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Palestine

C’est le site CAPJPO-Euro Palestine qui a donné l’information, photo à l’appui. Le président de l’État d’Israël, Isaac Herzog, veut apporter lui aussi sa contribution au massacre en cours à Gaza. C’est pourquoi, devant des photographes et en présence de soldats dont certains filmaient avec leur portable, il a dédicacé les obus d’artillerie que son armée s’apprêtait à lancer sur les hommes, les femmes et les enfants de Gaza. Une façon bien à lui de signer ses crimes.

Une frappe israélienne a touché le camp de réfugiés de Maghazi, dans la zone centrale de Gaza, près de la ville de Deir al-Balah, faisant au moins 106 morts et des centaines de blessés. C’est la frappe la plus sanglante dont s’est rendue coupable l’armée sioniste depuis le début du conflit. Rappelons qu’auparavant l’état-major israélien avait désigné cette région comme « zone d’évacuation » conseillant aux civils Palestiniens fuyant la ville de Gaza de s’y réfugier… avant de les bombarder et de les massacrer. Interrogée par des journalistes sur ce point l’armée israélienne a refusé de commenter. Mais ses soutiens, comme le député Les Républicains Meyer Habib en France, continueront d’affirmer, toute honte bue, qu’il s’agit de l’armée la plus morale du monde.

L’organisation pacifiste et de soutien aux prisonniers Cage International a répertorié entre octobre et décembre 214 cas de répression contre des personnes qui manifestaient leur solidarité avec les Palestiniens. 118 d’entre eux se sont produits dans les lycées et collèges, 35 sur les lieux de travail, 35 lors de manifestations, 13 à l’université et 13 dans les mosquées. Un propos, une pancarte, une affiche, un slogan, un badge ou un tweet favorables à la cause palestinienne suffisent pour que leurs auteurs soient réprimandés, menacés, voire finissent devant les tribunaux. Un programme dit « de prévention » encourage les enseignants à dénoncer les élèves qui se « radicalisent », les salariés à faire de même à l’égard de leurs collègues et les autorités à être intraitables pour ce qui est qualifié « d’extrémisme non violent », c’est-à-dire des propos et des attitudes favorables aux Palestiniens et hostiles à Israël. Une chasse aux sorcières qui jusqu’à présent n’a guère eu d’effet puisque le Royaume-Uni est un des pays occidentaux où les manifestations de soutien à la Palestine ont été les plus massives.

Emmanuel Macron a exprimé au cardinal Pierbattista Pizzaballa, le patriarche latin de Jérusalem, « sa vive préoccupation » face à « la situation dramatique » de la paroisse catholique de Gaza où deux paroissiennes ont été tuées « de manière indigne » par un soldat israélien, a indiqué dimanche l’Élysée. Ce qui sous-entendrait que les 20 000 autres victimes auraient eu la chance d’avoir été abattues de façon digne. Allant plus loin, le président a réaffirmé « la fidélité de la France à ses engagements, et notamment au rôle particulier de protection d’un certain nombre de communautés chrétiennes, exercé à travers le consulat général de France à Jérusalem ». La France défenseur des chrétiens d’Orient est une formule qui fit florès aux 19e et 20e siècle pour justifier les interventions de la puissance coloniale française contre les peuples de la région, notamment en Syrie et au Liban. Aujourd’hui, l’impérialisme français a depuis longtemps été éjecté du Proche-Orient et tente de faire de la figuration en ressortant la même antienne. Mais sa politique de fond est de se ranger derrière Israël avec des réserves de pure forme, même lorsque l’État sioniste massacre les Palestiniens, chrétiens ou non.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a écarté une demande de levée de l’immunité parlementaire du député Les Républicains Meyer Habib (LR) formulée par 39 députés de gauche qui l’accusaient « d’apologie de crimes de guerre » israéliens à Gaza. Dans sa réponse Yaël Braun-Pivet affirme que « les propos tenus par un parlementaire dans l’hémicycle de l’Assemblée sont couverts, conformément à l’article 26 de la Constitution, par le principe d’irresponsabilité, lequel présente un caractère absolu et qu’aucune procédure ne permet de lever ». Dans un passé récent elle n’a pourtant jamais hésité à sanctionner des députés (notamment de la France insoumise) pour des propos qui lui déplaisaient. Meyer Habib, dont la circonscription des Français de l’étranger comprend Israël, est un partisan farouche du gouvernement Netanyahou dont il soutient les bombardements et les opérations militaires à Gaza. « Les soutiens inconditionnels des criminels de guerre israéliens se protègent entre eux. Un député français peut donc en toute tranquillité faire une apologie de crimes de guerre. Quelle honte ! », a réagi le député insoumis de Seine-Saint-Denis Thomas Portes. Rappelons cependant que dans le passé nombre de députés ont soutenu avec enthousiasme et « en toute tranquillité » les guerres coloniales de l’impérialisme français et les massacres qui les accompagnaient, notamment en Indochine et en Algérie. De ce point de vue, une canaille comme Habib ne détonne pas trop dans l’Hémicycle.

Trente-neuf députés des groupes écologiste, socialiste et de la France insoumise ont adressé un courrier à la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, pour demander la levée de l’immunité parlementaire de leur collègue Meyer Habib qu’ils accusent d’apologie de crimes contre l’humanité. Ce dernier, membre des Républicains et représentant des Français de l’étranger (dont ceux d’Israël), est un proche et un thuriféraire du Premier ministre israélien. Lors des questions au gouvernement sur la guerre au Moyen-Orient, il a lancé hilare à deux reprises « Et ce n’est pas fini ! » lorsque des députés dénonçaient les massacres de Gaza. Un peu plus tard, il twittait la même formule à quatre reprises et concluait : « Tsahal l’armée la plus morale du monde continuera son action pour la libération de tous les otages. » On ne sait pas si Habib verra lever son immunité parlementaire, mais c’est peu probable. Car Yaël Braun-Pivet et au-dessus d’elle Macron sont fondamentalement sur la même ligne que lui.

Alors que les massacres se poursuivent à Gaza avec plus de 20 000 morts et de 52 000 blessés – majoritairement des femmes et des enfants – l’armée israélienne continue dans le même temps sa répression systématique en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. 4 605 Palestiniens ont été arrêtés et plus de 300 tués depuis le début de la guerre. Les autorités sionistes les présentent tous comme des « terroristes » et des « membres du Hamas » mais en fait nombre d’entre eux sont des militants de diverses organisations et des membres d’ONG qui apportent leur soutien à la population palestinienne et s’opposent à l’occupation. Parmi ces personnes arrêtées se trouve par exemple Munther Amira, qui préside le Conseil d’administration du Centre des jeunes du camp de réfugiés d’Aïda, près de Bethléem. Également placée sous les verrous l’équipe du Théâtre de la liberté, du camp de réfugiés de Jénine, un des hauts lieux de la culture palestinienne. Et la plupart des prisonniers sont en détention administrative, sans inculpation et pour une durée indéterminée. C’est ce qu’on appelle la « justice israélienne ».

Dans une interview à la radio israélienne, David Azoulay, président du conseil local de Metula, une agglomération située près de la frontière avec le Liban, a appelé à ce que la bande de Gaza soit « complètement aplatie, tout comme Auschwitz aujourd’hui », et à ce que ses résidents palestiniens soient transférés de force vers des camps de réfugiés au Liban, rapporte le quotidien Haaretz. Interrogé sur ce qu’il faudrait faire de la bande de Gaza si son plan concernant ses habitants était mis en œuvre, Azoulay a expliqué qu’elle devrait être « laissée vide, tout comme Auschwitz. Un musée. Pour que le monde entier sache ce que l’État d’Israël peut faire ». Ces commentaires sont intervenus quelques jours après qu’un membre du gouvernement, le ministre des Affaires de Jérusalem et du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a suggéré dans une interview radiodiffusée que larguer une bombe nucléaire sur la bande de Gaza était « une option », puisqu’« il n’y a pas de non-combattants à Gaza ». Et ces sinistres individus ne sont pas des membres d’obscurs groupuscules d’extrême droite mais des gens qui ont pignon sur rue. Quant à ce que « Israël peut faire » on le voit déjà tous les jours avec un bilan qui approche désormais les 19 000 morts.