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Palestine

Malgré l’interdiction de la police, plus de 3 000 manifestants se sont retrouvés le week-end dernier sur la place Habima de Tel Aviv. Organisé conjointement par la Coalition pour la paix et le Haut Comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, le rassemblement avait comme objectif de dire non « à la guerre d’extermination et de famine ». À l’issue de la manifestation, Mohammad Barakeh, président du Haut Comité de suivi, a déclaré : « L’organisation de ce rassemblement à Tel Aviv est importante pour que les Israéliens juifs prennent également conscience de ce qui se passe à Gaza en leur nom. » Une prise de conscience qui progresse lentement alors que le génocide se poursuit.

Selon des données internes de l’armée israélienne, obtenues par le quotidien britannique The Guardian, les médias israélo-palestiniens Local Call et +972 Magazine, on recensait, en mai, 53 000 Palestiniens tués à Gaza dont 8 900 étaient membres du Hamas ou du Jihad islamique. Pour le dire autrement, 83 % des victimes étaient des civils. Et là, il sera difficile pour Netanyahu d’affirmer qu’il s’agit de la propagande du Hamas. Un tel taux de civils massacrés est exceptionnel dans l’histoire récente des conflits et apporte de l’eau au moulin des accusations de génocide portées par des juristes, chercheurs et ONG contre Israël. Même d’anciens officiers israéliens reconnaissent que les bilans officiels sont manipulés et que « la plupart des tués » sont des non-combattants. Ces révélations viennent contredire les discours officiels israéliens, qui affirment régulièrement avoir ciblé « des terroristes ». En réalité des civils sont systématiquement comptés comme combattants après leur mort, gonflant artificiellement le nombre de militants tués. C’est bel et bien une guerre contre tout un peuple que mène l’occupant sioniste.

Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme de l’ONU basé à Rome, confirme non seulement qu’une famine est en cours dans le gouvernorat de Gaza, mais qu’elle devrait s’étendre à ceux de Deir el-Balah et Khan Younès d’ici fin septembre. Ses experts ont averti que 500 000 personnes se trouvaient dans un état « catastrophique ». C’est le niveau de détresse alimentaire le plus élevé de l’IPC, caractérisé par la famine et la mort. Ce chiffre, basé sur informations recueillies jusqu’au 15 août, devrait monter à presque 641 000 d’ici fin septembre. « C’est une famine que nous aurions pu éviter si on nous l’avait permis », a accusé le responsable de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, Tom Fletcher. « La nourriture s’accumule aux frontières en raison de l’obstruction systématique d’Israël », a-t-il déclaré lors d’un point de presse à Genève, ajoutant que « cette famine va et doit nous hanter tous ». Rappelons qu’ affamer des civils à des fins militaires est considéré comme un crime de guerre. Le gouvernement israélien de son côté, avec son culot et sa morgue habituels, a démenti toute famine et a accusé l’ONU et ses agences de s’aligner sur le Hamas. Et il poursuit son génocide avec l’appui ouvert des États-Unis et la passivité complice de nombre de pays occidentaux, dont la France.

Alors que l’offensive contre Gaza-ville, qui va remobiliser plus de 60 000 réservistes supplémentaires, est engagée, la radio de l’armée israélienne a annoncé chercher à recruter des soldats à l’étranger (notamment aux États-Unis et en France) pour combler 12 000 postes manquants. La guerre de Gaza – qui dure depuis bientôt 23 mois – est le plus long conflit de l’histoire du pays. Près de 900 militaires israéliens y ont trouvé la mort, 18 500 ont été blessés ou souffrent de stress post-traumatique et une cinquantaine d’entre eux se sont suicidés. À cela il faut ajouter les 14 600 hommes et femmes qui ont refusé de répondre à l’appel à la conscription et sont donc considérés comme déserteurs. Dans certaines unités, près de la moitié des réservistes se sont fait porter pâle. Tout cela, couplé aux imposantes manifestations contre la guerre qui ont eu lieu le week-end dernier – notamment à Tel Aviv – montre qu’une fraction croissante de la population ne croit plus la propagande officielle selon laquelle cette guerre, qui a tué plus de 60 000 Palestiniens, est nécessaire à la défense du pays. Mais de là à se débarrasser de Netanyahou et de sa clique, il y a un pas qui reste à franchir.

C’est L’Humanité qui donne l’information. Vendredi 8 août, des manifestations de protestation contre la guerre ont eu lieu à Jaffa, Haïfa et Jérusalem à l’appel d’organisations féminines réunissant juives et arabes. « La véritable majorité silencieuse en Israël – les femmes, juives et arabes – voit la réalité clairement. Nous la vivons chaque jour. Nous ressentons la peur, la douleur et la responsabilité. Nous voulons construire une paix juste », écrivent les organisatrices dans un communiqué. Elles demandent également « l’arrêt du génocide et de la famine à Gaza », le « retour des otages » et « un accord de paix ». Ces manifestations se déroulaient alors que Netanyahou annonçait sa volonté d’occuper totalement la bande de Gaza. Il faudra plus que ces manifestations pour le faire reculer, mais elles confortent un mouvement de protestation contre Netanyahou et sa politique qui doit s’amplifier.

Une enquête conjointe du quotidien britannique The Guardian, du média en ligne israélien Local Call et du site israélo-palestinien +972 Magazine montre que le géant de la tech, Microsoft, collabore étroitement avec l’armée israélienne dans le cadre de la guerre de Gaza. Microsoft a développé une version personnalisée de sa plateforme cloud pour l’unité militaire israélienne 8 200, spécialisée dans le renseignement et la guerre cybernétique. Plus de 200 millions d’heures d’enregistrements audio sont stockées par Microsoft, dont des appels de dizaines de milliers de Palestiniens définis comme « suspects » par l’occupant. Ces derniers sont ensuite arrêtés… ou abattus sans autre forme de procès. Un business juteux pour Microsoft qui capitalise sur le génocide à Gaza.