Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

La présidente (Les Républicains) de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, vient de faire un don de 125 000 euros à l’ONG israélienne Latet (« donner » en hébreu) pour aider la population juive d’Israël qui souffre de la guerre actuelle. Pour que les choses soient bien claires, ce don a transité, en toute laïcité, par une organisation communautaire, le Fonds social juif unifié. Pécresse a tenu à souligner que ce geste avait été rendu possible « grâce à la mobilisation des équipes diplomatiques, consulaires, économiques et culturelle de la France en Israël ». Un geste vivement applaudi par l’ambassade d’Israël à Paris. Quant aux Palestiniens, dont les pertes sont au moins vingt fois plus importantes que celles enregistrées par les Israéliens, ils pourront attendre encore longtemps une telle sollicitude. Rappelons que la même Pécresse avait, le 10 décembre dernier, retiré le prix Simone Weil (décerné par sa Région) à la journaliste et essayiste Zineb El Rhazaoui pour avoir manifesté son soutien aux Palestiniens. La boucle est bouclée.

C’est l’hebdomadaire révolutionnaire Socialist Worker qui a rapporté les faits. L’école primaire Barclay, située à Leyton, dans l’est de Londres, a menacé un élève de signalement à la police et au programme de « prévention contre le terrorisme » mis en place pour le gouvernement pour avoir arboré sur son manteau un badge de solidarité avec la Palestine. Précisons que le bambin en question a huit ans, que sa mère est palestinienne originaire de Gaza et que toute une partie de sa famille et de ses amis ont été massacrés par les Israéliens. Il a dû quitter l’école à la veille des vacances de Noël et s’était vu interdire auparavant d’aller en récréation et de manger à la cantine. Ce n’est pas un cas isolé. Depuis deux mois le département de l’Éducation a lancé une campagne dans les établissements scolaires et universitaires visant à interdire toute manifestation de solidarité avec les Palestiniens. Quant au gouvernement il soutient naturellement Netanyahou et ses criminels de guerre.

Lors d’un appel téléphonique à Benjamin Netanyahou, Emmanuel Macron a insisté « sur l’importance de mettre un terme aux violences commises par certains colons contre les civils palestiniens » en Cisjordanie et a de nouveau réclamé un « cessez-le-feu durable » à Gaza. Il n’a bien sûr aucune chance d’être entendu et il le sait parfaitement. Ses soi-disant préoccupations humanitaires ne l’ont pas empêché de se ranger à 100 % derrière Israël dans sa guerre contre le peuple palestinien baptisée « légitime défense ». Si Macron et ses semblables avaient voulu faire un geste fort à l’égard de Netanyahou il leur aurait suffi de décréter le boycott économique et militaire de l’État sioniste. Mais de cela ni Biden, ni Macron ni les autres dirigeants occidentaux ne veulent en entendre parler.

C’est le site CAPJPO-Euro Palestine qui a donné l’information, photo à l’appui. Le président de l’État d’Israël, Isaac Herzog, veut apporter lui aussi sa contribution au massacre en cours à Gaza. C’est pourquoi, devant des photographes et en présence de soldats dont certains filmaient avec leur portable, il a dédicacé les obus d’artillerie que son armée s’apprêtait à lancer sur les hommes, les femmes et les enfants de Gaza. Une façon bien à lui de signer ses crimes.

Une frappe israélienne a touché le camp de réfugiés de Maghazi, dans la zone centrale de Gaza, près de la ville de Deir al-Balah, faisant au moins 106 morts et des centaines de blessés. C’est la frappe la plus sanglante dont s’est rendue coupable l’armée sioniste depuis le début du conflit. Rappelons qu’auparavant l’état-major israélien avait désigné cette région comme « zone d’évacuation » conseillant aux civils Palestiniens fuyant la ville de Gaza de s’y réfugier… avant de les bombarder et de les massacrer. Interrogée par des journalistes sur ce point l’armée israélienne a refusé de commenter. Mais ses soutiens, comme le député Les Républicains Meyer Habib en France, continueront d’affirmer, toute honte bue, qu’il s’agit de l’armée la plus morale du monde.

L’organisation pacifiste et de soutien aux prisonniers Cage International a répertorié entre octobre et décembre 214 cas de répression contre des personnes qui manifestaient leur solidarité avec les Palestiniens. 118 d’entre eux se sont produits dans les lycées et collèges, 35 sur les lieux de travail, 35 lors de manifestations, 13 à l’université et 13 dans les mosquées. Un propos, une pancarte, une affiche, un slogan, un badge ou un tweet favorables à la cause palestinienne suffisent pour que leurs auteurs soient réprimandés, menacés, voire finissent devant les tribunaux. Un programme dit « de prévention » encourage les enseignants à dénoncer les élèves qui se « radicalisent », les salariés à faire de même à l’égard de leurs collègues et les autorités à être intraitables pour ce qui est qualifié « d’extrémisme non violent », c’est-à-dire des propos et des attitudes favorables aux Palestiniens et hostiles à Israël. Une chasse aux sorcières qui jusqu’à présent n’a guère eu d’effet puisque le Royaume-Uni est un des pays occidentaux où les manifestations de soutien à la Palestine ont été les plus massives.