Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La proposition de loi de Gabriel Attal pour durcir la justice des mineurs a définitivement
été adoptée par le Parlement après un ultime vote du Sénat. Soutenue par la droite et l’extrême droite, elle abolit le principe qui prévalait jusqu’alors : la primauté de l’éducation sur la répression. Désormais un mineur sera jugé comme adulte dès 16 ans et pourra être présenté en comparution immédiate, une justice expéditive où les droits de la défense sont minimes. Cela ne changera rien quant à la diminution de la délinquance chez les jeunes, mais il est toujours plus économique d’embaucher des matons plutôt que de former des éducateurs et des enseignants.

C’est à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, que vient s’ouvrir le procès de Daniel Chapelier, ex-directeur du très huppé établissement d’enseignement catholique Saint-Jean-de-Passy, dans le 16e arrondissement de Paris, et qui avait également officié à la tête du lycée-collège Stanislas, connu pour ses dérives sexistes et homophobes. Sa carrière s’est terminée en 2021 lorsqu’il été accusé d’avoir agressé sexuellement un élève de 14 ans. Pour sa défense il pourra toujours faire citer comme témoin de moralité François Bayrou, qui viendra affirmer à la barre qu’en fait il ne s’est rien passer. La preuve : il n’était pas au courant.

Lors du sommet « Choose France », qui réunissait au château de Versailles 200 patrons de multi-nationales à l’invitation d’Emmanuel Macron, ce dernier a expliqué qu’à l’instar du chancelier allemand Friedrich Merz, il se battait pour demander la suppression pure et simple de la directive européenne sur le devoir de vigilance. Cette directive demande aux entreprises, et notamment aux plus importantes d’entre elles, de veiller dans toute leur chaine de production, et notamment chez leurs fournisseurs, au respect des droits en matière de salaire, d’horaires, de sécurité au travail et de défense de l’environnement. Elle est, dans les faits, très souvent ignorée par les grands donneurs d’ordre qui ne veulent, pour rien au monde, entraver leur profitabilité. Mais c’est encore trop pour Macron qui veut la voir purement et simplement disparaitre. Et rétablir l’esclavage ?

Le ministère de la Santé vient de publier son étude sur le temps d’attente aux urgences. D’après ce rapport officiel, il faut désormais compter, en moyenne, 5 h 30 entre l’enregistrement et la sortie, et la moitié des patients y restent plus de 3 h 30… soit 45 minutes de plus qu’en 2013. On note également des disparités entre les territoires. Ainsi, dans les pays de la Loire, l’attente d’un quart des patients dépasse les 6 h 48. Pour stopper la dégringolade dans les conditions d’accès aux soins, il n’y a pas de raccourci : il faut recruter massivement, augmenter les salaires et rouvrir des lits. Tout le contraire des politiques d’économies du gouvernement.

Lundi 19 mai, les chauffeurs de taxi étaient mobilisés partout dans le pays contre la nouvelle convention qui encadre les transports sanitaires. Les taxis conventionnés assurent le transport des patientes et patients, puis sont remboursés par la Sécurité sociale. La nouvelle convention va réduire ce remboursement, en ne rémunérant plus les retours à vide, ni les temps d’attente. Cette nouvelle règle impacte notamment les zones rurales, où les taxis ont peu de chance d’éviter un retour à vide, ce qui se traduira par une perte de revenu de 25 à 30 % selon les organisations professionnelles, voire l’abandon de l’activité dans certains cas. Comme d’habitude, l’État cherche les économies sur le dos des services utiles à la population. Il n’en reste pas moins que le service de transport sanitaire devrait être public, car, aujourd’hui en partie privé, il participe surtout à l’enrichissement des compagnies de taxis, pas aux petits taxis individuels.

Laurent Wauquiez avait proposé d’enfermer à Saint-Pierre-et-Miquelon « les étrangers dangereux sous OQTF » (obligation de quitter le territoire français). Ce qui avait soulevé un tollé parmi les habitants de l’endroit qui avaient répliqué que leur archipel, situé au large du Canada, n’était pas un dépotoir. Sans doute vexé d’avoir été doublé dans le domaine sécuritaire, Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, a annoncé lui l’ouverture d’ici 2028 d’une prison de haute sécurité de 500 places à Saint-Laurent-du-Maroni, en pleine jungle guyanaise. Celle-ci devrait aussi accueillir les détenus condamnés aux peines les plus lourdes pour narcotrafic ainsi que des détenus radicalisés. Une annonce critiquée par le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale (MDES), qui a dénoncé une « vision colonialiste et raciste » de la Guyane. Ce qui, de la part de Darmanin, n’étonnera personne.

La commission d’enquête sénatoriale sur les traitements illicites utilisés pour certaines eaux minérales vient de rendre ses conclusions. Et elles sont sévères tant pour Nestlé Waters, accusée d’avoir dissimulé ses pratiques frauduleuses qui altéraient la qualité des eaux qu’elle mettait en bouteilles (Contrex, Hépar, Perrier, Vittel), que pour l’État qui les a sciemment couvertes. Encore une fois grand patronat, hauts fonctionnaires et ministres s’étendent comme larrons en foire pour berner le bon peuple.

L’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a annoncé le dépôt d’une plainte contre les constructeurs automobiles BMW, Mercedes, Toyota et Volkswagen concernant leur gestion des rappels de véhicules équipés d’airbags Takata défectueux. Une première plainte avait été lancée en janvier contre Stellantis, maison mère de Citroën. L’UFC-Que choisir précise que son action en justice vise à dénoncer des « pratiques commerciales trompeuses, tromperie aggravée et mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Le scandale des airbags Takata secoue le secteur de l’automobile depuis 2014, forçant à l’immobilisation de centaines de milliers de véhicules par de nombreux constructeurs. Ces airbags ont parfois explosé provoquant de graves blessures aux conducteurs, parfois mortelles. Les constructeurs ont largement laissé faire pour éviter de supporter le coût de leur remplacement. Le profit avant tout.

Comme il le fait chaque année depuis 2018, Macron a réuni sous les ors du château de Versailles 200 patrons de multinationales pour les inciter à investir dans le pays. Et avant même la fin de ce grand raout, baptisé en franglais « Choose France » (Choisir la France) et qui coûte bonbon aux contribuables, on annonçait des promesses d’investissement de 20 milliards d’euros dans l’Hexagone. Chiffre finalement assez modeste comparé aux 200 milliards d’argent public versés annuellement à travers 2 200 dispositifs recensés par la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants. Mais qu’importe que le chômage progresse et que les plans sociaux se multiplient. L’important pour Macron est, comme à son habitude, de s’auto-célébrer et de s’auto-féliciter. Mission accomplie.