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Brèves

L’actualité en bref

Les adhérents du parti Les Républicains (LR) ont plébiscité à 73 % des voix leur président, Bruno Retailleau, pour être candidat à l’élection présidentielle de l’an prochain. Une consultation qu’il avait organisée lui-même pour être certain de l’emporter. Mais pas sûr qu’elle lui serve à grand-chose. Au sein de son propre parti ses concurrents potentiels – Michel Barnier, Jean-François Copé, Laurent Wauquiez et autres Xavier Bertrand – se sont bien gardés de le féliciter et attendent leur heure. Et à l’extérieur de la formation de l’ancien ministre de l’Intérieur, les Édouard Philippe, Gabriel Attal, Dominique de Villepin ou Jordan Bardella sont bien décidés à lui faire la peau d’une façon ou d’une autre. Sans même parler des sondages qui lui sont calamiteux. Bref, les crocodiles continuent de s’agiter dans le marigot de la droite et de l’extrême droite.

C’est Mediapart qui donne l’information. Le groupe Elior-Derichebourg, un des leaders mondiaux de la restauration collective et des services de nettoyage aux entreprises (près de 180 000 salariés à travers le monde pour un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros) a lancé un ultimatum à ses salariées portant un foulard : le retirer ou être licenciée pour faute grave. La direction nie une discrimination généralisée à l’égard de ces femmes et affirme sans rire que ces mesures concernent « seulement quelques procédures individuelles ». Elle a cependant présenté son ultimatum comme une mesure disciplinaire, justifiant le licenciement par une faute grave liée au non‑respect de la politique vestimentaire de l’entreprise. Mais elle se refuse à donner des chiffres précis sur le nombre de salariées concernées. Encore une fois des travailleuses musulmanes (ou supposées telles) sont prises pour cible d’une politique discriminatoire.

Le milliardaire américain Elon Musk devrait être entendu en audition libre par le parquet de Paris dans le cadre d’une enquête sur les éventuelles violations par sa plateforme X de la législation concernant notamment les deepfakes sexuels, c’est-à-dire des montages ultra réalistes, à caractère sexuel, sans le consentement des victimes, et la diffusion d’images pédopornographiques. Ce dernier ne s’est pas présenté mais a tenu à dénoncer « une attaque politique ». En février dernier il avait déjà qualifié « d’attardés mentaux » les magistrats qui avaient diligenté une perquisition des locaux parisiens de son réseau X. Dans cette affaire, l’homme le plus riche du monde a reçu le soutien du ministère américain de la Justice qui a estimé que les poursuites engagées contre lui étaient des atteintes « intolérables » à la liberté d’expression. D’autres parquets européens ont lancé des enquêtes allant de la même sens. Mais jusqu’à présent, fort de ses centaines de milliards d’euros et du soutien de l’administration Trump, Elon Musk ignore superbement les juges.

Le Premier ministre, Pedro Sánchez, a annoncé que l’Espagne allait officiellement demander à l’Union européenne de rompre ou de suspendre l’accord d’association avec Israël pour protester contre les massacres commis par l’État sioniste à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Iran. Ce traité, signé en 1995 et entré en vigueur en 2000, établit notamment une zone de libre-échange pour la plupart des biens, notamment industriels et agricoles. Il comporte une clause, l’article 2 du texte, qui indique explicitement que le partenariat repose sur « le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques ». Et, pour Sánchez, un gouvernement « qui viole le droit international […] ne peut être partenaire de l’Union européenne ». Ce qui lui a valu aussitôt d’être accusé « d’antisémitisme » par le chef de la diplomatie israélienne Gideon Saar. Pour le chef du gouvernement espagnol il s’agit surtout d’une posture qui a fort peu de chances d’être suivie d’effet. En effet la suspension de cet accord nécessiterait l’approbation d’une majorité d’États membres. Et on est très loin du compte, d’autant plus que deux des principaux, la France et l’Allemagne, s’opposent à toute sanction à l’égard de l’État hébreu, et ce depuis des années. De leur part, une manière implicite de soutenir sa politique criminelle.

Tortures, enfumades, déportations, disparitions forcées… Peut-on comparer les massacres commis par le colonialisme français dans ses anciennes colonies à celui perpétré par les nazis le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane ? La polémique avait surgi le 25 février 2025 lorsque le journaliste Jean-Michel Apathie avait déclaré sur RTL : « Chaque année, en France, on commémore ce qui s’est passé à Oradour-sur-Glane, c’est-à-dire le massacre de tout un village. Mais on en a fait des centaines, nous, en Algérie. Est-ce qu’on en a conscience ? » Il avait alors été victime d’une campagne d’insultes venant notamment de la droite et de l’extrême droite (Bardella, Ciotti, Hanouna…) et avait du démissionner de son poste de chroniqueur à la station radio. Aujourd’hui, Olivier Le Cour Grandmaison, enseignant en sciences politiques et philosophie politique à l’université Paris-Saclay, consacre son dernier ouvrage (*) à cette question et souligne que « le récit réputé glorieux de l’histoire de France a permis de dissimuler et de nier l’extrême brutalité de la colonisation française ». Un rappel salutaire…

(*) Oradour coloniaux français. Contre le roman national

Si, au moins provisoirement, l’armée israélienne a suspendu les bombardements massifs au Liban, qui ont tué 2196 personnes, l’armée israélienne n’en continue pas moins la destruction systématique des habitations et infrastructures dans la zone qu’elle occupe dans le sud du pays. Selon des officiers, cités par le journal Haaretz : « Des dizaines d’engins de chantier, dont des excavatrices conduites par des entreprises privées, ont été acheminés dans la région. Certains ouvriers sont rémunérés en fonction du nombre de structures détruites. » L’objectif du gouvernement israélien est d’empêcher les 800 000 déplacés de revenir dans la région où ils vivaient, en la transformant en champ de ruines. Le ministre de la défense, Israél Katz a déclaré que « toutes les maisons des villages proches de la frontière israélienne seront démolies, selon le modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza », et que l’armée maintiendrait son contrôle jusqu’au fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres à l’intérieur du Liban. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, est allé encore plus loin en suggérant que le fleuve Litani devienne la nouvelle frontière nord d’Israël. L’objectif du grand Israël s’étendant sur l’ensemble de la Palestine et une partie des pays voisins demeure l’ambition de l’extrême droite israélienne.

Une Malienne de 38 ans, sans papiers, en situation irrégulière et déboutée du droit d’asile, a été employée pendant trois ans par une famille pour s’occuper d’un vieillard de 90 ans. Elle n’avait aucun horaire fixe et devait être disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Selon l’inspectrice du travail elle travaillait 70 heures par semaine pour un salaire de misère. Sur les trois ans elle a touché 40 000 euros au lieu des 130 000 euros qui lui étaient dus. Son employeur, pour la tenir, lui faisait miroiter l’octroi de fiches de paie pour régulariser sa situation, fiches de paie qu’elle n’a jamais obtenues. Les syndicats CGT, Solidaires, LAB (basque) et CFDT se sont portés partie civile. Le ministère public a requis deux ans de prison avec sursis pour l’employeur voyou et une amende de 10 000 euros.

La loi dite abusivement « de simplification de la vie économique », qui vient d’être entérinée par le Parlement avec le soutien du gouvernement, supprime dans les villes les « zones à faible émission », destinées à lutter contre la pollution atmosphérique, mais fait aussi la peau au dispositif de « zéro artificialisation nette » qui visait à lutter contre la bétonisation des sols à outrance en préservant les espaces verts et les terres agricoles. Auparavant Macron avait facilité la réintroduction de l’usage des pesticides en agriculture et simplifié les parcours juridiques d’infrastructures controversées comme le projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse. Le 16 avril 2022, lors du meeting d’entre‑deux tours à Marseille, il avait solennellement déclaré : « Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas. » Et depuis, dans le domaine de l’écologie, on n’a pas vu grand-chose. Ou plutôt il a, dans un premier temps, fait adopter quelques mesurettes qu’il a ensuite… soigneusement détricotées sous la pression des patrons, de la droite et de l’extrême droite. Pour la nature et l’environnement, sans doute le pire quinquennat de la Cinquième République.

Dans le 9e arrondissement, un immeuble, qui abritait auparavant une résidence sociale destinée à l’accueil de personnes en situation de précarité, avait été entièrement transformé fin 2023 en onze meublés de tourisme, loués via la plateforme Airbnb, sans respecter la règlementation en vigueur, c’est-à-dire l’obtention préalable d’une autorisation. Une pratique considérée comme une fraude et comme un détournement d’usage de logements. La société civile immobilière propriétaire de l’immeuble a été condamnée à une amende record de 585 000 euros. Une affaire qui souligne qu’un nombre grandissant de propriétaires – notamment dans les quartiers résidentiels ou les villes touristiques – expulsent de plus en plus souvent leurs locataires, au mépris de la législation, pour transformer leurs logements en locations saisonnières beaucoup plus rentables. Ce qui aggrave encore les difficultés à se loger des plus précaires. La mairie de Paris s’est réjouie de ce jugement tout en rappelant que dans la seule capitale on évalue à environ 25 000 le nombre de meublés touristiques illégaux et à plusieurs centaines de milliers dans tout l’Hexagone. La plateforme Airbnb a encore de beaux jours devant elle.