
En 2025, selon le dernier rapport d’Oxfam, la fortune des milliardaires a augmenté trois fois plus vite que pendant les cinq années précédentes. En France, 53 milliardaires cumulent autant de richesses que la moitié de la population (32 millions de personnes). Toujours selon Oxfam, depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé. Ce gain de plus de 220 milliards d’euros, concentré sur à peine 32 personnes, équivaut au financement de plus de 100 000 postes d’enseignants pendant près de 40 ans. Ces fortunes ne viennent pas de nulle part, mais bien de l’exploitation des travailleurs et des travailleuses à l’échelle de la planète. Des travailleurs plongés dans la misère, avec des salaires qui permettent de moins en moins de boucler les fins de mois. Le mal-logement et le sans-abrisme, la précarité alimentaire, les difficultés pour se chauffer sont autant de maux qui reviennent en force dans tous les pays.
Accumulation de richesses à un pôle et de misère à l’autre : c’est toujours la loi de l’accumulation capitaliste. Au stade actuel, le système a produit une classe ouvrière nombreuse, une population dont plus de la moitié vit en ville, un salariat en passe d’être majoritaire qui sait le plus souvent lire, écrire et a accès à la culture et à l’information, bien au-delà des vieilles puissances capitalistes occidentales. Ces prolétaires modernes sont plus d’un milliard rien qu’en Asie, qui est le nouveau centre d’accumulation, et plusieurs milliards sur la planète. Ce sont elles et eux sur qui nous fondons tous nos espoirs révolutionnaires, et dont les luttes actuelles, grèves massives comme révoltes populaires, montrent le potentiel infini pour renverser le capitalisme en profitant de la période d’instabilité qu’il traverse. Nos analyses sont conçues comme des outils militants dans cette perspective.
Partie 1 : quelques tendances de l’accumulation capitaliste
L’accélération de l’enrichissement des grandes fortunes a lieu dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale, un ralentissement dont tous les organismes économiques prédisent qu’il se poursuivra en 2026. Ce n’est donc pas l’expansion économique, ni la seule inflation boursière, qui fournissent des masses supplémentaires de richesses, mais l’aggravation de l’exploitation par la stagnation des salaires face à la hausse des prix, par les licenciements et le sous-effectif permanent, par la dégradation des conditions de travail, etc. En France, le taux de marge, c’est-à-dire la part de la valeur ajoutée qui revient aux profits, a augmenté de plus de 3,6 points pour la moitié des grandes entreprises entre 2015 et 2023, et de plus de 3,4 points pour la moitié des entreprises de taille intermédiaire. À cela s’ajoutent les baisses d’impôts pour les entreprises et les grandes fortunes, qui conduisent à de nouvelles attaques contre les services publics, les aides sociales, les allocations et les pensions.
Des rapports de force économiques bouleversés
Les capitalistes réalisent des profits record dans un monde toujours plus chaotique et en pleine recomposition. Après la grande crise de 2008, les États-Unis n’ont pas retrouvé le dynamisme économique qui avait marqué les années 1990-2000. Leur PIB par habitant augmente de 1,7 % par an en moyenne, contre 2,2 % entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 2008. La vieille Europe a elle aussi ralenti sans pourtant avoir connu la même dynamique dans la période précédente, tandis que le Japon poursuit son marasme entamé dans les années 1990. Face à ces vieilles puissances en perte de vitesse, la Chine est parvenue en trois décennies à se hisser en position de nouvelle rivale. Elle est devenue la première puissance industrielle, assurant 29 % de la production manufacturière mondiale en 2023, contre 14 % en 2008 et 2 % en 1990. Les États-Unis sont passés seconds avec 17 % de la production manufacturière mondiale, contre 23 % en 1990. L’Europe en est réduite à 21 %, contre 39 % en 1990. Et le Japon, ancienne puissance montante des années 1980, est passé de 18 % de la production manufacturière mondiale en 1990 à 5 % en 2023. La zone asiatique, qui était dominée par le Japon, puissance soumise par les États-Unis à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, est désormais sous influence de la Chine, qui cherche à transformer sa domination économique en puissance politique et militaire.
Comme d’autres pays émergents, la Chine a démarré en misant sur les exportations, devenant « l’atelier du monde » pour profiter d’un développement combiné. Elle a ensuite su monter en gamme, trouver son autonomie économique et conquérir des positions dominantes dans divers domaines parmi les plus avancés. En 2025, la Chine compte 130 entreprises parmi les 500 plus grosses du monde, juste derrière les États-Unis (138). Alors que les États-Unis, comme le Japon et l’Europe, ont contribué au développement chinois en y installant leurs usines pour exploiter une main-d’œuvre à bas prix, l’accès au vaste marché chinois est devenu l’un des enjeux de crispation entre la Chine et les États-Unis. Après 2008, les entreprises occidentales ont été progressivement évincées du marché chinois, à l’exemple de Caterpillar, qui a soudainement perdu l’essentiel du marché des machines de construction en 2010, remplacé par d’anciens partenaires chinois ayant copié la conception de ses produits. Cette éviction du marché le plus dynamique du monde a joué un rôle central dans la montée des tensions entre la Chine et les États-Unis, bien plus que l’invasion des marchés occidentaux par les marchandises chinoises, dont bon nombre étaient produites pour des donneurs d’ordre ou avec des capitaux occidentaux, et dont les bas prix permettaient aussi de comprimer les salaires dans les métropoles impérialistes. Dès 2011, face à la récupération de son marché intérieur par la Chine, Obama annonçait le « pivot vers l’Asie », c’est-à-dire la réorientation des forces militaires américaines contre la Chine. Le mouvement d’éviction se poursuit pourtant : dans le secteur automobile, la part des constructeurs purement chinois sur leur marché intérieur était de 43 % en 2020 et a atteint 62 % début 2024, portée par le développement de la voiture électrique.
L’intelligence artificielle tire l’économie américaine
Confrontés à la montée en puissance de la Chine, les dirigeants occidentaux cherchent des solutions pour redynamiser leurs capitalismes nationaux. Le choc provoqué par la pandémie de Covid a été l’occasion d’adopter des plans de relance de plusieurs centaines de milliards de dollars, de l’American Rescue Plan de Biden à France Relance de Macron. Leur objectif était de financer de nouveaux secteurs de pointe par lesquels les vieilles puissances pourraient regagner une position dominante : capitalisme vert, transition énergétique, transition numérique, intelligence artificielle, voyage spatial, etc. Cinq ans plus tard, la plupart de ces secteurs peinent à décoller. Les voitures électriques, trop chères, se vendent mal et la Chine a maintenu son avance dans le domaine : en 2025, BYD a même pour la première fois vendu plus de voitures électriques que Tesla. Les énergies renouvelables ont du plomb dans l’aile, les gouvernements abandonnent toute politique environnementale au nom de la relance économique et préfèrent miser sur le nucléaire. L’hydrogène vert1, qui avait concentré quelques espoirs, s’effondre : Renault, Stellantis, Alstom et Airbus, qui avaient promis bus, trains et avions carburant à l’hydrogène ont déserté la filière ; les projets de « gigafactories » pour la production d’hydrogène propre sont annulés les uns après les autres ; même ArcelorMittal a annulé la transition vers l’hydrogène de deux aciéries allemandes, renonçant de fait à 1,3 milliard d’euros de subvention prévu au nom de la décarbonation. La recherche n’est pas parvenue à obtenir des niveaux de rentabilité suffisants.
Le secteur qui tire le mieux son épingle du jeu est l’intelligence artificielle, boosté par les succès des IA génératives. Depuis la sortie de ChatGPT il y a trois ans, des milliards de dollars ont déferlé sur les entreprises du secteur. L’IA promet aux entreprises et aux administrations d’effectuer, à la place des salariés, de nombreuses tâches qui semblaient jusque-là impossibles à automatiser. Et pour les patrons, il ne faudrait surtout pas louper le coche. L’IA a immédiatement servi de prétexte à des licenciements. Fin janvier, il a suffi que la société Anthropic annonce que son intelligence artificielle permettra de développer des logiciels informatiques sophistiqués et d’offrir des services juridiques perfectionnés pour que les entreprises de ces secteurs s’effondrent en bourse. Divers cabinets de conseil annoncent que des dizaines de milliers d’emplois auraient déjà été supprimés aux États-Unis sous l’effet de l’IA. Néanmoins, ces chiffres semblent surestimés, car l’IA peut servir de coupable idéal pour comprimer la masse salariale sans la remplacer réellement, d’autant qu’afficher la bascule vers l’IA peut redorer l’image de l’entreprise sur les marchés financiers. L’intégration efficace de l’IA dans les processus de travail prendra sans doute plus de temps. Toujours est-il que l’IA a un marché potentiel important.
La satisfaction de ces marchés passe par des investissements massifs. L’entrainement des IA nécessite des entrepôts de données, regroupant des milliers de micro-processeurs et consommant une énergie folle. La capacité de calcul d’OpenAI, créateur de ChatGPT, est passée de 0,6 gigawatt (GW) en 2024 à 1,9 GW en 2025 (la puissance de calcul se mesure désormais en consommation électrique), et l’entreprise a lancé un projet de centre d’entrainement de 5 GW, soit la production moyenne de cinq réacteurs nucléaires. Les leaders du secteur (Amazon, Alphabet, Meta et Microsoft) ont annoncé investir plus de 650 milliards de dollars dans l’IA en 2026. L’IA occupe ainsi une part de plus en plus imposante de l’économie américaine. Les investissements dans la construction de centres de données équivalent déjà à l’ensemble de la construction d’immeubles de bureaux du pays. L’IA entraine également le secteur des micro-processeurs, un secteur ultra concentré derrière Nvidia, qui détient plus de 90 % des parts de marché liées à l’IA, et a multiplié par 13 son chiffre d’affaires en cinq ans.
La consommation électrique envisagée conduit à la relance des programmes nucléaires et à la réouverture ou au maintien d’anciennes centrales, dont la tristement célèbre centrale de Three Mile Island, lieu de la première catastrophe nucléaire civile de l’histoire, que Microsoft veut relancer. Le 23 mars 2025, Trump a signé un décret pour une « nouvelle ère nucléaire », l’État américain prévoyant le déploiement de 300 GW d’électricité nucléaire d’ici 2050. Les géants de la tech investissent eux-mêmes directement dans le nucléaire pour assurer leurs arrières. Cette course au nucléaire civil est au cœur de la guerre économique qui oppose les États-Unis et la Russie : leurs deux champions respectifs, Westinghouse et Rosatom, se disputent le marché mondial.
Le dynamisme du secteur a fait affluer des masses de capitaux financiers. Les cours boursiers des principaux acteurs du secteur se sont envolés en trois ans. Mais ce sont aussi toute une myriade d’entreprises de la tech qui ont vu leur valorisation décoller. OpenAI est aujourd’hui valorisée à 500 milliards de dollars, pour un chiffre d’affaires de… 20 milliards de dollars en 2025. Les capitaux fondent sur l’IA dans l’espoir de profits futurs. L’IA n’échappe pas à la logique capitaliste qu’ont connue tous les secteurs émergents. Les capitalistes y investissent en masse et de manière anarchique en espérant chacun obtenir leur part des futurs profits, mais à la fin le marché se retrouve engorgé avec des capacités de production en surnombre, provoquant la crise. Il est impossible de savoir à quel moment se déclenchera cette crise, mais elle reste certaine. Actuellement, le système tient, car une partie des entreprises du secteur réalise déjà des profits, même s’ils sont parfois masqués par les stratégies d’expansion. L’action de Nvidia a été multipliée par 12 en trois ans, mais ses bénéfices l’ont été par 17. Cependant les financiers montrent déjà des signes de fébrilité, observant la masse de capitaux qui s’investissent en se demandant si les profits seront bien au rendez-vous. Et lorsque la crise éclatera, elle risque d’entrainer toute l’économie avec elle, à l’image de l’éclatement de la « bulle internet » en 2001.
L’IA renforce la compétition pour le pillage des matières premières
Si elle est en mesure de tirer l’économie en impliquant de nombreux secteurs, l’IA fait déjà face à des goulots d’étranglement, qui menacent de retarder l’arrivée des profits espérés. La boulimie de micro-processeurs entraine des pénuries dans le secteur, de même pour les cartes-mémoire. La demande électrique est telle qu’il faut désormais attendre deux à trois ans pour le raccordement d’un nouveau centre de données au réseau électrique américain. Mais ce sont surtout les matières premières qui deviennent un enjeu pour la domination mondiale dans ce secteur, tant du côté des ressources énergétiques (pétrole, uranium) que des nombreux métaux indispensables aux nouvelles technologies et dont la Chine domine les marchés. Alors que Trump tente de ralentir les progrès des entreprises chinoises en restreignant leur accès aux micro-processeurs les plus performants, la Chine dispose de son propre levier avec les métaux rares. C’est donc une nouvelle course pour ces ressources qui s’est enclenchée. L’obstination de Trump à conquérir le Groenland se comprend moins par la position stratégique de l’île que par les ressources qu’elle recèle : 23 des 34 minerais considérés comme critiques par la Commission européenne sont présents dans son sous-sol. La décolonisation de l’après-guerre, puis la mondialisation capitaliste, avaient été marquées par une ouverture des zones d’influences, avec l’idée que le marché suffirait à fournir les matières premières et les composants nécessaires à chacun. Cette confiance affichée dans le « marché » s’efface de plus en plus des discours.
En 2021, le président de la Commission consultative des mutations industrielles du Comité économique et social européen l’expliquait dans un rapport : « Pendant trop longtemps, nous avons laissé cette question [des approvisionnements en matières premières] aux mains du libre marché et de l’industrie, dans l’espoir qu’elle se résoudrait d’elle-même. À présent, il nous faut toutefois reconnaître que si les entreprises devraient pouvoir bâtir leurs chaînes d’approvisionnement comme elles l’entendent, il nous en faut sécuriser certains des maillons dont nous estimons qu’ils revêtent une importance stratégique pour l’Union européenne. »2 Et c’est bien à cela que se livre Trump en voulant restaurer l’exclusivité de sa zone d’influence américaine.
Partie 2 : L’accroissement des rivalités inter-impérialistes
La montée des tensions entre les États-Unis et la Chine trouve son origine dans une concurrence économique croissante pour la domination de plusieurs industries essentielles et marchés mondiaux. Au cours des dernières décennies, les États-Unis sont passés d’une position d’hégémonie économique et militaire incontestée à celle d’un pays désormais confronté à un concurrent capable d’offrir des relations économiques alternatives aux régimes opposés ou alignés sur les États-Unis, remettant ainsi en cause leur domination totale sur leurs sphères d’influence traditionnelles. Le développement de la Chine a commencé par être en harmonie avec les intérêts américains, mais il est devenu un obstacle. Il ne s’agit pas d’une compétition entre deux puissances mondiales de force égale, mais plutôt d’une compétition entre la Chine, puissance impérialiste montante, et les États-Unis, puissance impérialiste prééminente.
Nous sommes entrés, selon les termes de Lénine, dans une ère de repartage du monde entre les puissances impérialistes : intensification de la concurrence économique et des conflits militaires mais aussi des révoltes populaires et ouvrières.
Le basculement de la politique de l’impérialisme dominant
La particularité du style Trump tient à une forme de sincérité brutale. « L’impérialisme sans fard », expression de nos camarades américains dont nous reprenons ici les analyses. La période qui produit ce type de dirigeant dans la première puissance mondiale est une période de transition. Cela ne signifie pas qu’une rupture de l’ordre existant serait à attribuer à l’élection de Trump, ni à aucun de ses coups d’éclat qui s’enchaînent et parfois se contredisent. Mais son activisme tous azimuts est la manifestation de la volonté de la classe capitaliste américaine (à travers ses représentants politiques, diplomatiques, militaires, etc.) de changer le statu quo, qu’elle avait pourtant elle-même imposé, dans le but de préserver sa position d’impérialisme dominant. Mais cela ne se fera pas forcément sans des crises ou des ruptures d’une fraction de cette bourgeoisie américaine.
L’objectif principal de l’administration Trump, autour duquel s’articulent ses politiques étrangères et intérieures, est exprimé dans son slogan « Make America Great Again ». Il s’agit à la fois d’une reconnaissance du déclin de la domination impérialiste des États-Unis et d’une déclaration selon laquelle elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour la restaurer.
Pour l’administration Trump, tous les efforts de politique étrangère et intérieure doivent donner la priorité aux intérêts du capital américain. Les relations, les programmes ou les programmes d’aide qui ne profitent pas directement au capital américain sont maintenant superflus et sacrifiables.
La banque centrale chinoise, elle, a ouvertement déclaré qu’elle cherchait à mettre fin au système financier international dominé par les États-Unis et à le remplacer par un système monétaire international « multipolaire ».
La Chine a fait des percées majeures dans ses relations commerciales et maritimes avec l’Amérique centrale et du Sud, ainsi que dans le canal de Panama. Les États-Unis ont réagi par des pressions commerciales et menacé de reprendre leur domination dans ces régions en limitant l’accès aux capitaux chinois.
La concurrence avec la Chine a nécessité une escalade majeure de la production militaire, y compris l’ouverture d’une nouvelle course aux armements nucléaires.
En même temps qu’il lève les restrictions aux capitaux américains à l’étranger, le gouvernement américain dérègle également toutes les industries au niveau national. L’objectif est d’attirer les investissements et d’augmenter les bénéfices. Toutes les lois qui protègent la sécurité des travailleurs, qui offrent des garanties minimales pour l’environnement ou qui limitent l’extraction de combustibles fossiles sont abrogées.
Dans le cadre de la course à l’IA, un secteur hyper concentré dès sa naissance et où le gagnant rafle toute la mise, les capitalistes américains tentent de découpler leur industrie technologique d’une dépendance à l’égard des produits chinois, et cherchent à ouvrir de nouveaux accords pour les minéraux.
Les États-Unis utilisent les droits de douane comme chantage pour atteindre divers objectifs, l’un des principaux étant de renforcer le capital américain aux dépens de la Chine. Les tarifs commerciaux sont utilisés pour faire pression sur les pays qu’ils ciblent afin qu’ils diversifient leurs chaînes d’approvisionnement en s’éloignant de la Chine et en se rapprochant des États-Unis.
L’Union européenne sous pression
En ce qui concerne l’UE, les droits de douane de Trump ont été utilisés afin qu’elle augmente son équipement militaire (et de préférence en achetant américain !). Les principaux stratèges de l’administration Trump ont explicitement déclaré que les pays de l’UE devaient se réarmer, en particulier dans le but d’affaiblir et de contenir la Russie. Tout cela afin que les États-Unis puissent enfin donner la priorité à leur renforcement militaire contre la Chine (le pivot vers l’Asie d’Obama ayant été jusqu’ici contrarié d’abord par la guerre contre Daech, puis par celle de la Russie en Ukraine). L’administration Trump anticipe la possibilité d’une confrontation avec la Chine dans un avenir proche, et cherche à renforcer sa capacité militaire dans la région Pacifique.
Les puissances européennes ont eu beau jeu de s’enorgueillir d’avoir « fait face ensemble à Trump » dans la crise du Groenland. Mais leur faiblesse sur le plan militaire a été exposée aux yeux du monde entier, et on voit mal comment l’UE va empêcher les États-Unis d’accroître leur influence, y compris la présence de leurs capitaux, au Groenland et dans les régions stratégiques contre leurs concurrents.
L’Union européenne et le Royaume-Uni sont-ils « subordonnés » à l’impérialisme américain ? Le mot est trop fort. L’UE perd du terrain et tente de fournir des efforts pour lutter contre cette situation. Ses divisions, en particulier concernant la position à adopter vis-à-vis de Trump, sont un obstacle à une politique indépendante.
Le fait que l’approvisionnement énergétique russe bon marché ait été coupé par les États-Unis en 2022 constitue un point de bascule, qui illustre bien la dynamique du rapport de force entre d’un côté un bloc à part entière, les États-Unis, un pays-continent à l’offensive, et de l’autre une « Union » composée d’impérialismes secondaires (France, Allemagne) et de petits États capitalistes qui s’insèrent en permanence dans le bloc impérialiste dominant. Il n’y a pas « d’impérialisme européen » mais des intérêts impérialistes différents, rassemblés dans l’UE avant tout pour permettre aux puissances impérialistes d’exploiter économiquement les États capitalistes secondaires (une partie de l’Europe du Sud et de l’Est). Mais ces puissances aux intérêts parfois concurrents peuvent être dispersées façon puzzle lorsqu’une pression est exercée sur eux, d’autant plus par l’impérialisme dominant.
Des institutions internationales en crise
Cette intensification de la guerre économique produit des effets politiques sur le système des relations internationales.
L’OMC existe encore même si elle ne joue presque plus aucun rôle puisque ses décisions sont totalement ignorées par les États-Unis et que son organe de règlement des différends (ORD qui est censé juger les disputes commerciales) ne fonctionne plus du fait d’un blocage américain. L’ONU est au bord de la faillite depuis que les États-Unis ont quitté des dizaines de ses agences et institutions (dont l’OMS, catastrophes sanitaires en vue, cf. article dans le no 50 de Révolutionnaires). L’organisation est même concurrencée par le Conseil de la paix mis en place par Trump et dans lequel, lui seul, président à vie, a un droit de veto. Des juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont carrément été mis sous sanction financière par les États-Unis après s’être saisis de plaintes contre Israël.
Les institutions internationales datent du partage du monde entre les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Certaines étaient le lieu d’une forme de vis-à-vis avec l’URSS et ses alliés comme l’ONU, d’autres relevaient exclusivement du monde capitaliste comme l’ancêtre de l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale. La chute de l’URSS a ouvert une nouvelle période historique. L’URSS a été écrasée sous le double poids d’une bureaucratie stalinienne en bout de course prête à tout pour muter en bourgeoisie à part entière et par les pressions de l’impérialisme. Dans le même temps, l’impérialisme s’est lancé dans une offensive patronale contre les travailleurs dans le monde entier – un ensemble de politiques incarnées par Reagan, Thatcher ou Mitterrand, désignées sous le mot trompeur de « néo-libéralisme », très « libérales » quant aux droits des capitalistes à exploiter les travailleurs et à piller la planète, mais très attachées à leurs États nationaux pour préserver les profits de leurs banques et grandes entreprises et pour maintenir l’ordre social et impérialiste. Dans le même temps, les anciens pays coloniaux qui avaient acquis leur indépendance de haute lutte se voyaient rattrapés par les mécanismes de la dette, du marché impérialiste. Et une partie des régimes qui tentaient de conserver une politique nationaliste, qui visait non pas à renverser le système impérialiste mais à s’y faire une place, ou bien ont muté en semi-colonies économiques ou bien ont été renversés.
La période qui nous sépare de la chute de l’URSS a été caractérisée par la domination sans partage de l’impérialisme américain. Les institutions multilatérales ou encore le droit international, étaient à la fois le masque respectable de la domination sans partage des États-Unis en même temps qu’elles permettaient l’organisation d’une certaine forme de négociation du partage du monde entre ses alliés, ses seconds couteaux et ses vassaux. Le Premier ministre canadien Carney a décrit l’hypocrisie fondamentale de ce système international prétendument « fondé sur des règles » dans son discours à Davos :
« Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse. Que les plus puissants y dérogeraient lorsque cela leur convenait. Que les règles entourant les échanges commerciaux étaient appliquées de manière asymétrique. Et que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime.
Cette fiction était utile, et l’hégémonie américaine, en particulier, contribuait à assurer des bienfaits publics : des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux mécanismes de résolution des différends. »
La « fiction de l’ordre international fondé sur des règles » n’était pas seulement « en partie fausse », elle a permis de couvrir les pires crimes pour les besoins de la prédation impérialiste, du génocide au Rwanda (encore Mitterrand), à la colonisation et l’apartheid des Palestiniens, en passant par la destruction et l’invasion de l’Afghanistan, de l’Irak3 et de la Libye, etc. Carney, qui explique pourtant très bien pourquoi ni lui ni aucun autre dirigeant occidental ne sera menacé par la CPI (Cour pénale internationale) ou la CJI (Cour internationale de justice), ne va pas jusqu’à dire la vérité la plus crue – mais son raisonnement, même édulcoré, contient une part de vérité.
Pourquoi cette crise de l’ordre américain ?
Alors pourquoi l’impérialisme américain détruit-il méthodiquement cet ordre dont il a été le principal architecte ? Trois raisons au moins : d’abord parce qu’il n’en est plus le principal bénéficiaire, ensuite parce que cet ordre ne lui permet plus de défendre au mieux ses intérêts et enfin parce que les mensonges éhontés sur lesquels il était basé sont apparus plus que jamais au grand jour.
La crise de 2008 a réactualisé de manière brutale les rapports de force dans le monde capitaliste. L’organisation des échanges internationaux a plus profité à la Chine, intégrée à l’OMC depuis 2001, qu’aux États-Unis – même si cette phase post-crise financière a permis aussi au grand capital américain d’exploiter et de piller les richesses de toute la planète.
Le second facteur qui a marqué une rupture dans l’ordre international découle en grande partie du premier. C’est la tentative de Poutine (en tant que représentant des grands capitalistes russes) de tester les faiblesses relatives des États-Unis en envahissant un pays allié (certes marginal) de l’Occident dans l’objectif de mettre un coup d’arrêt à l’avancée de l’Otan vers l’Est. La guerre continue de faire rage, mais il semble que son pari est en partie gagné. Poutine a pu compter sur la neutralité bienveillante de la Chine. Et les États-Unis de Trump semblent prêts à prendre acte du fait accompli du rattachement de la Crimée et du Donbass à la Russie ou à sa périphérie. Trump encadre ce « deal » en transformant le revers stratégique américain en une volonté de désengagement militaire du théâtre européen, couplée au fait de rafler l’essentiel du butin que constituent les richesses de ce qui restera de l’Ukraine, des profits de la reconstruction et un contrôle sur les échanges entre la Russie et l’Europe notamment du secteur de l’énergie. D’après Trump, l’Ukraine était « la guerre de Biden » !
Enfin le génocide des Palestiniens de Gaza par Israël a fini de discréditer totalement le prétendu caractère « fondé sur des règles » de cet ordre impérialiste aux yeux des populations du monde entier. L’invasion de l’Irak en 2003 avait déjà connu une contestation très forte, y compris dans la jeunesse occidentale. Mais le soutien sans faille des États-Unis aux agissements de l’extrême droite israélienne et le « deux poids deux mesures » dans la comparaison entre le traitement réservé à l’envahisseur Poutine et au génocidaire Netanyahou par l’ensemble des dirigeants occidentaux a achevé, sous Biden, la « fiction » décrite par Carney. Trump en a pris acte et n’a pas cherché à la réanimer, bien au contraire.
Cette réorganisation de la domination américaine est une réaction à son affaiblissement relatif face à son principal concurrent chinois. Mais cela ne veut pas dire que la Chine serait en meilleure position dans l’affrontement en cours. Les États-Unis sont toujours la puissance financière et militaire largement dominante et ils cherchent les moyens de continuer à dominer le monde, mais d’une autre manière.
Vers quel ordre mondial nouveau si l’ancien s’effondre ?
Le système international est indéniablement en crise. Il ne survit que parce que rien n’est proposé pour le remplacer jusqu’ici : le conseil de la paix apparait pour l’instant grotesque et réduit aux alliés politiques de Trump.
Les sommets des Brics+ se posent en alternative au G7 et à l’hégémonie américaine, prétendant réformer les institutions financières internationales et mettre fin à la domination du dollar, sous couvert de « multilatéralisme ». Mais la coalition, largement dominée par la Chine, ne remet en rien en cause les logiques impérialistes, bien au contraire. Les aides apportées aux pays du Sud, notamment via la Nouvelle Banque de développement, répondent avant tout aux intérêts des pays les plus puissants au sein des Brics et de leurs entreprises. Il s’agit surtout pour certaines de ces puissances émergentes de revendiquer leur place dans les décisions sur la marche du monde, sans pour autant remettre en cause leurs bonnes relations avec les puissances occidentales, notamment s’agissant de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud. La Chine, pour continuer à dominer cette coalition et parce qu’elle est incapable de supplanter les États-Unis, se situe aussi sur ce terrain très limité.
Ces Brics ne font même pas semblant de proposer une alternative politique comme cela avait pu être le cas pour le mouvement des non-alignés dans les années 1950. La Chine se pose même en défenseuse du libre-échange et des institutions internationales en crise, afin d’apparaître comme un leader de rechange responsable, mais elle n’a ni les moyens ni peut-être l’envie d’aller au-delà de la posture. Si un nouvel ordre mondial devait naître, s’il devait se doter d’institutions (ce qui n’est pas certain), alors elles seraient le résultat d’une réévaluation des rapports de force entre la Chine et les États-Unis. Or ce rapport de force ne peut se jauger et se réactualiser que dans la guerre économique pour le pillage des richesses du monde, guerre économique qui peut se transformer en affrontement militaire à différentes échelles. Cet affrontement est en cours. Dans une telle situation, les révolutionnaires ne peuvent pas rester l’arme au pied.
Un retour aux sphères d’influence ?
C’est Trump lui-même qui a mis en avant ce discours baptisé « doctrine Donroe »4, à l’occasion du coup d’État mené au Venezuela. Ce qui n’a pas empêché des opérations militaires américaines au Nigeria et en Iran dans le même mois. Il n’y a pas de repli de l’impérialisme américain sur « son » continent, du Groenland à la Terre de Feu, mais une intensification du pillage et du contrôle de ce qu’il considère comme son « arrière-cour » pour mieux se projeter dans le reste du monde.
L’opération au Venezuela avait pour but affiché de remettre la main sur le pétrole du pays. La réunion des grands groupes pétroliers américains retransmise en direct par la Maison-Blanche a démontré le peu d’intérêt que ces capitalistes avaient à exploiter ces réserves. Il s’agit de contrôler les flux de pétrole, dont une partie significative était destinée à la Chine, plus que de les exploiter.
Le fait que la Chine soit devenue le premier partenaire commercial de l’Amérique latine a évidemment de quoi irriter les États-Unis. L’ingérence militaire et politique directe, renouvelée après quelques décennies de recul relatif, fait partie d’une stratégie d’endiguement contre la Chine. Mais les liens économiques ne se coupent pas si facilement et y compris les régimes vassaux comme ceux de Milei en Argentine ou de Kast au Chili continuent à commercer avec le concurrent asiatique. Il s’agit pour les États-Unis de conserver une mainmise politique sans forcément rompre tous les liens économiques.
Les menaces vis-à-vis de l’Iran procèdent en partie de la même logique – qui n’est donc absolument pas continentale. Les États-Unis n’ont pas besoin aujourd’hui des hydrocarbures iraniens mais veulent en contrôler les flux notamment vers la Chine. S’ajoute en Iran la question du nucléaire : ce serait une épine dans le pied d’Israël et des États-Unis que ce régime adverse ait la bombe.
L’attitude des États-Unis vis-à-vis de leurs alliés, ou plutôt leurs « obligés » européens (pour ne pas employer le mot de « vassaux » qui est un peu fort et masquerait leurs capacités indépendantes de nuisances impérialistes), est significative. L’impérialisme américain a recours à une forme d’extorsion contre ses plus proches alliés historiques au risque de fragiliser l’Otan, alliance militaire pourtant complètement à sa main. Extorsion territoriale avec les menaces contre le Groenland, extorsion commerciale avec l’accord imposé à l’UE le 27 juillet 2025, extorsion militaire avec les budgets dirigés vers des commandes de matériel américain et extorsion sur le plan des ressources énergétiques avec le débranchement de l’Europe de la Russie – et le possible « rebranchement » sous contrôle américain à venir. Sans parler des saillies politiques démagogues qui accréditent la thèse du « grand remplacement » pour favoriser l’extrême droite sur le continent. Traiter si mal ses plus proches alliés n’est pas un signe de force mais plutôt d’une préparation à un affrontement. On retrouve ici la rivalité systémique avec la Chine.
Non, l’impérialisme américain n’a pas renoncé à la domination du monde et ne s’est pas retranché dans une sphère d’influence. Mais laisserait-il, dans une tentative de « coexistence pacifique » provisoire, des sphères d’influence à ses adversaires ? C’est la proposition qu’il semble faire à la Russie avec la garantie que l’Ukraine n’entre pas dans l’Otan (mais toutes les « garanties » impérialistes sont provisoires si elles ne sont pas purement et simplement des mensonges).
Et quoi pour la Chine ? Les menaces de droits de douane faramineux ont enclenché une escalade commerciale qui a finalement fait reculer Trump en octobre dernier. Les États-Unis ne représentent en effet plus que 10 % des débouchés chinois contre 20 % en 2018. Il serait exagéré d’en déduire que la moitié des liens économiques auraient été coupés entre les deux pays en moins de dix ans, car de nombreux mécanismes permettent de contourner les entraves au commerce. Mais malgré un effort de découplage des intérêts chinois initié par les Américains, les armes conventionnelles financières et commerciales échouent donc pour l’instant à endiguer la montée chinoise. D’où l’activisme militaire américain. Est-ce que cet activisme pourrait être imité par le régime de Xi Jiping contre Taïwan ? Et quelle serait alors la réaction américaine ? Laisser Taïwan à la Chine, car c’est sa « zone d’influence » (très proche), ou bien tenter de l’empêcher ? Cet affrontement en cours, qui risque de se transformer en guerre, donne une bonne image des rapports de force entre les deux premières puissances mondiales, où les États-Unis contestent dans le Pacifique les ambitions chinoises sur une île à 140 kilomètres de leurs côtes à population majoritairement chinoise. Si les États-Unis laissaient une marge d’influence à leur concurrent, ce serait une toute petite sphère !
La tactique de Trump n’est pas celle de Bush
Au Venezuela comme en Iran, et peut-être demain à Cuba, la tactique de Trump ne vise pas le « changement de régime » mais « la soumission totale du régime en place ». Sur la scène intérieure américaine, l’administration Trump se défend de se lancer dans des « guerres sans fin » comme en Irak et en Afghanistan, guerres qui sont aujourd’hui rejetées par les électeurs, même républicains.
En 2003, les États-Unis, ivres de leur domination sans partage, avaient détruit systématiquement non seulement le régime de Saddam Hussein, mais aussi l’État irakien pour le remplacer par un appareil à leur botte (les allégations démocratiques des néo-conservateurs n’étaient bien sûr que des prétextes). Cette expérience a échoué lamentablement, produisant Daech et laissant l’adversaire iranien conquérir une certaine influence en Irak.
La période actuelle est complètement différente, et pas seulement parce que les dirigeants américains auraient « tiré les leçons » de l’Irak. D’un côté il serait contre-productif et dangereux pour l’impérialisme américain de s’embourber dans un pays et d’y fixer ses moyens militaires alors qu’il a aujourd’hui un rival systémique (la Chine), contrairement à 2003. Et d’un autre côté, la menace de réaction populaire, qui pourrait être déclenchée dans une situation de changement de régime même de l’extérieur, est bien plus concrète qu’au début des années 2000. Depuis les révolutions arabes de 2011, ces soulèvements sont nombreux. La récente explosion sociale en Iran, écrasée dans le sang avec la bénédiction de fait de Trump est là pour le rappeler.
La tactique de soumission des régimes en place, appuyée sur des menaces d’intervention (comme actuellement en Iran) ou des opérations spectaculaires mais limitées (comme au Venezuela), est certes offensive, mais montre une faiblesse des États-Unis qui les oblige à une certaine prudence vis-à-vis de leurs concurrents et aussi vis-à-vis des réactions ouvrières et populaires.
Rien ne dit que cette tactique marchera au-delà du Venezuela (ni même qu’elle tiendra au long terme au Venezuela lui-même). L’Iran se soumettra-t-il ? Cuba ? En cas d’échec de cette voie, Trump s’engagera-t-il dans de véritables guerres ? Nous devons dans tous les cas anticiper cette possibilité.
Toujours l’impérialisme décrit par Lénine
Pour Lénine, « l’impérialisme c’est le capitalisme des monopoles qui opèrent à l’échelle de la planète ». Les convulsions politiques et militaires actuelles ne sont pas du domaine d’une « géopolitique » séparée du reste de la vie sociale. Elles sont la manifestation de la concurrence économique des monopoles, appuyés sur leurs États respectifs et leurs appareils militaires pour le pillage des ressources naturelles de la planète et l’exploitation du travail humain. De ce point de vue, le retour à un repartage du monde concurrentiel, dans lequel il ne s’agit ni de l’affrontement (et des compromis) entre un bloc capitaliste et un bloc stalinien, ni d’une domination sans partage par un unique pôle impérialiste, rapproche plutôt les conditions actuelles de l’impérialisme décrit par Lénine au début du 20e siècle. L’analogie ne vaut pas analyse, car l’histoire ne repasse pas les plats, mais cette période comme la précédente est pour sûr « une époque de guerres et de révolutions ».
Il ne s’agit pas de formuler des pronostics sur la manière dont ce repartage du monde va s’opérer (multiples guerres localisées ou généralisée ?) et encore moins vers quel ordre barbare ces rivalités entre grandes puissances peuvent emmener l’humanité, mais de se convaincre que l’instabilité de la période ouvrira des brèches dans lesquelles les travailleurs et les peuples ne manqueront pas de s’engouffrer. Chacun de ces chocs sociaux et soulèvements s’inscrira dans cette situation globale de « guerres et de révolutions ». Chaque erreur politique se payera au prix fort – les illusions institutionnelles et réformistes seront vite déçues mais pourront enterrer bien des mouvements ou des révoltes. Notre tâche est de construire un pôle des révolutionnaires à l’échelle internationale, capable de s’aguerrir dans la défense de l’indépendance de classe et de perspectives internationalistes et révolutionnaires dans ces événements.
L’instabilité politique accrue et notre orientation
Toutes ces composantes de la situation ne peuvent que conduire à une intensification de ce qu’Engels a appelé le « meurtre social », la paupérisation systémique visant les plus pauvres du monde. Pour parvenir à cette intensification flagrante du militarisme, de l’exploitation et de la misère, nous assistons aux États-Unis comme dans bien d’autres pays du monde, à une centralisation du pouvoir de l’État dans le pouvoir exécutif, défiant toutes les contraintes juridiques. Ce mouvement de fond favorise partout l’extrême droite, dont la croissance est le résultat et non la cause des tensions actuelles, bien que son poids politique accélère les tendances délétères à l’œuvre.
L’ICE, la police anti-immigrés de Trump, est une bonne illustration des contradictions que font naître la situation actuelle : en recrutant des voyous d’extrême droite pour terroriser les communautés d’immigrants et réprimer la dissidence au sein de la population, Trump ne fait pas qu’engendrer une horreur de plus, avec des centres de détention de l’ICE en expansion rapide qui ne sont rien de moins que des camps de concentration, où celles et ceux qui sont kidnappés sont condamnés sans aucune protection juridique, y compris des citoyens des États-Unis. Il a également suscité la première grève de masse ayant eu lieu depuis 1946, avec la mobilisation massive dans le Minnesota en janvier dernier.
L’instabilité extrême qui marque la phase actuelle est essentiellement liée à la tentative revendiquée des États-Unis d’imposer un nouvel ordre mondial qui protège leur hégémonie, mais elle est générale, car chaque État tente de s’imposer régionalement dans la redéfinition en cours des rapports de force. Cette instabilité qui ne fait que commencer est lourde de menaces mais aussi d’opportunités que les organisations révolutionnaires devront saisir.
Les budgets militaires ont connu une augmentation rapide (+20 % cette année) même s’ils n’atteignent pas (encore ?) les pics de 1962 (6,2 % du PIB mondial). Le nombre record de conflits armés et de morts dans ces conflits est au plus haut depuis la fin de la guerre froide. L’affrontement entre la Russie et l’Ukraine ou le génocide contre les Palestiniens illustre cette tendance à des conflits « inter-étatiques » – où se mêlent les luttes légitimes contre les oppressions nationales, la concurrence entre puissances capitalistes régionales et les rivalités entre puissances impérialistes (Chine ou Russie et États-Unis).
Les guerres en cours ne sont pas toutes de même nature, même si elles sont invariablement menées par une puissance capitaliste au moins – car les travailleurs n’ont aucune raison de se faire la guerre ! Guerres entre impérialistes, guerres pour soumettre des pays dominés, guerres de rapine et de nettoyage ethnique… Les perspectives à mettre en avant sont différentes dans chacune de ces situations. Nous ne prêchons pas la paix au peuple palestinien, car cela signifierait abandonner la lutte contre son oppression. Nous ne mettons pas sur le même plan l’agresseur impérialiste israélo-américain et l’Iran – malgré la nature rétrograde et anti-ouvrière de son régime. Mais dans un conflit inter-impérialiste, nous nous référons au défaitisme révolutionnaire des bolcheviks et de la Troisième Internationale.
Dans ce sens, s’il y a bien une conclusion militante à tirer des changements dans la situation, c’est de remettre en avant la lutte politique contre le militarisme. Nous devons dénoncer les buts de guerre impérialistes auxquels se préparent les gouvernements de nos pays respectifs. Aujourd’hui, on nous dit que la Russie ferait peser une menace existentielle sur l’Europe et ses institutions. Car si Poutine devait tenter d’envahir un nouveau pays (un pays balte par exemple) et que les gouvernements européens ne lui déclaraient pas la guerre immédiatement, alors l’UE serait morte – et avec elle l’Otan. Bel aveu ! Il faudrait donc envoyer des travailleurs de toute l’Europe se battre, certainement pas pour les Ukrainiens ni pour les Lituaniens, mais pour la stabilité de l’UE et de l’Otan ! Pas question. Ce qui, soit dit en passant, ne règle en rien le fait que la menace de Poutine est, elle, réellement existentielle pour les peuples que son régime agresse comme les Ukrainiens aujourd’hui – et existentielle pour l’opposition et la classe ouvrière russe elle-même.
Dénoncer les buts de guerre impérialistes est essentiel, des guerres actuelles comme les guerres futures qui ne vont pas manquer de se multiplier et feront peser sur toute la période à venir le risque d’une escalade mondiale. Il est tout autant essentiel de dénoncer aussi, ici et maintenant, le poids du militarisme sur toute la société. Toutes ces forces de travail et moyens de production modernes engloutis dans des usines d’armement, ces budgets sociaux sabrés au profit des budgets militaires, cette jeunesse appelée à s’enrégimenter durant ses années les plus belles et les plus formatrices, ce poison du nationalisme et du patriotisme qui pollue les discours et les cerveaux… Tout cela ne pourra qu’approfondir les crises sociales qui sont déjà en germe et les explosions sociales qui vont avec et sur lesquelles nous misons nos perspectives politiques.
Rappelons enfin que dans la compétition économique comme dans la guerre qui la prolonge, aucune des puissances rivales ne perd de vue l’essentiel : le principal concurrent de tout capitaliste, ce sont les travailleurs et les peuples. Le cours de l’affrontement entre ces grandes puissances est déterminé non seulement par leurs rivalités mais aussi par leur complicité indéfectible dans le maintien de l’ordre social capitaliste et de tous les régimes, même les pires, qui sont à même de l’assurer. Cette leçon que les Communards ont apprise dans le sang est plus que jamais d’actualité. Les explosions de révolte populaire ont été nombreuses depuis 2008 et elles ont souvent pris les grandes puissances par surprise, telles que les révolutions arabes, mais depuis aussi au Chili, en Iran, en Algérie, la liste est longue.
L’instabilité actuelle du capitalisme porte la promesse de la multiplication et de l’accélération des crises politiques – et nous en avons connues quelques-unes dans nos pays ces dernières années. Certains de ces chocs sociaux planétaires pourraient entraîner dans l’action politique les milliards de prolétaires que le capitalisme exploite. Cette force, qu’on entrevoit à peine dans les grèves massives à l’échelle de secteurs industriels de ces dernières années, par exemple aux États-Unis (aéronautique, automobile), mais aussi en Grande-Bretagne ou dans divers pays d’Asie, ouvrirait des perspectives politiques si elle se portait à la tête des révoltes populaires qui éclatent régulièrement, comme dernièrement en Iran.
Dans chacune de ces vagues de grève ou révoltes populaires, il manquait une stratégie révolutionnaire, c’est-à-dire un parti capable de donner des perspectives d’indépendance de classe aux travailleurs. C’est à cela qu’il faut se préparer, car c’est bien dans ces situations de crise en haut et de lutte en bas que peuvent naître les perspectives les plus sérieuses.
Partie 3 : Pour un pôle international des révolutionnaires
Dans la crise de l’ordre mondial décrite ci-dessus, l’offensive patronale se durcit, partout soutenue par des politiques d’extrême droitisation, répression et militarisation contre les travailleurs et les peuples. En réaction, des explosions sociales et politiques ont éclaté : Printemps arabes de 2011, soulèvements de l’année 2019, insurrections violemment réprimées plus récemment au Bangladesh, à Madagascar, en Turquie, au Maroc et aujourd’hui en Iran et aux États-Unis, à Minneapolis. En France, nous avons connu aussi des mobilisations significatives depuis dix ans, poursuivant le cycle de remobilisation ouvert par les grèves et mobilisations de la jeunesse de 1995 : contre la loi Travail de la gauche en 2016, Gilets jaunes en 2018-2019, mouvements des retraites en 2019-2020, puis en 2023, grèves des transports (pour ne citer que celles qui ont eu une résonance nationale), sans oublier les révoltes dans des colonies françaises (Guadeloupe et Kanaky). Partout aussi, à des degrés divers, la mobilisation pour Gaza a marqué la vie politique, exprimant la politisation d’une partie de la jeunesse dont la participation dans les mouvements cités plus haut a été significative. Nous vivons une polarisation des rapports de classe mondiaux, avec toutefois un déséquilibre manifeste en faveur du capital.
Face à quoi, à l’échelle mondiale et sous des formes diverses aussi, c’est la montée constante et qui semble irrésistible de l’extrême droite. Essentiellement sous forme électorale – même si des groupuscules violents ouvertement fascistes prolifèrent – car à ce jour cette extrême droite ne tient pas à se donner un visage extra-parlementaire, ce qui n’empêche que lorsqu’elle arrive au gouvernement, du moins comme on le voit clairement avec Trump aujourd’hui dans les villes américaines, c’est la répression allant jusqu’à l’assassinat, par des mercenaires d’une police spéciale, contre la partie immigrée de la classe ouvrière et celles et ceux qui la soutiennent, pour tenter de mettre au pas l’ensemble de la classe ouvrière, de décourager de lutter voire de s’exprimer.
La situation de tension du monde impérialiste se révèle particulièrement cruelle à l’égard des mouvements sociaux et politiques qui ont suscité à leur époque des espoirs fondés sur des illusions dans un avenir meilleur sans renverser le capitalisme. Les demi-mesures nationalistes ou institutionnelles, les tentatives campistes de survie sous la protection d’un impérialisme ou de son rival se révèlent avoir été des impasses et n’offrent plus que le visage de dictatures plus ou moins féroces contre leurs peuples. Époques et situations certes très diverses, mais chute des gloires et « modèles » qu’ont été l’Argentine de Perón, le Venezuela de Chávez (qui ont tenu un temps la dragée haute à l’impérialisme américain et leur ont valu un crédit populaire mondial), le Rojava, ou encore l’élection de Boric au Chili comme « débouché » au mouvement de 2019. Le Cuba de la révolution de 1959 des « barbudos » qui, sous le coup d’un blocus économique et commercial sans précédent de plus de 65 ans, a renforcé le caractère bureaucratique et nationaliste de la révolution cubaine. Même si ces expériences sont aujourd’hui défaites ou en passe de l’être et les leçons doivent en être tirées, les communistes révolutionnaires doivent participer à toutes les initiatives qui s’opposent au renforcement des agressions impérialistes contre les peuples.
Il reste à savoir comment surmonter ces paradoxes, forces et faiblesses politiques des mobilisations d’exploités et opprimés face au bulldozer de l’offensive capitaliste, et c’est la tâche du mouvement révolutionnaire. Nous avons participé aux mobilisations avec nos moyens politiques et militants pour ceux qui ont eu lieu en France, nous avons cherché à mieux les comprendre en cherchant à nouer des liens avec des militants ou groupes d’extrême gauche de ces pays – dont nos camarades là où nous en avons. Du camp du prolétariat n’a pas émergé une perspective politique pour les exploités et les opprimés. Les mouvements ont été soit férocement réprimés, soit trahis par les illusions que beaucoup ont nourries dans des appareils politiques et syndicaux dits de gauche ou démocratiques, promettant un changement par des élections ou une autre solution institutionnelle, ou par des palabres syndicats-patronat. La gauche institutionnelle est particulièrement incapable de combattre le poison du nationalisme que la droite et l’extrême droite répandent avec toujours plus de vigueur, car ils partagent fondamentalement une fibre patriote. Aux antipodes du nécessaire internationalisme seul à même de combattre les poussées militaristes impérialistes et de se dégager de tout suivisme vis-à-vis d’un impérialisme qui ne poursuit d’aucune manière l’intérêt des peuples.
L’extrême gauche, faible de son nombre mais aussi de sa soumission à la gauche
Dans cette situation de plus en plus tendue et polarisée, où se dessinent pourtant deux camps, bourgeoisie et prolétariat, dont le deuxième n’a pas conscience de sa force et de sa responsabilité à diriger la révolution nécessaire, la politique de l’extrême gauche révolutionnaire mondiale reste pourtant problématique. Pas seulement du fait de sa faiblesse numérique et de son émiettement entre une multitude de courants et de groupes. Mais une partie de cette extrême gauche est aujourd’hui à contretemps des exigences politiques, du fait de sa soumission à des formations politiques plus ou moins nouvelles dites de « gauche radicale » : France insoumise en France, Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce, Podemos dans l’État espagnol, DSA aux États-Unis, Your Party (et pour certains toujours le Labour Party) en Grande-Bretagne. Ce qui émousse le projet révolutionnaire émancipateur dont elle est porteuse, en particulier son courant trotskiste qui peut s’appuyer sur le capital politique de la révolution russe de 1917, de Lénine et de Trotski, qui en a ensuite défendu les acquis contre le stalinisme.
Des formations qui ont totalement rompu avec un langage et une politique de classe
Ces « gauches radicales » aux histoires singulières selon les pays, sont toutes nées du discrédit des ex-grands partis de gauche, socialistes ou communistes, devenus l’ombre d’eux-mêmes (France insoumise, Your Party et DSA sont issus de courants socialistes ; Die Linke du stalinisme et d’une frange du syndicalisme social-démocrate ; Podemos d’une petite bourgeoisie radicale s’appuyant sur la mobilisation des Indignés). Elles se disent « nouvelles », « insoumises », « radicales », « de rupture » (même si on ne sait pas exactement avec quoi) mais elles ont pourtant la spécificité commune de rejeter tout langage et politique de classe à l’heure où il faut faire prendre au prolétariat conscience de sa force révolutionnaire. Significatifs ont été les arguments de Mélenchon pour s’opposer à la manœuvre du pouvoir macroniste de se voir étiqueté d’extrême gauche : la FI, comme celles citées plus haut, appartient bien à une gauche institutionnelle (et pas à l’extrême gauche révolutionnaire !) qui prône le changement par des élections, par des majorités ou alliances parlementaires et gouvernementales en accompagnant la politique des bureaucraties syndicales. Dans une situation aujourd’hui de reflux de la gauche et de montée de l’extrême droite, ces formations apportent leurs gains électoraux faibles mais néanmoins non négligeables (de 5 % à 25 % des voix) à des alliés nécessaires, sur leur droite ! L’exemple français est intéressant à défaut d’être unique : la FI a promu il y a peu un Nouveau Front populaire (NFP), contrat électoral qui lui-même a conduit à un Front républicain, soit un appel au vote de deuxième tour pour d’anciens ministres de Macron. Et Mélenchon, qui veut se montrer bon gestionnaire des affaires de la bourgeoisie et présidentiable en 2027, s’affiche avec Dassault, modèle s’il en est de réussite capitaliste française – dans l’industrie de la mort. Avant lui, Bernie Sanders avait « rendu » ses voix à Biden. Pablo Iglesias son crédit au gouvernement de Sánchez…
Attention au brouillage des cartes pour les travailleurs et les jeunes qui veulent se tourner vers le combat révolutionnaire
Il semble vraiment problématique que des révolutionnaires trotskistes qui, tous, dans leurs résolutions de congrès, prônent le besoin urgent d’une « politique indépendante de classe », mènent des politiques d’entrisme ou de rapprochement avec des formations de la gauche institutionnelle qui en éloignent les travailleurs. Dans les faits, près de la moitié des organisations et regroupements trotskistes dans le monde ont choisi aujourd’hui de militer dans, pour ou en direction de ces prétendues nouvelles formations de gauche. Dans des conditions où le rapport de force n’est pas en leur faveur, ce sont les perspectives et illusions institutionnelles de ces formations qui sont renforcées, avec les déceptions qu’elles ne peuvent manquer d’engendrer. Et soit dans la recherche de partis larges à construire, soit dans l’entrisme dans les formations de « gauche radicale », des groupes (et programmes d’extrême gauche) se sont dissous ou ont perdu leur flamme révolutionnaire pour un strapontin de député et l’illusion de grossir. Que les considérations pour cet entrisme soient tactiques ou politiques, c’est la visibilité de la ligne révolutionnaire qui en pâtit.
Même si un retour critique sur cette politique serait nécessaire, on est loin, avec ces formations de gauche radicale, des qualités d’organisations ouvrières de masse qu’avaient les partis communistes et socialistes de l’époque où Trotski, pressé par les événements dans les années 1930 où les luttes de classe se radicalisaient, proposait à ses camarades d’y entrer, à titre provisoire, pour y gagner à une politique révolutionnaire les militants (et non les organisations) qu’on pouvait encore arracher aux politiques staliniennes et social-démocrates. On est loin de tout « front unique ouvrier ». On en est à un piètre front de gauche, précisément ce NFP dont les responsables du NPA-A regrettent qu’il n’existe plus et qui regroupait pourtant de Poutou à Hollande. Et ce n’est certainement pas un pareil front électoral qui protégerait les travailleurs de l’extrême droite montante. Où et quand la gauche a-t-elle protégé du fascisme, dont elle a au contraire pavé la voie, précisément avec ces diverses moutures de « fronts populaires » au service de la bourgeoisie qui ont désarmé les travailleurs ? Faire ce constat ne nous exonère pas d’une politique de front unique vis-à-vis de ces courants, au contraire : face à la gauche nous avons une politique d’unité d’action à proposer, à notre niveau, dans l’objectif de nous lier avec les milieux influencés par les courants de la gauche institutionnelle au sein de notre classe et de la jeunesse.
Bien sûr, les courants et les organisations qui n’ont pas choisi cette voie n’ont pas à ce stade un meilleur bilan à présenter. Pas un pire non plus, en particulier dans leur capacité à intervenir dans la classe ouvrière et à recruter des jeunes. Il y a vraiment une urgence à ce que cette question soit débattue (car tout se discute !). C’est d’ailleurs, une des raisons des explosions des courants révolutionnaires à l’échelle internationale sur ces dix dernières années. Ces problèmes de construction et d’orientation devraient être posés, à commencer par celui, prégnant aujourd’hui, de la rupture de tout lien organique avec la gauche ou ses succédanés ; problème en fait de la construction d’une perspective de classe à l’échelle internationale, des efforts militants pour qu’émerge un pôle international révolutionnaire. C’est une perspective à laquelle il faut donner corps. Nous pensons que cela passe par la recherche de toutes les formes de contacts et d’échanges entre révolutionnaires, d’expériences concrètes à confronter, de groupes à groupes ou plus collectivement – dont la prochaine conférence internationale de la fin mai 2026 sera un moment, à l’initiative de groupes révolutionnaires d’Italie, dont Lotta comunista, et de nous-mêmes. Nous concevons le pôle des révolutionnaires à la fois comme un moyen de développer les échanges politiques entre courants, mais aussi de développer la capacité à élaborer, à mettre en œuvre des politiques, des orientations communes. Il s’agit d’avancer vers la recomposition de courants révolutionnaires provenant de traditions révolutionnaires internationales différentes. Dans ce cadre, l’expérience du NPA-Révolutionnaires nous semble modeste mais inédite. Nous nous concevons comme un des outils – très modeste à cette étape – de clarification politique et d’unité d’action, dans l’actuel processus d’explosion de la gauche révolutionnaire internationale, pour le regroupement, la fusion et au final la recomposition sur de nouvelles bases politiques – une nouvelle tradition ? – de courants révolutionnaires issus de la Seconde Guerre mondiale et des années 1960.
Résolution du comité politique national (CPN) du NPA-R, adoptée le 15 février 2026
1 Il s’agit de l’utilisation comme combustible d’hydrogène produit par hydrolyse à partir d’énergies renouvelables.
2 https://www.touteleurope.eu/environnement/pietro-francesco-de-lotto-sans-resilience-des-matieres-premieres-critiques-la-revolution-industrielle-verte-ou-numerique-n-aura-pas-lieu/
3 Dans le cas de l’Irak, les États-Unis ont agi sans mandat de l’ONU mais ont obtenu son blanc-seing après quelques années d’occupation.
4 Contraction de « Donald » (Trump) et de « Monroe », du nom de la doctrine énoncée par le cinquième président des États-Unis condamnant les interventions européennes en Amérique et renonçant à l’intervention américaine en Europe, qui a été le prélude aux politiques impérialistes des États-Unis en Amérique latine.