Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Virginia Giuffre, 41 ans, s’est suicidée chez elle à Perth. Son nom ne dit rien au grand public. Pourtant ce fut la première à avoir dénoncé publiquement, aux États-Unis, le milliardaire Jeffrey Epstein qui avait mis sur pied un vaste réseau de prostitution au tournant des années 2 000 qui fournissait à des personnalités, notamment le prince Andrew, frère du roi Charles III d’Angleterre, des adolescentes et des jeunes femmes. Son témoignage envoya Epstein derrière les barreaux où il se suicida. Virginia avait fondé une association de soutien à la parole des victimes d’agression et de trafic sexuels dénommée « Speak out, Act, Reclaim » (prenez la parole, agissez, réclamez). Mais elle ne s’était jamais remise d’avoir servi, dès l’âge de 16 ans et pendant plusieurs années, d’esclave sexuelle. Il y a des blessures qui ne guérissent pas.

C’est le site Capjpo-Europalestine qui relaie l’information. Le photographe Quique Kierszenbaum, basé à Jérusalem, a partagé sur les réseaux sociaux une photo de survivants du génocide juif protestant contre le génocide israélien à Gaza devant le mémorial national Yad Vashem, le 24 avril, jour où Israël célébrait la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, en mémoire des six millions de Juifs exterminés par les nazis. Les manifestants brandissaient une banderole sur laquelle était inscrit en anglais et en hébreu : « Si nous perdons notre compassion pour autrui, nous perdons notre humanité. » Une protestation courageuse.

Entendu par la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques de l’État aux entreprises (estimées à 200 milliards d’euros par an), le patron du Medef, Patrick Martin, a expliqué, droit dans ses bottes, que ce ne serait là que de simples compensations afin de « corriger les effets pervers des législations ou réglementation » qui vont « contre la rationalité économique ». À l’entendre, il serait rationnel de baisser les salaires, d’allonger la semaine de travail voire, comme en Allemagne, que les entreprises bénéficient d’un tarif de l’électricité avantageux compensé par un tarif plus élevé que paieraient… les ménages. Non seulement les patrons sa gavent d’argent public mais, de plus, ils en redemandent.

Hélène Perlant, la fille de François Bayrou, a révélé sur le plateau d’« À l’Air libre », l’émission vidéo de Mediapart, que son père avait bien rencontré le juge Christian Mirande pour parler de l’enquête pour viol visant le père Carricart, ex-directeur de Notre-Dame de Bétharram. Dans un premier temps Bayrou avait nié cette rencontre puis avait reconnu avoir croisé le magistrat, « son voisin de longue date », mais sans parler du dossier d’enquête, en théorie couvert par le secret de l’instruction. La prochaine fois Bayrou va sans doute nier qu’il a une fille.

Le site web d’information StreetPress a révélé que le fils de Louis Laugier, directeur général de la police nationale, a cofondé à Nantes un groupuscule fascisant, la Ligue ligérienne, après la dissolution pour incitation à la haine et à la violence d’un autre mouvement d’extrême droite, le Bastion social. Ce groupe se décrit comme « nationaliste révolutionnaire » et a appelé le 10 mai à une marche néo-nazie à Paris qui a été interdite. Questionné par Mediapart, le ministère de l’Intérieur ne voit pas où est le problème. Mais on peut cependant supposer que si le fiston en question avait été non pas un fasciste mais un militant actif dans le soutien au peuple de Palestine, Bruneau Retailleau serait rapidement intervenu pour y mettre bon ordre.

Fonderie de Bretagne de Caudan, qui fabriquait jusqu’à présent des pièces d’automobile, vient d’être reprise par la société Europlasma qui va fabriquer… des obus. On peut comprendre que les 266 salariés (sur 286) qui vont conserver leur boulot soient soulagés. Mais cette reprise s’inscrit dans le cadre de la politique de militarisation décidée par Macron. La guerre d’Ukraine tue et détruit, mais elle booste aussi les affaires des marchands de canon. Or, même si, dans l’immédiat, des emplois sont sauvés, demain, ce seront peut-être les enfants de ceux qui fabriquent des armes qui seront envoyés au casse-pipe ou les sites de production militaire qui seront bombardés si une guerre éclate…

Mardi et jeudi dernier, plusieurs dizaines de conducteurs de bus se sont mis en grève. Depuis que le réseau CAT 35 a été repris par la société Transdev, leurs conditions de travail, qui étaient déjà très dures, se sont dégradées. La direction a recours plus fréquemment à des semaines de six jours et à des repos réduits au minimum légal de neuf heures consécutives. Bonjour la vie de famille. La direction a aussi annualisé les « primes de performance » et les conducteurs craignent que ça aboutisse à une réduction des salaires. Ces débrayages ont sans doute gêné les habitants de la région malouine qui se rendent au travail en bus, mais dans leur grande majorité, ceux-ci ont compris que leurs intérêts sont les mêmes que ceux des conducteurs. Les changements mis en place par Transdev frappent aussi les usagers, avec des suppressions de lignes et un système aberrant de « navettes à la demande » qui a obligé certaines personnes à poireauter des heures. Solidarité avec les conducteurs de bus, pour un vrai réseau public au service de tous et toutes !

Nouveaux démantèlements de camps de migrants originaires de l’Afrique subsaharienne. La garde nationale a mis le feu à leurs tentes installées dans des oliveraies du centre est du pays. Plus de 3 000 exilés ont été forcés de partir. 2 500 personnes en situation irrégulière ont dû quitter les lieux à Henchir Al Karkni dans la localité d’El Amra alors que 800 autres connaissaient le même sort au camp Ouled Hmed près de Jebeniana. Les associations de défense des droits humains appellent depuis des mois à mettre fin aux campagnes de haine xénophobe envers les Subsahariens mais elles aussi sont devenues des cibles pour les autorités qui ont fait emprisonner, sous des prétextes divers, nombre de leurs membres. Le bilan mortifère du président Kaïs Saïed s’alourdit.

Profitant de son bref passage dans l’île, Macron a promis la création d’une commission franco-malgache d’historiens chargée de faire un « travail de mémoire » sur le soulèvement anti-colonial qui se déroula dans le pays entre mars 1947 et fin 1948. Ses causes : le rétablissement du travail forcé, la confiscation des récoltes, les pénuries alimentaires et la répression constante et quotidienne des troupes françaises. Au total, entre 40 000 et 100 000 personnes perdirent la vie, dont au moins 18 000 du fait de la répression de l’insurrection et le reste victime de malnutrition et de maladies parmi les populations déplacées. Comme il l’avait déjà fait avec l’Algérie, Macron refuse de s’excuser pour ces crimes et se réfugie derrière le travail futur des historiens. On ne sait pas trop ce que ces derniers vont découvrir de nouveau sur le sujet, mais ce qui est sûr c’est qu’il ne faut pas être Sherlock Holmes pour désigner le seul coupable : le colonialisme français.