Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le 29 avril 1945 les femmes exerçaient pour la première fois leur droit de vote à l’occasion d’élections municipales. Elles s’étaient vues reconnaitre ce droit l’année précédente. Cette revendication avait été mise en avant pour la première fois par Olympe de Gouges dès… 1791. Il aura donc fallu plus d’un siècle et demi pour qu’elle devienne réalité au sein d’une société fortement patriarcale et machiste. Il faut dire que le droit de vote des femmes n’était pas seulement farouchement combattu par la droite, qui voulait les garder au foyer, mais même par une partie des radicaux-socialistes. Ces derniers soutenaient que les femmes étant sous l’influence des prêtres, leur accorder le droit de vote reviendrait à favoriser la réaction. Dans ce domaine, l’Hexagone faisait figure de lanterne rouge, puisque ce droit avait été obtenu la première fois en Finlande en 1906, en Uruguay en 1917, en URSS et en Grande-Bretagne en 1918 et dans un grand nombre de pays d’Europe après la Première Guerre mondiale. La France, « Terre des Lumières », était loin derrière…

Les observateurs ont noté le retard à l’allumage du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui a attendu deux jours avant se rendre à La Grand-Combe, dans le Gard, où un jeune homme, Aboubakar avait été poignardé à mort par son agresseur qui tenait des propos anti-musulmans. Par contre il a été plus rapide pour saisir la justice contre Ritchy Thibault, collaborateur de la députée (La France insoumise) de Seine-et-Marne Ersilia Soudais, en l’accusant d’« appels à l’insurrection ». Lors d’un rassemblement contre l’islamophobie dimanche à Paris, Thibault avait appelé à « constituer partout dans le pays des brigades d’autodéfense populaire » pour se défendre contre « l’islamophobie ». Et d’ajouter : « On ne peut pas compter sur les institutions. La police, la justice véhiculent l’islamophobie et le racisme. On ne peut compter que sur nous-mêmes. » Ce n’est un appel à l’insurrection, c’est un appel au bon sens.

Depuis 2017 les différents gouvernements ont supprimé progressivement la taxe d’habitation sur les résidences principales, payée aussi bien par les propriétaires que par les locataires. Il s’agissait officiellement de « redonner du pouvoir d’achat » à celles et ceux qui l’acquittaient. Petit problème : cette taxe n’a jamais été compensée intégralement par l’État auprès des communes qui l’utilisaient pour financer une partie de leurs services publics, ce qui fait qu’elles les ont réduits aux dépens des usagers. Pour faire face à la grogne des maires, François Rebsamen, le ministre de l’Aménagement du territoire, propose de créer… une nouvelle taxe pour soutenir les finances des municipalités. Promis, juré, ce sera « une contribution modeste ». Cela dit, elle diminuera d’autant le pouvoir d’achat des personnes concernées. Bref, un retour déguisé de la taxe d’habitation qui ne dit pas son nom.

La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin est toujours à la recherche de 40 milliards d’économie supplémentaires pour boucler le budget 2026. Elle a été interrogée par un journaliste qui lui suggérait de faire des économies en se prenant au train de vie des anciens Premiers ministres qui bénéficient, aux frais de l’État, d’une voiture avec chauffeur tous frais payés, de bureaux, de deux collaborateurs, d’une protection rapprochée, etc. Tout en affirmant que « rien n’était tabou », la ministre a défendu ces avantages en estimant que les supprimer rapporterait peu et s’y attaquer relèverait du « populisme ». Mais le vrai populisme c’est de montrer du doigt les assurés sociaux, les retraités, les chômeurs ou les migrants et de les rendre responsables du déficit du budget de l’État.

Le média en ligne Sportico a publié son classement annuel des athlètes internationaux les mieux payés au cours de l’année écoulée. Il n’y a aucune sportive parmi les 100 premiers retenus. La première femme, la joueuse de tennis américaine Coco Gauff, se trouve en 125e position. On ne va certainement pas la plaindre puisqu’elle a touché 30,4 millions de dollars (un peu moins de 27 millions d’euros) en salaires et primes. Elle est cependant très loin du champion le mieux payé, le footballeur Cristiano Ronaldo, qui a encaissé 260 millions de dollars (228 millions d’euros). De telles différences s’expliquent par le fait qu’au cours de l’histoire le sport féminin a toujours été moins médiatisé que le sport masculin, voire parfois ouvertement méprisé, doté de structures plus rudimentaires, et donc moins attrayant pour les annonceurs et les sponsors de toute sorte : bref, un reflet de la situation des femmes dans une société patriarcale. Un exemple parmi d’autres : les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ont été les premiers de l’Histoire à respecter une stricte parité en compétition entre les hommes et les femmes alors que les premiers Jeux de l’époque moderne remontaient à… 1896. À quand un sport débarrassé du sexisme, du machisme… et de l’argent ?

Un homme tue froidement un jeune musulman dans une mosquée du Gard et filme son acte en insultant « ton Allah de merde ». Pour le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, prudence ! Il ne faut pas aller trop vite en besogne et y voir un attentat, un acte raciste et anti-musulman, même si « la piste n’est pas exclue ». Retailleau a l’indignation sélective et on n’entend pas les politiciens de droite ou d’extrême droite s’indigner bruyamment comme ils savent si bien le faire en d’autres occasions. De son côté, Bayrou dénonce une « ignominie islamophobe » et Macron « le racisme ». Quelle hypocrisie ! Car ce sont bien les Retailleau, Darmanin, Le Pen et consorts, et tous ceux qui les protègent au plus haut niveau de l’État, tous ceux qui sèment les divisions et vomissent à longueur d’interview leur haine des étrangers et des musulmans, qui ont pavé la voie au meurtrier d’Aboubakar.

Virginia Giuffre, 41 ans, s’est suicidée chez elle à Perth. Son nom ne dit rien au grand public. Pourtant ce fut la première à avoir dénoncé publiquement, aux États-Unis, le milliardaire Jeffrey Epstein qui avait mis sur pied un vaste réseau de prostitution au tournant des années 2 000 qui fournissait à des personnalités, notamment le prince Andrew, frère du roi Charles III d’Angleterre, des adolescentes et des jeunes femmes. Son témoignage envoya Epstein derrière les barreaux où il se suicida. Virginia avait fondé une association de soutien à la parole des victimes d’agression et de trafic sexuels dénommée « Speak out, Act, Reclaim » (prenez la parole, agissez, réclamez). Mais elle ne s’était jamais remise d’avoir servi, dès l’âge de 16 ans et pendant plusieurs années, d’esclave sexuelle. Il y a des blessures qui ne guérissent pas.

C’est le site Capjpo-Europalestine qui relaie l’information. Le photographe Quique Kierszenbaum, basé à Jérusalem, a partagé sur les réseaux sociaux une photo de survivants du génocide juif protestant contre le génocide israélien à Gaza devant le mémorial national Yad Vashem, le 24 avril, jour où Israël célébrait la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, en mémoire des six millions de Juifs exterminés par les nazis. Les manifestants brandissaient une banderole sur laquelle était inscrit en anglais et en hébreu : « Si nous perdons notre compassion pour autrui, nous perdons notre humanité. » Une protestation courageuse.

Entendu par la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques de l’État aux entreprises (estimées à 200 milliards d’euros par an), le patron du Medef, Patrick Martin, a expliqué, droit dans ses bottes, que ce ne serait là que de simples compensations afin de « corriger les effets pervers des législations ou réglementation » qui vont « contre la rationalité économique ». À l’entendre, il serait rationnel de baisser les salaires, d’allonger la semaine de travail voire, comme en Allemagne, que les entreprises bénéficient d’un tarif de l’électricité avantageux compensé par un tarif plus élevé que paieraient… les ménages. Non seulement les patrons sa gavent d’argent public mais, de plus, ils en redemandent.