Nos vies valent plus que leurs profits

PPE-3, le nouveau bébé de Lecornu

Attendu depuis deux ans, et repoussé pour éviter les guéguerres parlementaires et surtout arbitrer les querelles d’intérêts entre industriels du secteur, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE-3, troisième du nom) a été présentée jeudi dernier par Lecornu, en présence d’une brochette de dirigeants d’entreprises, dont le nouveau PDG d’EDF, Fontana, un ancien ingénieur de l’armement qui avait commencé dans les explosifs chez Nexter avant de passer à l’acier chez Arcelor puis au nucléaire chez Framatome : un beau pedigree.

Bousculé entre un RN partisan du tout nucléaire et d’une partie de la gauche qui préfère le soleil et le vent, Lecornu a préféré imposer sa PPE sans débat, par décret. Avec ce plan censé programmer la production d’électricité pour les dix années à venir, il s’agit aussi de permettre aux investisseurs et industriels de connaître les orientations politiques et, surtout, les subventions que l’État voudra bien leur accorder. Il semble bien que chacun ait eu son lot.

La part du lion va au nucléaire, qui représente déjà en France 85 % de la production d’électricité. Au nom de l’indépendance énergétique de la France, clame Macron, même si l’Hexagone n’a pas plus d’uranium que de pétrole dans son sous-sol. Mais il est vrai qu’Orano (ex-Areva) croyait que celui du Niger, en tant qu’ancienne colonie, lui appartenait ! Dans l’industrie photovoltaïque, qui craignait un coup de rabot après des années de forte croissance, les patrons peuvent respirer : ce n’est que l’augmentation des volumes de production solaire prévue jusque-là qui est revue à la baisse, le gouvernement maintient des prévisions de croissance et les subventions au patronat qui vont avec. De même pour les éoliennes, où le plan parle d’augmenter l’envergure des pales plus que le nombre.

Mais il paraît que le gros problème viendrait de la baisse globale de la consommation électrique. Il faut dire que les factures d’électricité des particuliers ont augmenté de 75 % en dix ans. Quant aux véhicules électriques supposés nous affranchir du pétrole, ils sont hors de prix. S’y ajoutent les sites industriels, gros consommateurs d’électricité, qui ferment et licencient à tour de bras tout en ayant des tarifs d’électricité très avantageux. Avec sa PPE-3, le gouvernement veut pousser à changer les chaudières à gaz pour des chaudières électriques ou des pompes à chaleur… en grande partie aux frais des particuliers.

On pourrait se dire que si on produit trop d’électricité il n’est peut-être pas nécessaire de programmer la construction de six nouvelles centrales nucléaires et que le prix de l’électricité devrait baisser au lieu d’augmenter. Mais non. Pour avoir le kilowattheure à bas prix, il n’est pas besoin d’être branché par une prise au réseau : il faut être branché aux cours de la bourse, depuis que l’ouverture à la concurrence permet à des sociétés intermédiaires d’acheter à EDF pour revendre des lots de kilowattheures en jouant sur la fluctuation des cours.

Pour réellement décarboner notre société, c’est de leur marché et de la mainmise des capitalistes sur l’économie dont il faut se débarrasser.

18 février 2026, Nicolas Alset