Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le denier rapport de la Défenseure des droits, Claire Hédon, met en lumière les nombreuses failles du système d’orientation scolaire. Selon ce texte, le droit à l’orientation n’est pas une réalité effective pour les jeunes, en raison de plusieurs problèmes structurels et organisationnels, notamment des ressources financières et humaines insuffisantes, le manque de coordination entre l’État et les régions, les inégalités persistantes, etc. Sur ce dernier point le rapport souligne que les jeunes issus de milieux défavorisés, en zone rurale ou en outre-mer, subissent des désavantages liés à l’éloignement géographique, à la méconnaissance des filières et à des discriminations liées au genre, au handicap ou à l’origine sociale. Il note enfin que la réforme de Parcoursup et la multiplication des réformes depuis 2015 ont contribué à rendre le système plus opaque et plus inégalitaire. Un zéro pointé pour les différents ministres qui, depuis des années, se sont succédé à la tête de l’Éducation nationale.

Le gouvernement le dit et le répète : le déficit de la Sécurité sociale est « abyssal » (15,3 milliards d’euros cette année) et, pour le combler, il faudra que tout le monde fasse des sacrifices et se serre la ceinture, en particulier les assurés sociaux. Mais même la Cour des comptes, qui n’a rien d’une officine gauchiste, rappelle que le montant des exonérations de cotisations sociales en faveur du patronat (que ce dernier qualifie de « charges ») est passé de 20,9 milliards en 2014 à 77,3 milliards d’euros en 2024. Cette augmentation a été de 18 milliards d’euros ces trois dernières années. Il suffirait donc de les supprimer pour faire disparaître le trou de la Sécu.

Nahel, un jeune homme de 17 ans, avait été tué à bout portant à Nanterre (Hauts-de-Seine) en juin 2023 alors que son véhicule était contrôlé par un policier motocycliste. Sa mort avait provoqué des manifestations et des affrontements un peu partout dans le pays. Après avoir été incarcéré pendant cinq mois, le flic tueur avait été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Finalement, deux juges d’instruction viennent de décider de le renvoyer devant une cour d’assises pour homicide volontaire. Ce qui a provoqué les hauts cris de son avocat, qui a décidé de faire appel de cette décision en répétant que, selon lui, le coup de feu était justifié et « légitime ». Le procès devrait avoir lieu l’an prochain. Il est rarissime qu’un policier aboutisse aux assises pour ce genre de crime. Mais d’ici le procès beaucoup d’eau va couler sous les ponts et il n’est pas impossible qu’il s’en tire avec une peine minimale, la justice étant en général bonne pomme avec les bien mal-nommés « gardiens de la paix » à la gâchette facile.

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a estimé que les premières peines infligées aux auteurs des violences survenues après la victoire du PSG en Ligue des Champions étaient insuffisantes. Il a déclaré sur X : « Une partie des condamnations pour violences, notamment commises à l’encontre des forces de l’ordre et pour destruction de biens, ne sont plus à la hauteur de la violence que connaît notre pays. » Et de préconiser notamment : « Faire évoluer radicalement la loi : supprimer les aménagements de peine obligatoires, supprimer le sursis et mettre en place par la loi une condamnation minimum systématique une fois la culpabilité reconnue. » On pourrait mettre aussi un policier derrière chaque jeune, rouvrir le bagne de Cayenne, voire rétablir la peine de mort. Dans la compétition sécuritaire qui l’oppose à son collègue de l’Intérieur, Retailleau, Darmanin ne sait plus quoi trouver pour se distinguer.

L’association de consommateurs UFC-Que Choisir vient de porter plainte contre Nestlé Waters, numéro un mondial de l’eau minérale, accusant le géant de l’agro-alimentaire d’avoir privilégié son chiffre d’affaires au détriment de la santé de ses clients. Dans le même temps elle a saisi la Cour de justice de la République pour examiner le rôle joué dans cette affaire par d’anciens ministres qui auraient contribué, à titre divers, à couvrir les fraudes de Nestlé sur la qualité de l’eau. Sont notamment visés Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre déléguée à l’Industrie (2020-2022), Roland Lescure, ancien ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie (2022-2024), Aurélien Rousseau, ex-ministre de la Santé et de la Prévention (juillet-décembre 2023) et Agnès Firmin-Le Bodo, ancienne ministre déléguée chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé (2022 -2023) mais aussi ministre de la Santé et de la Prévention (2023-2024). Quant à la présidence de la République elle savait, au moins depuis 2022, que Nestlé trichait depuis plusieurs années mais a fermé les yeux. Preuve que les patrons voyous, comme les autres d’ailleurs, peuvent toujours compter sur la bienveillance des plus hauts sphères de l’État.

C’est Mediapart qui a révélé la supercherie. Alexandre Perez, élu municipal à Pau, très proche de François Bayrou, est le porte-parole depuis quelques semaines du collectif des victimes de Bétharram. Mais il a ouvert un compte sur Facebook où, sous le pseudonyme de « Lazare de Perenx », l’anagramme de son nom, il flingue à tout-va celles et ceux qui « soulignent les erreurs et mensonges de François Bayrou dans la gestion de l’affaire ». Ont déjà été les cibles de sa vindicte : l’ancienne professeure de Bétharram Françoise Gullung, le gendarme Alain Hontangs, le juge Christian Mirande, qui tous ont témoigné avoir alerté François Bayrou sur les violences dans l’établissement. Mais, comme à son habitude, ce dernier va nous expliquer qu’il ne savait rien, voire qu’il ne connait même pas Perez.

Un homme de 35 ans, de nationalité tunisienne, a été tué par son voisin, à Puget-sur-Argens, une petite ville de 9 000 habitants située non loin de Fréjus. Le meurtrier a tiré à cinq reprises sur la victime ainsi que sur l’un de ses amis, de nationalité turque, qui a été blessé à la main. Avant et après être passé à l’acte il avait posté des vidéos haineuses et racistes, se plaignant du nombre de Maghrébins dans sa cité. Il a été arrêté peu près alors qu’il tentait de s’enfuir en voiture. Plusieurs armes ont été retrouvées dans son véhicule, dont un pistolet automatique, un fusil à pompe et une arme de poing. L’association SOS Racisme a constaté dans un communiqué que « le racisme a encore frappé dans notre pays » en soulignant que ce « double crime… n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Il est le résultat d’un travail minutieux mené par le camp du racisme et visant à rendre à nouveau légitime l’expression du racisme en mots et en actes ». Une atmosphère délétère à laquelle le gouvernement n’est pas étranger.

En présence notamment de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, un rassemblement réunissant près de 2 000 personnes a eu lieu lundi devant la sous-préfecture pour protester contre l’attaque, pendant la Feria, d’un bar associatif du centre ancien, fréquenté par des militants et sympathisants communistes. Dans la nuit de vendredi à samedi une dizaine de nervis d’extrême droite, certains cagoulés, appartenant au groupuscule identitaire « Bloc montpelliérain », ont fait une descente au bar populaire Le Prolé lors d’une soirée festive, s’en prenant aux clients présents à coups de matraques et de gaz lacrymogène. Une vingtaine de personnes ont été blessées et un cheminot de la CGT a été hospitalisé en urgence, avec une fracture du nez et de nombreux hématomes… Jusqu’à présent, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, n’a pas réagi, ni traité ces agresseurs de « barbares ». Un terme qu’il réserve aux jeunes des quartiers populaires, pas aux néo-nazis bon chic, bon genre.

Franceinfo vient d’effectuer une enquête auprès de maires de petites communes qui se plaignent que La Poste supprime toujours plus de boites aux lettres dans les villages sans en avertir ni les habitants, ni le conseil municipal. Depuis la début de l’année cela a été le cas notamment en Moselle, en Côte-d’Or, dans le Haut-Rhin, les Côtes-d’Armor ou les Deux-Sèvres. Explications données par La Poste : la baisse du volume du courrier et… la fatigue des facteurs. Ce qui ne l’empêche pas, dans le même temps, de tailler dans les effectifs et d’allonger les tournées. Selon le collectif Nos services publics cette situation « génère un sentiment de recul et d’abandon ». Une dégradation continue du service public, alors même que La Poste a triplé son bénéfice net en 2024 pour atteindre 1,4 milliard d’euros.