Nos vies valent plus que leurs profits

Moyen-Orient : guerre, pétrole et crise économique

Si Trump et les dirigeants américains avaient fait le pari d’obtenir rapidement la chute du régime iranien, ou l’allégeance de ceux qui demeurent une fois le régime décapité, il est perdu. Force est de constater que le régime tient, sous la houlette des gardiens de la révolution.

Fébrilité des dirigeants américains

Le blocage du détroit d’Ormuz paralyse un cinquième du trafic mondial d’hydrocarbures. Après avoir lancé un ultimatum à l’Iran pour débloquer le détroit d’Ormuz, Trump l’a repoussé. Il souffle le chaud et le froid en annonçant l’imminence d’un accord avec l’Iran sur le plan de paix qu’il a transmis via le Pakistan, tout en menaçant d’une intervention au sol, des troupes étant en chemin à cette fin. Difficile de faire la part entre comportement erratique et discours d’intoxication. Mais, il semble bien que les dirigeants des États-Unis n’avaient pas prévu que l’Iran irait jusqu’à bloquer du détroit d’Ormuz.

Le spectre d’une crise économique mondiale

Ce blocage a déjà provoqué une flambée des prix du pétrole qui s’est immédiatement traduite à la pompe partout dans le monde. 80 % du gaz et du pétrole à destination des pays asiatiques passent par le détroit d’Ormuz, dont la paralysie provoquera rapidement des ruptures de tous les circuits de production. Rien que la hausse actuelle des prix du pétrole et du gaz menace de fermeture de milliers de petites entreprises et par des ruptures d’approvisionnement pour l’industrie, des fins de contrats pour la logistique ou les services.

D’autres matières premières transitent par le détroit d’Ormuz : aluminium, hélium, mais aussi les engrais dont un tiers de la production mondiale est concerné. Entre le 27 février et le 16 mars, le prix de l’urée, le principal engrais vendu dans le monde, a augmenté de 13 %. Des hausses qui, avec celle des prix de l’énergie, vont se répercuter très vite sur les prix alimentaires dans le monde entier. Bref, c’est une crise en bonne et due forme qui s’annonce, avec des prix à la consommation qui flambent et des licenciements par milliers. Une perspective que tente d’endiguer le gouvernement français en intervenant auprès des banques pour qu’elles fournissent des liquidités aux entreprises dont la trésorerie deviendrait défaillante. Les ministres des Finances de l’Union européenne envisagent quant à eux de plafonner le prix du pétrole et d’instaurer une taxe sur les bénéfices exceptionnels que réalisent les compagnies pétrolières.

Vers un nouvel accroissement de la production militaire

Si les combats ont montré l’écrasante supériorité militaire des États-Unis et de son gendarme local, Israël, ils en ont aussi révélé les limites. Les munitions des défenses israélienne, américaine ou française (car l’impérialisme français intervient bel et bien, par le biais de ses accords de défense avec les pays arabes du Golfe) risquent rapidement de manquer et les États-Unis réorientent déjà leurs livraisons pour l’Ukraine vers la guerre en Iran. Le gouvernement français vient lui d’annoncer une rallonge de 8,5 milliards d’euros pour acheter des munitions avant 2030 et envisage de faire appel aux capitaux privés. La réponse des États impérialistes sera d’activer la production d’armements en tout genre pour se doter de stocks permettant de tenir longtemps en cas de conflits « de haute intensité ».

Des prix qui flambent, des licenciements par milliers et une réorientation vers une économie ressemblant de plus en plus à une économie de guerre : voilà ce à quoi il faut s’attendre de la part des dirigeants de la bourgeoisie.

Jean-Jacques Franquier