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Palestine

L’écrivain palestinien Walid Daqqa vient de décéder en détention après avoir passé 38 ans dans les prisons israéliennes, « lieu sans portes » comme il l’écrivait. Atteint du cancer de la moelle osseuse, il a été « torturé, humilié, privé de visites familiales et de soins médicaux » dénonçait Amnesty International quelques semaines avant sa mort. Walid Daqqa avait purgé sa peine de 37 ans en 2023 mais un tribunal l’avait condamné à deux ans de prison supplémentaires. Il était l’auteur de plusieurs romans comme Témoignages de résistance : La bataille du camp de Jénine 2002 (2004), La conscience façonnée ou la ré-identification de la torture (2010), mais aussi de contes pour enfants, notamment L’histoire secrète de l’huile (2018), Le conte secret de l’épée (2021) ou encore Le conte secret de l’esprit – Le retour des martyrs à Ramallah (2022). Lors de la publication de son dernier livre pour enfants, Le secret du pétrole, Daqqa avait été placé en isolement. Un supplice sans fin qu’il a enduré jusqu’au bout avec un grand courage.

Une manifestation a eu lieu devant le palais du Luxembourg pour protester contre la visite d’Amir Ohana, le président de la Knesset, le parlement israélien. Il a été reçu par le président du Sénat, Gérard Larcher, avant d’être auditionné par la commission des Affaires étrangères. Proche de Benyamin Netanyahou, Ohana, 48 ans, a passé six ans dans l’armée israélienne avant de rejoindre le Shin Bet, le service de renseignement intérieur spécialisé dans la chasse aux Palestiniens. Comme ministre de la Sécurité publique, il interdit en 2020 la vaccination des détenus palestiniens contre le Covid, avant de faire marche arrière suite au tollé suscité par cette mesure. En 2021 il fait libérer des Israéliens qui avaient assassiné un Palestinien et congratulait un policier qui avait abattu un handicapé mental arabe. Une autre de ses œuvres : essayer de chasser de la Knesset les rares députés qui s’opposent à l’opération milliaire à Gaza. Une belle crapule reçue avec les honneurs par la République française.

Lors d’un rassemblement de soutien à Israël, qui a réuni dimanche à Paris quelques centaines de personnes à l’appel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la vice-présidente de cette organisation, Nathalie Cohen-Beizermann s’est écriée, acclamée par les participants : « Parler de famine à Gaza c’est croire les terroristes qui glorifient la mort. » Par contre le député socialiste Jérôme Guedj, également présent, s’est fait huer pour avoir demandé, outre la libération des otages, « la protection des civils palestiniens » face à une foule chauffée à blanc par l’extrême droite sioniste. Suite à cette manifestation, une vingtaine de soignants français, ont adressé une tribune à l’AFP pour dénoncer dans cet évènement « une manifestation de soutien à l’armée israélienne » et de poursuivre : « Nous sommes témoins et avons les preuves audiovisuelles et écrites des exactions commises à l’égard des civils [à Gaza] relevant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. » Tout est dit…

Le groupe McDonald’s vient de racheter 225 restaurants en franchise en Israël. Ceux-ci avaient en effet multiplié les repas gratuits et réductions diverses aux soldats qui combattent à Gaza. Ce soutien à la guerre menée contre la population palestinienne ne dérangeait évidemment pas la direction internationale de la chaîne de fastfood. L’idée ne serait pas venue aux patrons de la chaîne de fournir des repas aux enfants palestiniens de Gaza. Ce qui les gêne, c’est la répercussion de ces promotions propagandistes dans d’autres pays, notamment dans les pays arabes où cette enseigne est boycottée. Ces magasins seront donc revendus à des patrons moins marqués politiquement dans l’espoir de faire cesser ce boycott. Peut-être d’ailleurs les mêmes dans le cadre d’une nouvelle société…

Six mois après le début des opérations militaires lancées par Israël contre les Palestiniens de Gaza, différentes organisations internationales ont tenté de tirer un bilan de ce semestre sanglant. On compte désormais plus de 33 000 personnes mortes et 75 000 blessées. Parmi ces morts, selon l’Unicef, l’agence des Nations unies pour l’enfance, se trouvent au moins 13 750 enfants, soit plus de 40 % des victimes. En outre 1,7 million des Gazaouis ont été déplacés, soit 80 % de la population. En plus du bilan humain s’ajoute le risque de famine, l’Unicef estimant que 90 % de la population souffre désormais d’insécurité alimentaire aiguë. Enfin, les premières estimations faites par les Nations unies, l’Union européenne et la Banque mondiale tablent sur 18,5 milliards de dollars (17 milliards d’euros) de dégâts, c’est à dire l’équivalent de 97 % du PIB de l’ensemble des territoires palestiniens occupés. Un génocide et une catastrophe humanitaire dont sont directement responsables les dirigeants sionistes, mais aussi derrière eux les pays impérialistes occidentaux qui les soutiennent.

Le député juif non-sioniste Ofer Cassif, membre du Parti communiste israélien, a été expulsé manu militari de la tribune du Parlement, la Knesset, pour avoir qualifié les opérations militaires israéliennes dans hôpital Al-Shifa à Gaza de « crime de guerre ». Il a notamment déclaré : « Les soldats vont dans les hôpitaux et attaquent. Alors que les forces quittent l’hôpital, les témoignages difficiles, les photos de la ruine et de la destruction et les histoires horribles des survivants commencent à sortir… Les hôpitaux ne devraient jamais devenir des champs de bataille. La protection des jeunes enfants, des patients, du personnel médical et de tous les citoyens doit être une priorité absolue… Avant l’invasion, des milliers de Palestiniens, déplacés et réfugiés, cherchaient refuge à l’hôpital pour échapper aux horreurs de la guerre, mais la terreur des crimes de guerre les poursuivait à l’intérieur des portes protégées de l’hôpital. »  En janvier, l’extrême droite avait déjà tenté, sans succès, de le faire exclure définitivement du parlement israélien.