Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

La centrale syndicale, la Histadrout, surtout implantée dans le secteur public, avait lancé lundi une grève générale pour dénoncer « l’abandon des otages » par le gouvernement. Bien qu’un tribunal ait déclaré la grève « politique » et « illégale » et que les bureaucrates syndicaux l’aient arrêtée à la mi-journée, des centaines de milliers de travailleurs ont suivi le mouvement, rejoint par des associations pacifistes et l’Association médicale israélienne. La veille, des manifestations massives avaient déjà eu lieu à Tel Aviv, à Jérusalem et dans nombre d’autres villes suite à l’annonce de la mort de six nouveaux otages à Gaza. Nombre de manifestants – ainsi que les familles des otages – reprochent à Netanyahou de les avoir abandonnés et de refuser tout accord de cessez-le-feu avec le Hamas pour des raisons purement politiciennes, notamment la survie de son gouvernement et la crainte, s’il perd le pouvoir, de se retrouver devant les tribunaux et de devoir répondre devant la justice de délits multiples allant d’enrichissement illégal et de corruption à faux et usage de faux. Le fait qu’une fraction croissante de la population israélienne s’oppose à la guerre est un fait positif, même si seule une minorité des pacifistes fait le lien entre les massacres de Gaza et la politique d’apartheid et d’oppression des Palestiniens menée par l’État sioniste depuis des décennies.

Dans ce territoire palestinien la polio avait été éradiquée il y a 25 ans. Elle vient de faire sa réapparition. Un premier cas a été récemment confirmé chez un enfant de dix mois. « Des équipes du ministère de la Santé, de l’Unrwa (l’agence de l’ONU pour les réfugiés) et des ONG ont débuté samedi la campagne de vaccination contre la polio », a déclaré le docteur Moussa Abed, directeur des premiers soins au sein du ministère local de la Santé. L’ONU a envoyé 1,2 million de doses du vaccin anti-polio. Le développement de la maladie est lié aux conditions de vie et d’hygiène effroyables dans lesquelles vit la population gazaouie qui s’ajoutent aux massacres perpétrés par l’armée israélienne. Le dernier bilan fait état de 40 691 morts, 94 060 blessés et des milliers de disparus.

Haïm Korsia, le patron du judaïsme français, a accordé une interview à BFM TV dans laquelle il s’aligne complètement sur Netanyahou et le gouvernement israélien. Il se livre à une apologie des massacres à Gaza en affirmant que « tout le monde serait content qu’Israël finisse le boulot » et d’ajouter : « Je n’ai absolument pas à rougir de ce qu’Israël fait » puis, plus loin : « Je ne suis jamais mal à l’aise avec une politique qui consiste à défendre ses ressortissants. » La démarche de Korsia, grand rabbin de France et un des membres les plus en vue de la communauté juive, consiste en fait à laisser entendre que tous les Juifs (auxquels il ne demande pas leur avis) sont solidaires du génocide des Gazouis. Une attitude déplorable qui ne peut que contribuer au développement des sentiments et des actes antisémites qui se sont multipliés ces derniers mois.

Le site de Mediapart vient de publier un appel, signé dans un premier temps par plus de 70 personnalités d’origine juive de France, d’Israël, de Belgique, d’Espagne, des Pays-Bas, de Suède, d’Allemagne, etc. appelant à la solidarité avec les Palestiniens et au jugement des criminels de guerre et de leurs complices. Cet appel dit notamment :
« Depuis plus de dix mois, tous les jours à Gaza, des vieillards, des femmes, des enfants, des hommes sont sciemment visés et tués. L’occupant attaque les écoles, les hôpitaux, les campements de réfugiés. Il s’acharne sur les médecins, les journalistes, les athlètes. Il organise la famine. L’occupant torture les prisonniers comme l’a démontré le rapport de B’Tselem… Le monde sait et les dirigeants se taisent… Pire, ils continuent de fournir armes et munitions aux génocidaires… Nous, Juives et Juifs, parce que le crime se commet en notre nom, parce que nous refusons d’être complices de ce crime atroce, parce que nous refusons que l’antisémitisme (qui est notre histoire intime) soit utilisé pour justifier l’horreur. Nous appelons à la solidarité concrète avec la population de Gaza martyrisée, nous appelons à exiger le cessez-le-feu et l’arrêt de cette tuerie, nous appelons tous les pays à sanctionner l’État d’Israël, nous appelons au jugement des criminels de guerre et de leurs complices. »

L’ONU, l’OMS et l’Unicef appellent à des pauses humanitaires de sept jours dans la bande de Gaza. En effet, un cas de poliomyélite, maladie mortelle extrêmement contagieuse, a déjà été détecté et ces institutions internationales disent souhaiter pouvoir vacciner 640 000 enfants. L’enfer pour les Gazaouis continue et on compte déjà plus de 40 000 morts. Mais le boucher Netanyahou, habitué des crimes contre l’humanité, n’est pas à quelques milliers de morts près et ce ne sont pas quelques paroles de supplication venant de l’ONU qui le feront changer de politique.

Jeudi 15 août, une attaque de colons juifs armés contre un village palestinien a fait au moins un mort et un blessé grave. L’extension de la colonisation en Cisjordanie s’accélère depuis le 7 octobre 2023, les exactions se multiplient et au moins 633 Palestiniens y ont déjà été tués par l’armée ou des colons. Le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyaou profite de la guerre qu’il mène contre Gaza pour prôner l’extension de la colonisation et même l’annexion pure et simple de l’intégralité de la Cisjordanie, occupée depuis 1967. Alors, le président d’Israël, Isaac Herzog, peut bien dénoncer ce dernier « pogrom », ce n’est qu’hypocrisie, car c’est toute la politique sioniste qui l’a rendu possible.

Les États-Unis viennent d’approuver la vente de plus de 20 milliards de dollars (18,7 milliards d’euros) d’armement supplémentaire à leur allié israélien. La commande comprend notamment cinquante avions de chasse F-15, près de 33 000 munitions pour tanks et 50 000 obus de mortier. Le Département d’État a déclare à ce propos : « Les États-Unis sont attachés à la sécurité d’Israël et il est vital pour les intérêts nationaux américains d’aider Israël à développer et à garder une importante capacité d’autodéfense. » Le mythe selon lequel des munitions ne serviraient qu’a « l’autodéfense » de l’État sioniste a fait long feu. Ces avions, munitions pour tanks et obus de mortier serviront d’abord et avant tout à massacrer la population palestinienne de Gaza. À bas les assassins de Jérusalem et de Washington !

C’est devenu un secret de Polichinelle au point que même les médias israéliens en parlent désormais ouvertement. Plusieurs proches du Premier ministre, Benyamin Netanyahou, demandent à ce dernier de se débarrasser de son ministre de la Défense, Yoav Gallant, et de l’exclure du cabinet de guerre pour ses positions « anti-israéliennes ». En effet, au cours de ces dernières semaines, Gallant n’a pas hésité à se montrer très critique de son patron. Il lui reproche, pêle-mêle, de freiner l’incorporation des jeunes juifs ultra-religieux dans l’armée (ce que refusent les partis orthodoxes qui soutiennent le gouvernement), de braquer l’administration américaine (notamment pour son soutien affiché à Donald Trump et son refus de négocier sur Gaza) et enfin son triomphalisme. Il a qualifié de « roulements de tambours de guerre sans consistance » l’affirmation de Netanyahou selon laquelle il obtiendrait « une victoire totale sur le Hamas ». Et de rappeler que non seulement les combattants du Hamas continuaient de se battre dans les zones prétendument « nettoyées » par l’armée israélienne mais que, de plus, l’influence du mouvement islamiste ne cessait de croitre en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et partout où se trouvent des Palestiniens. Gallant, qui appartient au Likoud, le parti de la droite nationaliste de Netanyahou, est en train de « se vendre » à l’administration Biden, aux puissances occidentales et à une partie de son opinion publique, comme une alternative raisonnable mais sûre et sans risque à un Netanyahou largement discrédité et otage de l’extrême droite religieuse et suprémaciste.

Nouveau crime de guerre de l’armée sioniste. Une frappe aérienne israélienne sur une école coranique a fait au moins 93 morts. Situées dans le centre de Gaza-Ville, l’école al-Tabi’een et la moquée adjacente ont été touchées dans la nuit de vendredi à samedi. Elles servaient d’abri à environ 250 personnes déplacées, dont beaucoup d’enfants. Des dizaines d’autres personnes ont été blessées, dont certaines sont en soins intensifs et il y a de nombreux morceaux de corps non identifiés et de personnes disparues. Avec son cynisme et sa morgue habituels l’armée israélienne a affirmé que son action visait « des terroristes ». Mais on sait que pour elle tout Palestinien est un « terroriste » en puissance.