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Brèves

L’actualité en bref

Mieux vaut tard que jamais. L’Assemblée nationale s’est majoritairement prononcée contre la réforme prévoyant l’âge de départ à la retraite à 64 ans, défendue et appliquée à coup de 49.3 par Élisabeth Borne en 2023. Un vote purement symbolique et qui n’aura aucune conséquence pratique, car ce n’est pas une proposition de loi mais une simple résolution qui a été adoptée devant un hémicycle clairsemé où nombre de députés de droite et d’extrême droite étaient absents. La gauche a parlé de « victoire ». On peut en sourire. Car l’abrogation de cette réforme scélérate ne se fera que par la lutte préparée dans les usines, les bureaux et partout ailleurs. Pas par des parlottes parlementaires.

Le magazine de France 2 Complément d’enquête et le Nouvel Obs viennent de dévoiler que l’actuelle ministre de la Culture, Rachida Dati, aurait perçu 299 000 euros d’honoraires non déclarés du groupe gazier GDF Suez (devenu depuis Engie) en 2010-2011 alors qu’elle était députée au Parlement européen. À l’époque, l’euro-députée centriste Corinne Lepage s’était étonnée du soutien apporté par Rachida Dati à la revendication de grands groupes énergétiques, dont GDF Suez, d’arrêter les subventions aux énergies renouvelables qui risquaient de leur faire concurrence. Dati avait alors déposé plusieurs amendements en faveur des groupes gaziers. La ministre est déjà mise en examen depuis 2021 en raison de 900 000 euros d’honoraires qu’elle aurait reçus à la même époque d’une filiale néerlandaise de l’alliance Renault-Nissan pour faire du lobbying en faveur du groupe automobile. Ce qui lui interdisait pourtant son statut de parlementaire européen. Dati nie tout en bloc, comme à son habitude. Reste à savoir si les juges la croiront sur parole.

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a dénoncé les critiques qu’il juge « minables, lamentables et insupportables » venant de la gauche qui l’accuse, selon l’expression du leader socialiste Olivier Faure, d’entretenir un « racisme d’atmosphère » après la meurtre, le week-end dernier, d’un Tunisien tué par son voisin islamophobe dans une petite ville du Var. L’indignation de Retailleau est largement factice. Au cours des derniers mois il a multiplié les déclarations contre les musulmans – à propos du voile, des « Français de papier » ou « des Français en régression vers leurs origines ethniques » – et a manifesté un manque d’empathie scandaleux lorsqu’un jeune musulman a été poignardé à mort dans une mosquée du Gard. Cela, ajouté aux insultes à l’encontre des jeunes des quartiers populaires qualifiés de « barbares », contribue largement à entretenir un climat raciste… sur lequel surfe Retailleau pour asseoir sa popularité. Et ses pseudo-protestations ne trompent personne.

L’administration Trump a annulé une recommandation faite par son prédécesseur, Joe Biden, qui autorisait les hôpitaux à pratiquer des avortements d’urgence lorsque nécessaires, même dans les États où l’accès à l’IVG était restreint, voire interdit. Cette recommandation avait été faite en juillet 2022 quelques semaines après que la Cour suprême des États-Unis eut cassé son arrêt « Roe v. Wade », qui garantissait depuis un demi-siècle le droit fédéral des Américaines à interrompre leur grossesse. L’annulation de la recommandation donne le feu vert aux hôpitaux des États républicains pour refuser l’admission des femmes enceintes en situation difficile tout en échappant à l’accusation de non-assistance à personne en danger. Dans la même veine Trump a par ailleurs révoqué deux décrets présidentiels de son prédécesseur qui sécurisaient l’accès à la pilule abortive. Là-bas comme ici, la défense des droits des femmes est plus que jamais d’actualité.

Le navire Arctic Sunrise de Greenpeace n’aura pas le droit d’entrer dans le port de la ville à l’occasion de la troisième conférence de l’ONU sur les océans qui s’ouvre le 9 juin et se prolongera jusqu’au 13. Elle est précédée d’une parade de dizaines de navires scientifiques à laquelle participent le Thalassa ou le Tethys II de l’Ifremer, le navire allemand Meteor, l’Espagnol Odon de Buen, l’Italien Gaia Blu, l’Ocean Explorer de Ray Dalio, la goélette Tara, le Perséverance de Jean-Louis Étienne ou encore le Blue Panda du WWF. Mais pas le bâtiment de Greenpeace. Selon la mairie, l’arrêté d’interdiction de mouillage qui le vise fait suite une demande de la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, exprimée lors d’un comité de pilotage organisé le 22 mai dernier. Cette dernière a, mollement, démenti. Il faut dire qu’elle ne cache pas qu’elle trouve les méthodes de Greenpeace trop radicales à son goût et en contradiction avec l’écologie bon chic, bon genre qu’elle défend. Avec elle, les océans ont du mouron à se faire.

Comme beaucoup d’autres, l’académie de Dijon manque cruellement de professeurs de français dans les collèges et les lycées. Pour tenter de régler le problème elle vient d’avoir une idée géniale : proposer une « expérimentation » permettant à des enseignants d’autres disciplines d’enseigner le français après un entretien de 30 minutes (10 minutes d’exposé et 20 minutes d’échanges). Seule condition exigée : les candidats doivent avoir suivi des études littéraires « à un moment donné de leur parcours de formation initiale ». On ne peut être plus vague. Les syndicats d’enseignants sont vent debout contre une mesure qui tend à mettre devant les élèves des enseignants qui n’auront ni le Capes, ni l’agrégation et dont les compétences auront été évaluées en un temps record. C’est ce qui dénote un profond mépris vis-à-vis des élèves. C’est la technique des « speed datings » des sites de rencontre appliquée à l’enseignement.

Le denier rapport de la Défenseure des droits, Claire Hédon, met en lumière les nombreuses failles du système d’orientation scolaire. Selon ce texte, le droit à l’orientation n’est pas une réalité effective pour les jeunes, en raison de plusieurs problèmes structurels et organisationnels, notamment des ressources financières et humaines insuffisantes, le manque de coordination entre l’État et les régions, les inégalités persistantes, etc. Sur ce dernier point le rapport souligne que les jeunes issus de milieux défavorisés, en zone rurale ou en outre-mer, subissent des désavantages liés à l’éloignement géographique, à la méconnaissance des filières et à des discriminations liées au genre, au handicap ou à l’origine sociale. Il note enfin que la réforme de Parcoursup et la multiplication des réformes depuis 2015 ont contribué à rendre le système plus opaque et plus inégalitaire. Un zéro pointé pour les différents ministres qui, depuis des années, se sont succédé à la tête de l’Éducation nationale.

Le gouvernement le dit et le répète : le déficit de la Sécurité sociale est « abyssal » (15,3 milliards d’euros cette année) et, pour le combler, il faudra que tout le monde fasse des sacrifices et se serre la ceinture, en particulier les assurés sociaux. Mais même la Cour des comptes, qui n’a rien d’une officine gauchiste, rappelle que le montant des exonérations de cotisations sociales en faveur du patronat (que ce dernier qualifie de « charges ») est passé de 20,9 milliards en 2014 à 77,3 milliards d’euros en 2024. Cette augmentation a été de 18 milliards d’euros ces trois dernières années. Il suffirait donc de les supprimer pour faire disparaître le trou de la Sécu.

Nahel, un jeune homme de 17 ans, avait été tué à bout portant à Nanterre (Hauts-de-Seine) en juin 2023 alors que son véhicule était contrôlé par un policier motocycliste. Sa mort avait provoqué des manifestations et des affrontements un peu partout dans le pays. Après avoir été incarcéré pendant cinq mois, le flic tueur avait été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Finalement, deux juges d’instruction viennent de décider de le renvoyer devant une cour d’assises pour homicide volontaire. Ce qui a provoqué les hauts cris de son avocat, qui a décidé de faire appel de cette décision en répétant que, selon lui, le coup de feu était justifié et « légitime ». Le procès devrait avoir lieu l’an prochain. Il est rarissime qu’un policier aboutisse aux assises pour ce genre de crime. Mais d’ici le procès beaucoup d’eau va couler sous les ponts et il n’est pas impossible qu’il s’en tire avec une peine minimale, la justice étant en général bonne pomme avec les bien mal-nommés « gardiens de la paix » à la gâchette facile.