire pression sur le gouvernement israélien afin de faire cesser les crimes de l’armée israélienne contre les journalistes palestiniens ». On peut toujours rêver. Car depuis le début du conflit, Paris s’est toujours refusé à prendre une quelconque mesure concrète contre le génocidaire Netanyahou, se contentant de protestations platoniques. Et il n’y a pas de raison que cela change.

La « Global Sumud Flotilla » est un convoi d’une dizaine de navires, parti dimanche de plusieurs ports européens à destination de Gaza. Accompagné de nombreuses personnalités, il transporte de l’aide humanitaire, essentiellement de la nourriture et des médicaments. Israël avait déjà arraisonné en toute illégalité un précédent voyage humanitaire au mois de juin. Netanyahou osera-t-il réitérer son geste de piraterie ? En tout cas il faut saluer l’initiative : pour faire cesser le génocide, tous les moyens et toutes les protestations sont bonnes.

Washington a annoncé que l’administration Trump avait refusé ou révoqué des visas à quelque 80 responsables palestiniens, membres de l’Organisation de libération de la Palestine et de l’Autorité palestinienne dont son président, Mahmoud Abbas. But de l’opération : empêcher la venue d’une délégation palestinienne à l’Assemblée générale de l’ONU du mois prochain à New-York. C’est au cours de cette session que la France et plusieurs autres États s’apprêtent à reconnaître l’État de Palestine. Cette interdiction n’aura que peu d’influence sur le résultat, mais c’est une façon pour Trump de réaffirmer son soutien total à Israël. Ce dont Netanyahou s’est immédiatement félicité.

Selon le média indépendant israélien +972 Magazine, l’armée israélienne utilise une unité secrète pour façonner le discours autour de Gaza, présentant les reporters palestiniens comme des agents du Hamas afin de justifier leurs assassinats. « La tâche principale de la “cellule de légitimation” est de discréditer le travail des journalistes palestiniens et de fournir une excuse pour les tuer », explique le politologue israélien Ahron Bregman. Cette cellule surveille aussi les reportages provenant de Gaza et diffuse des contre-discours sur les réseaux sociaux et les ondes internationales, souvent repris tels quels par les médias. Un bourrage de crâne qui, venant du gouvernement israélien, ne peut étonner, lui qui, dans le même temps, interdit à tout journaliste étranger d’entrer dans le territoire palestinien. Rappelons qu’environ 200 journalistes ont été tués en près de deux ans de guerre, faisant de Gaza le conflit le plus meurtrier pour cette profession dans l’histoire moderne.