Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Décision inédite du tribunal de Paris. Il a condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate l’ancien président du cimentier Lafarge, Bruno Lafont, reconnu coupable, avec d’autres, d’avoir financé des groupes djihadistes en Syrie. En 2013-2014, alors que la guerre civile ravageait le pays et que la plupart des entreprises étrangères avaient plié bagages, Lafarge était resté sur place et, pour poursuivre ses activités en toute tranquillité, finançait des organisations islamistes. Des peines de prison ferme et des amendes conséquentes ont été prononcées à l’encontre de trois autres cadres de l’entreprise. Pour une fois l’argument classique mis en avant – « les affaires sont les affaires » – n’a pas convaincu les juges. Il faut dire que les prévenus avaient poussé le bouchon un peu loin.

Sur plainte de l’Union fédérale des consommateurs-Que Choisir, l’opérateur de télécommunications SFR a été condamné à une amende de dix millions d’euros, dont cinq millions avec sursis, par le tribunal correctionnel de Paris, pour des publicités trompeuses de sa marque « Red by SFR ». L’association de consommateurs, qui avait saisi la justice en 2021, a salué « un signal fort en faveur de la transparence des pratiques commerciales ». Possible. Sauf que les pratiques commerciales, chez les opérateurs de télécom comme ailleurs, sont loin d’être transparentes. Et pour une épinglée, deux ou trois autres passent sous les radars.

Paris Match vient de faire sa Une sur la liaison entre Bardella et Maria Carolina de Bourbon des deux Siciles. Cette princesse d’un État qui n’existe plus depuis 1861 est à la tête d’une fortune évaluée à 500 millions d’euros, dont la plus grande partie serait placée sur des comptes off shore. Bien entendu, il s’agit d’une opération de communication destinée à la fois à rendre Bardella sympathique à ceux qui s’intéressent aux têtes couronnées et à en faire une personnalité plus respectable que les voyous néo-nazis qui gravitent autour du RN et à l’intérieur de ce parti d’extrême droite. On avait déjà constaté que les notables du RN commençaient par se servir dès qu’ils avaient le moindre pouvoir, comme le maire de Montargis qui s’est octroyé une augmentation de 80 % sitôt élu. On voit maintenant leur soif de rejoindre les rangs de l’aristocratie. C’est évidemment bien triste que des travailleurs et des chômeurs votent pour des personnages de cet acabit, qui n’ont jamais travaillé de leur vie et les méprisent profondément. Mais peut-être cette communication tapageuse aura-t-elle un effet inverse : provoquer le rejet de ces parasites par les classes populaires. La révolution de 1789 n’est pas si lointaine.

Toujours aussi modeste, le clown orange de la Maison-Blanche a fait circuler sur les réseaux sociaux une image produite par l’IA le représentant en Jésus guérissant un malade sur fond d’avions de guerre. Ce qui a déclenché la colère de nombreux catholiques américains, y compris parmi ses plus fidèles partisans, qui considèrent cette instrumentalisation de la figure du Christ comme un blasphème. Par exemple, Paula White, évangéliste d’extrême droite et proche conseillère de Trump depuis quinze ans, s’est dite scandalisée. Au point que Trump s’est senti obligé de supprimer son fake. Après sa critique du pape qu’il n’estime pas assez à sa botte, ça faisait beaucoup… On constate ainsi que ces culs bénis sont beaucoup plus choqués par une image que par le massacre de 170 écolières iraniennes par l’aviation des États-Unis. Ça en dit assez long sur l’hypocrisie de ces politiciens qui se revendiquent à tout bout champ de la religion pour justifier les guerres et les pires crimes qu’elles provoquent.

Pour préparer 2027, le Rassemblement national ne se contente pas d’étaler sa démagogie raciste dans les médias. Il mène aussi campagne, discrètement, auprès des capitalistes. Le 7 avril, Marine Le Pen déjeunait dans un restaurant huppé avec 15 d’entre eux, dont les PDG de Total, Engie et Accor, Bernard Arnault et un fils Bolloré. C’est le coup de foudre : Bardella se réjouit que les patrons « se rendent compte que nos constats et nos solutions leur sont favorables » et ceux-ci constatent que les élus RN sont « ceux qui ont le plus envie de plaire au monde patronal ». Le fusible Macron est discrédité ? Bardella postule pour poursuivre le sale boulot contre les travailleurs.

Alors que les prix à la pompe restent à un niveau record, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a pris la parole pour avancer des pistes pour mieux « électrifier » la France. Et de disserter sur les voitures électriques, les pompes à chaleur, l’interdiction des chaudières au gaz dans les immeubles collectifs, etc. Bref tout sera mieux en 2030, 2040 ou après. Mais en attendant les automobilistes et bientôt les abonnés au gaz, continueront de passer à la caisse. Quant à la possibilité de faire baisser les prix en baissant la TVA ou en s’attaquant aux superprofits des compagnies pétrolières, il n’en est toujours pas question.

Plus d’une dizaine de salariés, neuf coiffeuses ou esthéticiennes et quatre barbiers, majoritairement sans papiers, dénoncent leur employeur en occupant depuis le 3 mars l’Institut Sabadou & Jade, situé 65 boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement parisien. Ils soulignent des conditions de travail indignes et la surexploitation Le patron a réclamé aux neuf salariés en situation irrégulière 250 euros par mois en échange de fiches de paie et a cessé de les payer depuis plusieurs mois. Les grévistes sont appuyés dans leurs démarches par la CGT qui a lancé une caisse de grève en ligne et sur place. Le syndicat a aussi organisé un rassemblement devant le salon le 9 avril pour les soutenir et plus largement dénoncer les conditions des travailleurs sans papiers. L’inspection du travail, la police et l’Urssaf ont ouvert une enquête pour travail dissimulé. La CGT espère faire condamner le patron voyou au pénal pour « traite des êtres humains ».

L’an dernier les organisateurs du festival Rock en Seine s’étaient vu sucrer des subventions de la région Île-de-France et de la ville de Saint-Cloud pour avoir maintenu sur scène la présence du groupe nord-irlandais Kneecap, accusé d’apologie du terrorisme pour son soutien au peuple palestinien. Son rappeur, Mo Chara, avait non seulement dénoncé sur scène les crimes de Netanyahou, mais aussi le soutien apporté par des entreprises françaises à l’effort de guerre israélien. Cette année, le groupe irlandais n’est pas invité mais tant la mairie que la région, toutes deux contrôlées par la droite, ont confirmé leur refus de financement. Au nom de la liberté d’expression sans doute…

Reprenant une idée que Trump avait finalement abandonnée, les autorités indiennes préconisent l’utilisation de crocodiles et de serpents venimeux pour tenter d’empêcher les migrants de franchir la frontière longue de plus de 4 000 kilomètres qui sépare le pays du Bangladesh. Selon le quotidien The Hindu, proche du gouvernement d’extrême droite de Narendra Modi, la police des frontières a reçu pour instruction d’étudier le faisabilité d’un tel projet pour prévenir « les infiltrations » et les « activités criminelles » des migrants. Selon les pays, ces derniers sont enfermés, expulsés, torturés, violés, assignés à résidence dans des pays tiers, voire promis à une mort possible en tentant de traverser les mers. Pour eux la terre est une planète sans visa.