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Palestine

Le ministre des Communications, Shlomo Karhi, membre du parti Likoud du Premier ministre, vient de proposer de sanctionner le quotidien Haaretz qu’il accuse de « saboter l’effort de guerre » et d’être « le porte-parole enflammé des ennemis d’Israël ». Les sanctions consisteraient à priver le quotidien de centre-gauche de toute publicité et de toute annonce légale en provenance du gouvernement et de ses agences. Haaretz jouit en Israël d’une réputation comparable à celle de quotidiens comme Le Monde en France, El País en Espagne ou The Guardian au Royaume-Uni. Très critique à l’égard de Netanyahou, il s’est cependant rallié à l’union sacrée après le 7 octobre tout en dénonçant régulièrement les exactions de l’armée et des colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et parfois aussi à Gaza. Mais surtout, partisan d’un cessez-le-feu dont Netanyahou ne veut pas entendre parler, il abrite en son sein des journalistes ouvertement pacifistes et anti-apartheid comme Gideon Levy et Amira Hass. Ce qui, pour l’extrême droite, équivaut à une trahison.

Khaled Abou Samra, chef de service à hôpital al-Shifa, le plus grand du territoire, a annoncé l’arrestation du directeur de l’établissement, le docteur Mohammed Abou Salmiya, avec plusieurs autres cadres soignants. Le 18 novembre le Dr Salmiya s’était opposé pour la seconde fois à l’ordre donné par les Israéliens d’évacuer complètement l’établissement. Rappelons que, depuis le début de la guerre, les hôpitaux ont été, ainsi que les centres de soin et les ambulances, des cibles privilégiées de l’occupant. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a souligné que le système de santé de la bande de Gaza était « à genoux ». De plus, selon l’Agence onusienne chargée de la coordination humanitaire, 20 des 36 hôpitaux du territoire ne sont plus opérationnels.

Cinquante-trois journalistes et collaborateurs de médias ont été tués depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas le 7 octobre, selon le dernier décompte du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), dont le siège est à New York et qui comptabilise les victimes en Israël, dans la bande de Gaza et à la frontière libanaise. En outre le CPJ indique que 11 journalistes ont été blessés et trois sont portés disparus. Les deux dernières victimes, qui appartenaient à la chaine de télévision pan-arabe al-Mayadeen, ont été tuées mardi par des tirs israéliens au Sud-Liban. Au total quarante-six de ces journalistes étaient palestiniens, quatre israéliens et trois libanais. Sans surprise, ce sont les professionnels palestiniens des médias qui paient le plus lourd tribut.