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Brèves

L’actualité en bref

La Grande-Bretagne a annoncé qu’elle suspendait les négociations en vue de la restitution de l’archipel des Chagos à l’île Maurice. Cet archipel, qui abrite l’importante base militaire de Diego Garcia utilisée par les Britanniques et les Américains, avait été arbitrairement détaché de l’île Maurice lors de son indépendance du Royaume-Uni en 1968. Il avait fallu attendre mai 2025 pour que Londres accepte de signer un accord de restitution après plusieurs années d’intenses négociation avant de faire volte-face sous la pression… des États-Unis. Pour le président américain, la base de Diego Garcia revêt un caractère militaire stratégique, car elle a joué un rôle majeur dans les deux guerres menées par les États-Unis en Irak (1990-1991, 2003-2011) et dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001. Elle a aussi servi à lancer des attaques de bombardiers B-2 contre les rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran contre Israël dans la guerre à Gaza. Il a suffi que Trump qualifie cet accord de « stupide » pour que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, rentre dans le rang. C’est qui le patron ?

Chamel Abdulkarim, travailleur dans un entrepôt de papiers, a posté une vidéo mardi dernier où il se filme allumant au briquet les stocks de papier toilette à son travail. On l’entend dire : « Si vous ne nous payez pas suffisamment pour vivre, au moins payez-nous assez pour ne pas faire ça. » Un cri de colère contre des conditions de vie qui ne font que se dégrader. Malheureusement, cet acte aura peu de conséquences sur le fonctionnement de cette société qu’il faudra renverser par des luttes collectives. Ce travailleur est passible de 20 ans de prison. Drôle de voir par contre comme les bourgeois font mine de se scandaliser de ce papier brûlé. Ces mêmes capitalistes qui mettent à feu et à sang le Moyen-Orient et qui soutiennent un génocide en Palestine. Alors, les larmes de crocodile pour du stock et un entrepôt, on s’en passe ! D’autant qu’ils n’ont plus de PQ pour les essuyer…

Au lendemain d’une grève dans l’Éducation nationale contre l’austérité budgétaire, ce sont les travailleurs et travailleuses de la culture qui ont fait entendre leur voix vendredi 10 avril devant les hôtels de la région Grand Est à Metz et Strasbourg, et devant la Maison de la région à Nancy. Cette date coïncide avec celle d’un conseil régional, qui met à l’ordre du jour la réduction de 10 % du budget de la culture, et de 60 % pour l’agence culturelle Grand Est (ACGE). Toujours plus de coupes budgétaires, qui impactent directement la vie des artistes, mais aussi des techniciens intermittents. Parmi les conséquences les plus concrètes, ces dernières coupes dans l’ACGE pourraient engendrer la suppression d’une dizaine de postes de salariés déjà lourdement précarisés. Si les suites à donner à cette journée restent floues, la date du 1er mai est dans la tête de l’ensemble des artistes, techniciens et administratifs mobilisés.

Le président du groupe Renaissance, Gabriel Attal, a déposé une motion de rejet sur son propre texte prévoyant d’autoriser le travail le 1er mai pour les salariés des commerces de proximité. Cette manœuvre a coupé court à tout débat parlementaire et le texte a été renvoyé en commission mixte paritaire Sénat-Assemblée nationale où la droite et l’extrême droite sont largement majoritaires. Une façon d’accélérer l’adoption d’un texte scélérat qu’il faudra combattre dans les entreprises et dans la rue.

Le numéro de Complément d’enquête diffusé le 9 avril au soir sur France 2, était consacré aux « Thérapeutes ou gourous ? Les nouveaux maîtres du bien-être » et centré sur l’augmentation du nombre de formations proposées par des soi-disant guides spirituels. Ces charlatans de tout poil font leur beurre sur la naïveté et le mal-être de beaucoup. On a appris à cette occasion que France Travail avait proposé et financé des formations destinées à aller rencontrer des êtres imaginaires. La formatrice rencontrée en caméra cachée a précisé que « 50 à 60 % du chiffre d’affaires » de son centre de formation étaient dus à France Travail qui payait ainsi pour des cours de magnétisme, de communication animale ou de naturopathie… Interrogé sur ce point, le directeur général de France Travail, Thibaut Guilluy, a déclaré qu’il ignorait tout de cette affaire et allait se renseigner. N’empêche qu’invoquer des dragons et des lutins n’est pas le chemin le plus court pour trouver un emploi.

Des associations engagées pour les droits des femmes, parmi lesquelles le Planning familial, Amnesty International ou encore Médecins du monde, avec à leur côté l’eurodéputée LFI Manon Aubry, ont mis en scène un faux braquage pour alerter sur la destruction annoncée de contraceptifs destinés aux pays les plus pauvres. Une décision adoptée par Donald Trump et qui doit être mise en œuvre par l’agence fédérale USAID. Cagoules colorées, musique de James Bond et mise en scène millimétrée : la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre un groupe d’activistes qui annonce vouloir « braquer » des stocks de contraceptifs financés par les États-Unis à l’époque de Joe Biden et aujourd’hui bloqués en Belgique. Si une partie d’entre eux est déjà périmée, faute de conditions de conservation adaptées, d’autres doivent être prochainement détruits. Une action symbolique contre une offensive réactionnaire, une de plus, de la Maison-Blanche.

C’est Mediapart qui révèle l’affaire. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a refusé de requalifier en « viol », au lieu d’« agression sexuelle », les milliers d’actes sexuels imposés par son responsable légal à une enfant entre ses 8 et ses 14 ans. Cette dernière, aujourd’hui âgée de 35 ans, a décidé de se pourvoir en cassation. Pour les juges, des cunnilingus imposés à une enfant ne peuvent être considérés comme un viol. Rappelons que la justice française a déjà été plusieurs fois condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour son traitement indigne des victimes de violences sexuelles. Ce qui n’empêche pas des juges, pétris de préjugés machistes, de continuer à sévir.

Patrick Balkany, l’ancien maire Les Républicains de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), a comparu devant le tribunal de Nanterre du 7 au vendredi 10 avril pour détournements de fonds publics. Il était accusé d’avoir pioché dans les fonds de sa mairie pour rémunérer des policiers devenus ses chauffeurs personnels. Le ministère public a requis deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme assorti d’un sursis probatoire de trois ans, 150 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité et d’interdiction d’exercer toute fonction publique. Balkany avait été maire de la ville pendant trente et un ans, ainsi que député de la circonscription et conseiller général. En 2023, il avait déjà été condamné à quatre ans et demi de prison pour fraude fiscale et blanchiment aggravé, peine assortie d’une amende de 100 000 euros et d’une peine d’inéligibilité de dix ans. C’est le type même du potentat local qui n’a jamais hésité à piocher dans les deniers publics pour entretenir un train de vie fastueux, dont une résidence secondaire dans l’île antillaise de Saint-Martin. Pour lui, servir le peuple consistait surtout à se servir au passage.

C’est aujourd’hui que se déroule dans cette ancienne colonie française une élection présidentielle sans suspense et sans surprise. En effet, le président sortant, Ismaïl Omar Guelleh, (78 ans) est au pouvoir depuis 1999 et est en passe d’effectuer un sixième mandat. Il a verrouillé le processus électoral et dirige le pays d’une main de fer. Il a même modifié la Constitution pour pouvoir se présenter indéfiniment, sans limite de mandats ou d’âge. Paris n’y trouve rien à redire car le pays abrite la plus importante base militaire française hors de l’Hexagone, qui lui sert, en cas de nécessité, pour mener à bien ses actions militaires dans la région. Une survivance de la Françafrique.