Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Déjà visée par une information judiciaire, dans laquelle le parquet national financier a requis en novembre qu’elle soit jugée pour corruption et trafic d’influence, aux côtés de l’ex-patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn, la ministre de la Culture, Rachida Dati, risque de traîner une nouvelle casserole judiciaire. En effet, dans une longue enquête, Libération révèle que dans sa déclaration d’intérêts auprès de la Haute autorité de la transparence de la vie publique, elle aurait fait état d’un patrimoine de 5,6 millions d’euros « en oubliant » de déclarer des bijoux pour un montant compris entre 420 000 euros et 500 000 euros et de très beaux cadeaux que l’ex-PDG d’EDF, Henri Proglio, lui aurait faits. Pour sa défense, Dati pourra toujours interpréter devant les juges la célèbre chanson de Jeanne Moreau, J’ai la mémoire qui flanche.

L’intersyndicale de l’enseignement en Côte d’Ivoire revendique depuis plusieurs mois une prime équivalente à celle des autres fonctionnaires. Les journées de grève des 3 et 4, puis des 7 et 8 avril ont été suivies jusqu’à 80 % selon les syndicats. Pourtant, aussi calme soit la grève, contrôlée par l’intersyndicale, aussi simple soit la revendication, des dizaines de syndicalistes ont été arrêtés et intimidés. Un militant a déjà été condamné à deux ans de prison ferme. La répression traduit surtout la peur d’un mouvement social qui pourrait faire tache d’huile ! La ministre de la Fonction publique a menacé de limoger ceux qui refuseraient de revenir immédiatement au travail, dénonçant une « prise d’otages ». De Paris contre les cheminots à Yamoussoukro contre les instituteurs, la même rengaine…

Le nombre d’exécutions capitales recensées dans le monde a atteint son plus haut niveau depuis près d’une décennie, avec une hausse particulièrement observée en Iran, en Irak et Arabie saoudite, selon le dernier rapport annuel d’Amnesty International. Il dénombre 1518 personnes exécutées, le plus souvent après des jugements sommaires. 64 % des exécutions ont été comptabilisées en Iran pays qui a systématiquement recouru à la peine de mort pour punir des participants au mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022. Mais ce chiffre est très largement sous-estimé car certain pays qui exécutent beaucoup – comme la Chine, le Vietnam et la Corée du Nord – ne communiquent aucun chiffre. Seule petite lueur d’espoir dans cet océan de barbarie : à l’heure actuelle, 145 pays ont soit aboli la peine de mort, soit ne l’appliquent plus, selon l’ONG et seuls 15 pays l’ont appliquée l’an dernier, soit le nombre le plus bas jamais enregistré.

La Cour suprême américaine a donné son feu vert aux expulsions de migrants opérées par l’administration Trump en s’appuyant sur une loi du 18e siècle. Cette législation, datant de 1798, n’avait été utilisée jusqu’à présent qu’en temps de guerre. Q’importe. Il suffit d’affirmer que les migrants, les trafiquants de drogue ou d’autres étrangers sont « des ennemis de l’Amérique » pour qu’ils se retrouvent en prison et expulsés. Mais ce détournement de législation est finalement assez courant. En France, le ministre de l’Intérieur, les préfets à ses ordres et la police utilisent le prétexte « d’apologie du terrorisme » pour poursuivre, voire tenter d’interdire, les soutiens au peuple palestinien. Détourner une législation n’est pas un monopole de Trump.

Pour son douzième déplacement sur les bords du Nil, Macron avait tout mis en scène pour célébrer son « amitié » avec le président al-Sissi, acteur majeur sur la scène politique au Moyen-Orient mais surtout gros acheteur d’armes tricolores (12 milliards d’euros au cours des dix dernières années). Quelques déclarations convenues sur Gaza, mais rien bien sûr sur la situation politique en Égypte. Pourtant ce régime dictatorial emprisonne à tour de bras et interdit les manifestations de rue, y compris celles en soutien au peuple palestinien. Rien d’étonnant alors que, selon des estimations des ONG, au moins 60 000 prisonniers d’opinion sont détenus dans les prisons du régime dont des opposants politiques (libéraux, islamistes, défenseurs des droits humains) mais aussi des artistes, des avocats, des journalistes, souvent accusés faussement de « terrorisme » ou d’atteinte à la sureté de l’État. Les conditions de détention sont largement critiquées par des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch, qui dénoncent des pratiques de détention prolongée sans jugement et des violations des droits humains. Mais de cela Macron s’en moque tant que Sissi continue de lui acheter des armes dont certaines sont utilisées pour réprimer son propre peuple.

Dans sa dernière étude, l’association de consommateurs UFC-Que choisir dénonce les règles « complexes et illisibles » appliquées par certaines banques à leurs clients, surtout les plus modestes. Par exemple faire payer dix euros pour un découvert d’un euro, même autorisé. Et d’expliquer : « Lorsqu’un découvert est trop faible pour générer plusieurs euros d’agios, certaines banques remplacent ces derniers par un forfait minimum, sans aucune justification économique. » Ce qui aggrave d’autant le découvert. Pour les banques, il n’y a pas de petit profit.

Dix associations, dont Emmaüs, le Secours catholique et la Cimade, ont déposé un recours devant le Conseil d’État pour dénoncer les avatars de la plateforme en ligne de demandes de titres de séjour. Cette plateforme, dénommée Administration numérique pour les étrangers en France, souffre de dysfonctionnements massifs qui empêchent nombre de migrants d’obtenir des papiers, des attestations, voire de renouveler des titres de séjour. Depuis 2021 ils ont obligation de passer par ce portail web pour effectuer leurs formalités. Et toutes leurs protestations se heurtent à un mur. Entre 2020 et 2024, il y a eu une augmentation de 400 % des réclamations liées à ces problèmes. Mais les pannes informatiques n’expliquent pas tout. Selon Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de solidarité, collectif d’associations figurant parmi les requérants : « Outre les dysfonctionnements de la dématérialisation, il y a une volonté politique de multiplier les obstacles pour les immigrés, mais on ne fait que les empêcher de travailler […] Il y a dix ans le problème était d’avoir un titre de séjour, il demeure, mais aujourd’hui il y a un problème massif de renouvellement. » En résumé, le ministre de l’Intérieur fait tout pour pourrir la vie des migrants.

Hier, la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, interviewée à propos de Parcoursup, a déclaré : « Il faut se préparer très jeunes, presque depuis la maternelle, à réfléchir à la façon dont on se projette dans une formation et un métier. » Après la retraite à 64 ans, voilà l’orientation à 3 ans. Borne devrait profiter des vacances scolaires pour s’oxygéner le cerveau. En attendant, qu’elle et le Medef laissent tranquilles les joueurs et les joueuses de bac à sable.

À Soissons, des gens protestent contre la tenue d’une vente aux enchères de 250 objets nazis. La police intervient. Elle arrête… une manifestante. Son crime ? avoir amené cartons, marqueurs, scotch, ficelle, ciseaux et cutter pour faire des pancartes. Elle a passé sept heures en garde à vue et sera jugée pour détention « d’armes à destination de commettre un crime ou un délit ». La vente a bien eu lieu. On ne sait pas si on rejouera prochainement le match « tous contre les nazis », mais on sait déjà dans quel camp jouera la police… Nous, nous sommes dans celui de la militante arrêtée !