Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, vient de faire adopter une loi doublant les peines de prison pour « actes contre nature », à savoir contre l’homosexualité. Celles-ci passent ainsi de cinq à dix ans de prison. C’est la seule loi que ce politicien a proposé depuis deux ans qu’il exerce son mandat. Dans la foulée, il a lancé des rafles contre les homosexuels et fait arrêter plusieurs centaines de personnes. Au point que certains n’osent plus sortir de chez eux. En fait, Faye cherche à détourner l’attention de son bilan dans un pays où le chômage a augmenté officiellement de 23 % et où l’inflation ronge les maigres revenus. Selon un procédé classique, il désigne des boucs émissaires.

Le 8 avril dernier, une employée de la Coop Alleanza, une grande surface de Finale Emilia, en Italie du Nord, a été licenciée « pour faute grave », à 55 ans, après 25 ans de travail dans ce magasin, sous prétexte d’avoir facturé à tort deux barres énergétiques d’une valeur de 1,25 euro chacune. Son directeur l’accuse… de les avoir mangées elle-même. En prenant contact avec un syndicat pour se défendre, elle a appris que cette même enseigne avait déjà viré trois autres salariées de plus de 50 ans dans des conditions équivalentes. Le cynisme du patronat de la distribution n’a visiblement pas de limite. Espérons que les réactions suscitées par ce scandale les obligeront à céder.

Le milliardaire ukrainien Rinat Akhematov vient d’acheter l’appartement le plus cher du monde, à Monaco, pour la modique somme de 470 millions d’euros. Akhenatov n’est pas un exilé qui a fui son pays pour profiter de ses richesses. Il est toujours à la tête du groupe SCM Holdings qui contrôle plus de 90 entreprises employant 165 000 personnes en Ukraine, dont le siège est à Donetzk… en zone russe. Ce personnage semble suffisamment habile pour entretenir de bonnes relations aussi bien avec Zelensky qu’avec Poutine, même s’il fait de temps à autre de grandes déclarations patriotiques et finance l’armée ukrainienne après avoir financé ses propres milices. Ce double (ou triple) jeu lui permet donc de procéder à cet achat somptuaire et provocateur sans risquer pour le moment de mesures de rétorsion d’un camp ou de l’autre. L’illustration vivante de la célèbre formule d’Anatole France : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels. »

Une femme d’origine française de 85 ans a été arrêtée en Alabama par la milice anti-immigration ICE à la suite, semble-t-il, d’une dénonciation. Les sbires de Trump ont débarqué chez elle en pleine nuit et l’ont embarquée en pyjama et pantoufles sans même lui laisser le temps de s’habiller et encore moins de s’expliquer. Ils l’ont séquestrée pendant 16 jours dans des conditions épouvantables en compagnie d’immigrées de différentes nationalités et de personnes suspectées d’être des immigrés clandestins en raison de leur apparence. « Ils nous traitaient comme des chiens. Je n’ai réussi à tenir que grâce à la formidable solidarité de mes compagnes et compagnons de détention, a-t-elle déclaré. Jusque-là, par ignorance, je soutenais la politique de Trump et ses mesures contre les immigrés, a-t-elle précisé. Cette expérience m’a fait changer d’avis… »

Madame Anne de Guigné, journaliste au Figaro, a écrit dans un article du 12 avril « que les salles de musculation jouent sur la nostalgie de l’usine » et que « les codes du sport et du travail se brouillent ». Alors le patronat regrette peut-être les siècles révolus : quand ils font travailler leurs salariés dans la misère et le plus longtemps possible, est-ce par nostalgie de l’esclavage ou de la monarchie ? Et quand ils critiquent l’immigration, qu’ils stigmatisent les Noirs et les Arabes, est-ce en souvenir de la colonisation ? Mais si les gens vont à la salle de sport, c’est pour leur bien-être et aussi pour ne pas être cassés quand les patrons les autorisent enfin à prendre leur retraite. C’est peut-être aussi pour évacuer une partie de leur frustration et de leur haine envers leur direction qui les stresse et les prend pour des « ressources » jetables.

Selon une information publiée par le journal israélien Haaretz et reprise par son confrère libanais L’Orient-Le Jour, des soldats et commandants israéliens ont reconnu qu’outre les démolitions systématiques des maisons et autres bâtiments dans les villages du Sud Liban occupés par Israël, les troupes se prêtaient à des actes de pillages généralisés de biens civils, sans qu’aucune mesure disciplinaire ne soit prise à leur encontre. Ils font main basse sur les meubles, motos, tableaux, tapis, etc. Ce pillage, qui se fait au grand jour, est le fait aussi bien des soldats réguliers que des réservistes. L’état-major laisse faire… lorsqu’il ne prête pas main forte. Autant de crimes contre la population civile que ni les Barrot, ni les Macron ne condamnent.

Un jardinier marocain sans papiers de 32 ans vient d’être expulsé vers le Maroc par le préfet des Hauts-de-Seine après avoir séjourné dans un centre de rétention administrative. En France depuis 2017, il travaillait pour la famille Le Pen, et plus précisément pour Jany, veuve du fondateur du Front national et mère de Marine Le Pen. Toute la famille était sans doute au courant de la situation de ce jardinier, mais dénoncer publiquement les migrants sans papiers n’empêche nullement de les surexploiter discrètement à domicile. À noter dans cette affaire le triste rôle joué par le préfet du département, Alexandre Brugère, qui se vante de faire la chasse aux migrants « clandestins ». Dans un document remis aux élus un an après son arrivée à la tête de la préfecture, en 2024, Brugère se félicitait d’avoir mis un « coup de frein » en réduisant les régularisations de 62 % dans son département, fait exploser les refus de 1 250 % et augmenté les expulsions de 41 %. Un bien triste sire…

La cellule investigation de Radio France a révélé un rapport confidentiel mettant en lumière la dégradation des conditions d’exercice des agents de l’inspection du travail. Ce rapport avait été demandé par les organisations syndicales du ministère du Travail en septembre 2022 constatant la multiplication des arrêts maladies, des tentatives de suicides et de la diminution drastique des effectifs. Cette analyse, basée sur des enquêtes du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du ministère du Travail, des rapports de la Cour des comptes, ainsi que sur 85 entretiens collectifs et individuels, pointe du doigt une grave souffrance au travail des agents. La baisse des effectifs sur la période 2015-2021 (740 postes perdus, soit 16 % du total) a eu pour conséquences une surcharge de travail, des troubles du sommeil, des burnouts, du stress, voire des tentatives de suicide. À cela s’ajoutent les violences dont ils sont victimes – notamment en milieu rural – violences presque jamais condamnées par les responsables politiques. Un bien triste tableau qui devrait encore s’assombrir puisqu’ils seront touchés de plein fouet par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois dès 2027.

À l’issue de leur garde à vue, deux CRS, qui avaient été filmés en train d’agresser un jeune homme à coups de pieds et de poings, seront jugés le 1er juin devant le tribunal correctionnel pour violences mais aussi pour vol aggravé, car ils avaient dérobé 100 euros et des objets personnels à leur victime. Le malheureux au sol avait demandé à un passant d’appeler la police et l’un de ses agresseurs lui avait répondu : « C’est nous la police. » La scène s’était déroulée à cinq heures du matin dans le quartier de l’Ariane et les deux hommes, membres d’une compagnie de CRS en déplacement dans la ville, n’étaient pas en service, portaient des vêtements civils et étaient fortement alcoolisés. Ils s’en sont pris à cet homme qui se trouvait devant son domicile. Pour leur défense les flics tabasseurs ont affirmé avoir été menacés et insultés « en leur qualité de CRS ». Ce que ne montrent pas les images. Mais comme dirait le ministre de l’Intérieur, « la violence policière n’existe pas ».