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Brèves

L’actualité en bref

Le rabbin Elie Lemmel, qui avait été attaqué par plusieurs individus à Deauville (Calvados) la semaine dernière, a de nouveau été agressé ce vendredi 6 juin à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Si les auteurs de la première agression n’ont pas été appréhendés, par contre, après la seconde, un jeune homme a été neutralisé par des témoins, alors qu’il venait de jeter une chaise qui a atteint le religieux au visage, avant d’être interpellé par la police. Il s’agit d’un Palestinien de 28 ans, originaire de Rafah, à Gaza, qui a été placé en garde à vue puis hospitalisé sous contrainte pour recevoir des soins psychiatriques. On peut comprendre que le fait de voir les siens bombardés et massacrés depuis des mois par l’armée israélienne puisse engendrer une douleur sourde, une colère profonde, un désespoir incommensurable, et une haine tenace à l’égard de l’occupant, voire une forme d’égarement. Mais s’en prendre au hasard sur la voie publique à une personne juive reconnaissable à sa kippa est une façon de considérer tous les Juifs comme responsables ou complices de la politique criminelle de Netanyahou et de l’État d’Israël. C’est une forme d’antisémitisme et il ne faut pas la tolérer.

Alors qu’elle était à l’antenne sur Franceinfo la ministre des Sports, Marie Barsacq, a passé un mauvais quart d’heure. Elle a en effet été prise à partie par le sprinteur Charles Renard, médaillé d’argent sur 100 mètres aux Jeux de Paris avec le para-athlète non-voyant Timothée Adolphe. Les sportifs reprochent à la ministre que les grandes promesses, faites il y a un an à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques, en faveur du développement et de la mise en valeur des activités sportives pratiquées par des hommes et des femmes atteintes de handicap n’aient pas été tenues. Ces athlètes ont été abandonnés par leurs sponsors, les épreuves qu’ils disputent sont de moins en moins couvertes par les chaînes de télévision et, dans certains cas, les crédits alloués à leurs activités ont diminué de 75 %. Bref, le sport des handicapés retourne dans son ghetto. Et de conclure : « Les blablas des politiques, c’est un manque de respect. » Bien vu !

Emmanuel Macron a annoncé qu’il se déplacerait le 15 juin prochain au Groenland à l’invitation du Premier ministre de l’île, Jens-Frederik Nielsen, et de la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, pour parler de « sécurité en Atlantique Nord et dans l’Arctique » mais aussi de « sujets liés au changement climatique, à la transition énergétique et à la sécurité d’approvisionnement en minerais critique ». Mais, au-delà de ces sujets convenus, il s’agira surtout pour le locataire de l’Élysée de faire la nique à Donald Trump qui, le 30 mars dernier, avait fait part de son intention d’annexer le Groenland (mais aussi le Canada). Comme les fanfaronnades de Trump ont peu de chance de se concrétiser, du moins à court terme, cette bravade de Macron n’aura aucune conséquence sauf d’apparaître, à peu de frais,comme le leader intransigeant de l’Union européenne face à Washington. On a les victoires et la stature d’homme d’État qu’on peut.

Jacqueline Rivault, la grand-mère maternelle de Janna et Abderrahim Abudaher, deux enfants tués à Gaza à l’âge de 6 et 9 ans, vient de déposer plainte auprès du pôle « crimes contre l’humanité » du tribunal judiciaire de Paris visant nommément Benyamin Netanyahou, le gouvernement israélien et son armée pour meurtre et génocide. Elle a reçu le soutien de la Ligue des droits de l’homme. Janna et Abderrahim se trouvaient dans leur maison lorsqu’elle a été frappée par deux missiles tirés par l’armée israélienne le 24 octobre 2023. Abderrahim était mort sur le coup, et Janna peu après son transfert à l’hôpital. Leur petit frère âgé de 5 ans et leur mère Yasmine, avaient tous les deux été grièvement blessés. La plainte, avec constitution de partie civile, s’appuie sur le fait que toutes les victimes avaient la nationalité française. Pour l’avocat de la famille, Arié Alimi, « le dossier devrait être instruit, peut-être qu’il y aura des mandats d’arrêt internationaux qui seront émis, mais au moins, nous aurons essayé d’impulser une enquête. » Une initiative bienvenue.

Depuis le début du mois le Sénat examine une proposition de loi visant à encadrer et à réduire l’impact environnemental de l’industrie de la « fast fashion ». Ce texte, déjà adopté en première lecture par l’Assemblée nationale en mars 2024, cherche à lutter contre la mode « éphémère » ou « jetable » et les nuisances qu’elle entraîne. Louable intention. Mais le gouvernement a déposé fin mai un amendement qui stipule que la loi ne s’appliquera qu’à la mode « ultra-éphémère » des nouveaux entrants sur le marché de l’habillement, c’est-à-dire en pratique les groupes chinois comme Shein et Temu. Mais seront épargnées les enseignes tricolores et européennes comme Zara, Kiabi, Décathlon ou H&M… Voilà une écologie comme les aime les patrons de chez nous : non seulement elle n’est pas punitive mais elle leur permet de gagner des parts de marché. Le rêve…

Une professeure de physique chimie, qui enseigne au lycée Janot-Curie, vient d’être sanctionnée d’un blâme pour avoir fait observer dans sa classe, à la demande d’élèves, une minute de silence pour les victimes de la guerre de Gaza. Elle avait été suspendue à titre conservatoire le 31 mars dernier et peut désormais reprendre le travail. L’intersyndicale FO-FSU-CGT-SUD des enseignants affirme sa solidarité avec l’enseignante et continue à se mobiliser pour réclamer l’annulation immédiate de cette sanction scandaleuse. Encore une fois, tout ce qui apparait, de près ou de loin, comme un soutien à la cause palestinienne est sanctionné par le pouvoir.

Le parquet national antiterroriste a ouvert deux informations judiciaires pour complicité de génocide, incitation au génocide et complicité de crimes contre l’humanité contre deux Franco-Israéliennes soupçonnées d’avoir participé à des actions de blocage de l’aide humanitaire à Gaza entre janvier et mai 2024. L’ouverture de cette enquête fait suite à deux plaintes déposées parallèlement, l’une par l’Union juive française pour la paix, l’autre par EuroPalestine et l’association Avocats pour la justice au Proche-Orient. Les faits se seraient déroulés aux postes frontières de Nitzana et Kerem Shalom. Les femmes poursuivies, membres de deux associations d’extrême droite, Israël is Forever et Tzav-9, s’étaient vantées de leurs actes ignobles dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Le sommet de l’Onu sur l’océan, qui se déroule à Nice au 9 au 13 juin, avait quelques difficultés à boucler son budget. Qu’à cela ne tienne. Les pouvoirs publics sont allés quémander son aide au secteur privé. Qui a notamment répondu présent en la personne de Rodolphe Saadé, grand copain de Macron, et patron du groupe CMA CGM, troisième armateur mondial de porte-containers (110 000 employés, 580 navires) et, à ce titre, un pollueur majeur des mers. Tout un symbole. Avec lui les océans n’ont pas fini de souffrir.

Claire Nouvian est une militante écologiste, fondatrice de l’ONG Bloom, spécialisée dans la protection des océans et de sa biodiversité. En pleine nuit son domicile a été ciblé par une attaque d’individus qui ont badigeonné sa porte d’une peinture couleur pétrole. Pour elle il n’y a aucun doute : il s’agit d’une intimidation des milieux de la pêche industrielle, à quelques jours de l’ouverture, le 9 juin, de la Conférence des Nations unies sur l’océan. Elle explique : « Les lobbies de la pêche industrielle essaient de me faire taire. » En effet Bloom et deux autres ONG, Oceana et Seas at Risk, ont demandé à Macron une « protection stricte » dans « au moins 10 % des eaux françaises » et le bannissement du chalutage de fond, à l’impact écologique destructeur, dans les aires protégées. Mais, comme à son habitude, le locataire de l’Élysée va sans doute rester dans le flou et louvoyer pour ne fâcher personne et certainement pas les tenants de la pêche industrielle.