Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

En 2026, prendre le bus devrait être banal. Mais pour certaines personnes, c’est encore un parcours du combattant. La joueuse de para-tennis de table Alexandra Saint-Pierre, championne du monde en 2022 et sélectionnée aux Jeux paralympiques de Paris en 2024, en a fait l’expérience. Elle a décidé d’en témoigner sur les réseaux sociaux, espérant faire évoluer la situation pour les personnes handicapées en fauteuil roulant. Le bus qu’elle attendait s’est arrêté trop loin du trottoir, l’empêchant d’y accéder. Elle a alors demandé au chauffeur de le rapprocher du trottoir. Ce dernier a refusé expliquant… qu’il n’y avait pas de marche arrière sur son véhicule. Et il est reparti en la laissant en plan. Un petit fait divers qui illustre les difficultés quotidiennes que rencontrent nombre de personnes handicapées pour mener une existence normale.

Le week-end dernier, quelques jours avant la tenue de la Journée mondiale de la santé, qui se déroule aujourd’hui 7 avril, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans les rues de la capitale pour dénoncer l’épandage massif des pesticides dans l’agriculture et ses effets sur la santé et la biodiversité. À l’appel d’un collectif regroupant plusieurs organisations – parmi lesquelles Extinction Rebellion, Greenpeace, la Ligue de protection des oiseaux, France Nature environnement, Alerte médicale sur les pesticides et perturbateurs endocriniens, le syndicat Sud Recherche ainsi que la Confédération paysanne – les manifestants ont demandé l’arrêt de la production et de l’usage des pesticides de synthèse, justice et réparation pour les victimes des pesticides, en métropole et dans les Outre-mer, et l’élaboration d’une politique permettant de nourrir sans détruire. Peu de chance qu’ils soient entendus, les gouvernants étant cul-et-chemise avec les lobbies de l’agro-alimentaire. Un nouvel exemple de ce copinage : le président du Sénat, Gérard Larcher, s’est déclaré favorable à la réintroduction de pesticides interdits via un projet de loi d’urgence agricole. Une agriculture saine et raisonnée, respectueuse, de la nature n’est pas pour demain.

Le président de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, le centriste Jérémie Patrier-Leitus, s’est indigné que le rapporteur de ladite commission, le député Charles Alloncle, grand copain d’Éric Ciotti et du Rassemblement national, fasse la une du magazine d’extrême droite L’Incorrect sous le titre « J’accuse… » en se comparant… à Émile Zola. Son combat contre les « gauchistes » des médias publics serait selon lui comparable à celui mené par le grand écrivain en faveur… d’Alfred Dreyfus. Il faut dire que depuis le début des travaux de la commission, Alloncle a pris la grosse tête, s’est distingué dans sa défense de CNews et des médias de la presse Bolloré, par sa démagogie, voire par son voyeurisme et son sexisme. Ce qui lui a permis de se faire une popularité toute neuve sur les réseaux sociaux les plus réactionnaires. C’était d’ailleurs pour lui le seul but de l’opération.

Le maire (LFI) de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, a organisé un rassemblement devant sa mairie pour protester contre les violentes attaques racistes dont il est l’objet depuis son élection et le climat de haine qui l’entoure. Si la gauche s’est mobilisée dans son ensemble, le centre, la droite et le gouvernement ont brillé par leur absence, en particulier la ministre en charge de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé. Pour expliquer son attitude et celle de ses collègues son entourage a expliqué qu’il s’agissait d’une initiative citoyenne à laquelle les ministres n’avaient pas à s’associer. Petit rappel : le 7 novembre 2023, à l’appel d’une autre initiative citoyenne, des manifestations contre l’antisémitisme étaient organisées dans tout le pays. Et, dans la capitale, parmi les participants se trouvaient la Première ministre, Élisabeth Borne et une trentaine de membres de son gouvernement alors que la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet et le président du Sénat, Gérard Larcher, avaient appelé à y participer. Pour ces gens-là, l’antiracisme est à géométrie variable.

La journaliste Nassira El Moaddem vient de publier un livre, Main basse sur la ville, enquête au Blanc-Mesnil, fruit de six ans d’immersion dans cette ville populaire de Seine-Saint-Denis. Elle y décrit notamment les pratiques douteuses qui avaient court dans la cité, notamment pour l’attribution des marchés publics, à l’initiative de l’ancien maire, Thierry Meignen, battu le mois dernier et qui est également sénateur Les Républicains. Comble de l’humiliation pour ce dernier, il a été détrôné par une liste d’union de la gauche menée par un candidat issu de l’immigration, Demba Traoré. Dans des propos rapportés par Le Monde, le parlementaire de droite affirme « vouloir fouetter » et « tuer » la journaliste. Cette dernière a porté plainte pour menaces de mort et, dans le même temps, a dénoncé le « silence » des autorités et l’absence de réaction du gouvernement face à ces menaces. Si un journaliste de droite avait été menacé de mort par un élu de gauche, on aurait vu aussitôt Darmanin et Nuñez monter sur leurs grands chevaux pour dénoncer une attaque inadmissible contre la République. Mais là, silence radio…

Sous la pression des affaires qui se multiplient dans le périscolaire, le nouveau maire de la capitale, Emmanuel Grégoire, a présenté un « plan d’action » chiffré à 20 millions d’euros avec la création immédiate d’une cellule d’écoute et la mise en place d’une commission indépendante pour établir l’ampleur des dysfonctionnements. Le tout destiné à renforcer la sécurité, la transparence et la prévention des abus dans le périscolaire. Il était temps. En effet, au cours des trois derniers mois 78 animateurs périscolaires ont été suspendus, dont 31 pour suspicion de violences sexuelles. On jugera sur pièce ce que valent les engagements de Grégoire, qui a été étroitement associé à la gestion de l’ancienne municipalité en étant adjoint puis premier adjoint d’Anne Hidalgo de 2014 à 2024. Il lui était difficile d’ignorer ce qui se passait dans le périscolaire.

À l’appel de l’intersyndicale les salariés du premier quotidien français (600 000 exemplaires vendus chaque jour), dont le siège est à Rennes (Ille-et-Vilaine), ont fait grève pour protester contre un nouveau plan social qui pourrait se traduire par la suppression de plus d’une cinquantaine de postes. L’objectif est de réaliser de 12 à 15 millions d’économies par an. Dans ce but la direction a nommé trois nouveaux responsables régionaux (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire) qualifiés par les syndicats et le personnel de « liquidateurs » et de « cost killers ». Une situation qui suscite la colère et l’inquiétude dans toutes les agences. Mais les salariés du groupe (1 600 personnes dont 800 journalistes) sont bien décidés à ne pas se laisser faire.

Alors que les géants de l’industrie gazière et pétrolière continuent d’engranger des milliards d’euros de sur-profits du fait de la crise du Moyen-Orient, les ministres des Finances de cinq États membres de l’Union européenne (Allemagne, Autriche, Espagne, Italie et Portugal) plaident, dans une lettre envoyée à la ‌Commission européenne, en faveur de la création d’un impôt ‌exceptionnel sur les bénéfices des compagnies énergétiques. Et d’expliquer : « Cela enverrait aussi un signal clair sur le fait que ceux qui tirent profit des conséquences de la guerre doivent faire leur part pour alléger le fardeau qui pèse sur le grand public. » Ils ont le sens de l’humour. Car, crise ou pas crise, les géants de l’énergie se gavent avec la complicité des différents gouvernements. C’est notamment le cas en France de TotalEnergies. Et si cette initiative aboutit, ce qui est loin d’être certain, il est probable que l’on les taxera à la marge, sans vraiment écorner leurs fabuleux profits

Après le flot d’insultes racistes lancées contre le maire noir insoumis de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, et son collègue d’origine arabe de Vaulx-en-Velin (Rhône), Abdelkader Lahmar, ce sont des parlementaires de couleur de La France insoumise qui ont été pris pour cible. Les députés Nadège Abomangoli, Danièle Obono, Aly Diouara et Carlos Martens Bilongo ont reçu un courrier négrophobe, « détournant une page de Tintin au Congo » et mettant en scène « des personnes noires de manière déshumanisée et primitive » a indiqué LFI dans un communiqué. Des attaques qui proviennent de la mouvance d’extrême droite raciste et xénophobe qui ne digère pas que des personnes issues de l’immigration occupent des postes de responsabilité. Des préjugés d’un autre âge qui malheureusement refont de plus en plus surface et qu’il est plus urgent que jamais de combattre.