Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le Groupe Bernard Hayot a été une des cibles ces derniers mois des manifestations contre la vie chère aux Antilles. Et pour cause. L’entreprise a une position dominante dans la grande distribution et les concessions automobiles dans plusieurs territoires ultramarins et en profite pour pratiquer des prix prohibitifs. Autant de bonnes raisons sans doute pour lesquelles Bernard Hayot, son PDG, vient d’être promu par Macron grand officier de la Légion d’honneur. Aux exploiteurs et aux profiteurs, la patrie reconnaissante.

À l’appel des collectifs Les Soulèvements de la Terre et Levez les voiles, une flottille d’une cinquantaine de voiliers et d’embarcations à moteur a convergé vers le cap Coz, sur la commune de Fouesnant, dans le Finistère, non loin d’une des propriétés du milliardaire breton Vincent Bolloré. Les manifestants ont envahi la plage de cette commune en brandissant des drapeaux palestiniens et des étendards orange aux couleurs des « Soulèvements de la Terre » alors que dans le ciel un cerf-volant portait l’inscription « Kenavo Bolloré » (Au revoir Bolloré). « Bolloré, marionnettiste d’un monde fasciste », ont affiché les militants sur la plage en lettres géantes, tandis qu’une banderole réclamait « moins de fachos, plus d’oiseaux ». Un porte-parole des manifestants a expliqué : « Le but de l’action est de montrer que Bolloré et ses idées d’extrême droite n’ont pas leur place dans le Finistère. » Ailleurs non plus…

Avec tambours et trompettes Bayrou avait annoncé qu’il allait publier des « preuves » censées le blanchir dans l’affaire de Bétharram sur un site créé spécialement pour l’occasion, « bayrou.fr ». Las. Dans un premier temps les journalistes qui ont essayé de se connecter n’y sont pas parvenus le site étant inaccessible. Finalement il est devenu opérationnel et les fameuses « preuves » fournies par le Premier ministre sont tout sauf nouvelles. Il reprend la vieille litanie comme quoi il n’avait rien couvert puisqu’il ne savait rien. Au passage il affirme que celles et ceux qui le contredisent soit sont animés de sombres intentions à son égard, soit mentent, soit ont la mémoire qui flanche. Selon Matignon les documents publiés devraient « clore la polémique ». Ce n’est pas gagné !

Alors que l’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale, des écologistes avaient prévu de manifester vendredi à l’occasion de l’assemblée générale du groupe TotalEnergies, champion des énergies polluantes, qui se déroulait à la Défense. Deux actions distinctes, organisées par Extinction Rebellion et Scientifiques en rébellion, se sont donc déroulées dans la capitale. La première le matin devant le siège de la BNP-Paribas, critiquée pour ses investissements dans les énergies fossiles, la seconde à Montmartre sous forme d’une « contre-AG » en plein air. L’une et l’autre, parfaitement pacifiques, ont été violemment dispersées par des policiers de la Brav-M, brigade connue pour ses méthodes expéditives au mépris de la liberté de manifester. Rappelons que TotalEnergies comparaîtra le 5 juin à Paris devant les tribunaux, sous l’accusation de « publicités mensongères », pour avoir induit le consommateur en erreur en se présentant plus vertueux qu’il ne l’est réellement au sujet de ses ambitions climatiques. C’est ce qu’on appelle l’écoblanchiment.

Lors de son entretien avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa, à la Maison-Blanche, Donald Trump avait déclaré, vidéo à l’appui, que « des milliers d’agriculteurs blancs » avaient été tués dans ce qui constituait, selon lui, « un génocide blanc ». Coup sur coup l’Agence France-Presse a révélé que toute une partie de la vidéo n’avait pas été tournée en Afrique du Sud et le ministre de la Police de Pretoria, Senzo Mchunu, a publié des chiffres qui montrent que si la délinquance est forte dans son pays, les Blancs ne constituent qu’une infime minorité des victimes. Encore un mensonge raciste de Trump que ses partisans qualifient joliment de « vérité alternative ».

Dernière idée forcément géniale du ministre de la Justice, Gérald Darmanin : supprimer l’argent liquide pour « assécher les points de deal » de la drogue et le remplacer par un euro numérique virtuel. Ainsi toutes les transactions pourraient être tracées par la police. L’idée d’un euro virtuel n’est pas nouvelle et est caressée depuis de nombreuses années par la Banque centrale européenne. Mais sa mise en place demanderait un accord des 27 pays de l’Union. Ce n’est pas gagné. D’ailleurs, après son annonce tonitruante, Gérald Darmanin a fait machine arrière dès le lendemain en renonçant à son idée « parce que nous n’en avons pas les moyens politiques ». Il aurait pu s’en apercevoir plus tôt. Mais l’important c’était surtout de faire parler de lui.

Pour la troisième fois en quelques semaines, Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire catholique identitaire qui rêve d’unir la droite et l’extrême droite à travers son plan Péricles, a refusé de se rendre à une convocation devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Cette dernière a envoyé un signalement au procureur de la République pour que Stérin soit poursuivi. En théorie, il risque deux ans de prison ferme et 7 500 euros d’amende. Mais en pratique il n’a pas grand chose à craindre. Le Canard enchaîné a en effet montré dans un article que durant les vingt-cinq dernières années aucune des personnes qui avait refusé de répondre à une convocation de parlementaires n’avait été inquiétée. Et pour cause. Les convoqués sont généralement des milliardaires, de gros industriels, des hauts fonctionnaires, d’anciens ministres, des lobbyistes, etc. auxquels la justice ne veut pas chercher des poux dans la tête. S’il s’agissait de simples salariés ou de gens ordinaires, les juges seraient sans doute plus inquisiteurs.

Des militantes du collectif féministe #NousToutes ont mené une action symbolique contre les éditions de l’Observatoire (groupe Humensis), situées près de Port-Royal, dans le sud de Paris. Elles ont déversé de la peinture violette sur la façade du siège de l’éditeur en scandant : « Humensis éditeur d’agresseurs », « Bedos ta gueule ! ». Elles entendaient ainsi protester contre la publication du livre de Nicolas Bedos, La Soif de honte, dans lequel ce dernier, selon elles, « instrumentalise les agressions sexuelles qu’il a commises pour revenir sur le devant de la scène ». La colère des manifestantes est légitime, même si l’appel à la censure peut être discuté. L’acteur et réalisateur a été condamné en octobre 2024 à un an de prison dont six mois avec sursis pour agressions sexuelles sur deux femmes. Au cours de l’audience, Nicolas Bedos s’était défendu d’être « un agresseur sexuel » et avait évoqué « un black out ». Il avait seulement reconnu « une amabilité lourde » en cas d’ivresse. Charmant euphémisme pour qualifier des agressions sexuelles.

Le meilleur passeur du championnat de France et de la Ligue Europa a logiquement été convoqué en équipe de France cette semaine pour la phase finale de la Ligue des nations. Un petit tsunami s’en est suivi sur les réseaux sociaux, deux cibles : le sélectionneur, Didier Deschamps, mais surtout le joueur lui-même, accusé de ne pas suffisamment aimer l’Algérie, dont il aurait pu également défendre les couleurs. Or, contrairement à d’autres joueurs, Rayan Cherki n’a jamais évoqué sa volonté de jouer pour l’Algérie. De même, alors qu’il le pourrait, il n’a fait aucune démarche pour réclamer ses autres nationalités algérienne et italienne. La réalité est plus prosaïque, les joueurs binationaux, quand leur niveau le leur permet, choisissent systématiquement l’équipe nationale qui leur permettra de gagner les plus grandes compétitions, c’est-à-dire les métropoles impérialistes… L’autre football, celui où Cherki virevolterait débarrassé des oripeaux nationalistes, reste à inventer !