Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe alerte sur la situation déplorable des prisons, centres de rétention administrative et locaux des forces de l’ordre en Guadeloupe et en Guyane. Les membres de ce Comité ont constaté de nombreux dysfonctionnements et se disent « préoccupés » par la surpopulation et la violence en prison, ainsi que par les conditions matérielles de détention. Ils regrettent également l’insuffisance de structures de soins psychiatriques adaptées aux besoins des patients hospitalisés sans consentement. Des conditions encore pires qu’en Métropole, ce qui ne peut étonner dans des territoires d’outre-mer traités comme des colonies.

Le collectif Restitution Afrique, composé de onze ONG actives au Ghana, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Togo et en Guinée, a porté plainte contre le milliardaire d’extrême droite et patron de presse Vincent Bolloré, devant le parquet national financier. Et de dénoncer les « liens étroits et assumés avec les élites politiques et économiques » de ces pays africains entretenus par le groupe Bolloré, ce qui aurait donné lieu à des faveurs et des pots-de-vin afin de s’enrichir sur le dos des populations locales. Bolloré avait notamment bâti sa fortune en obtenant dans cette région la concession d’une quinzaine de ports stratégiques qui employaient plus de 20 000 personnes dans une vingtaine de pays. Il finançait les campagnes électorales des dirigeants locaux, nommait des responsables politiques à la tête de ses filiales et se voyait attribuer des contrats publics sans appel d’offres. Le groupe a cessé ses activités en Afrique en 2022 mais Restitution Afrique lui demande de rembourser tout l’argent qu’il a volé. Vaste programme…

Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul et principale figure d’opposition au président turc Recep Tayyip Erdoğan, a été interpellé à son domicile. Il est accusé de « soutien à une organisation terroriste », selon le ministre de la Justice mais également de « corruption et d’extorsion ». Il est en outre désigné comme le chef d’une « organisation criminelle à but lucratif ». Plusieurs dizaines de ses collaborateurs, d’élus et de membres de son parti, le Parti républicain du peuple, sont également sous le coup de mandats d’arrêt. Cerise sur le gâteau, İmamoğlu s’est vu retirer son diplôme universitaire, ce qui lui interdit de se présenter à la prochaine élection présidentielle prévue en 2028. Erdoğan, dont la popularité est en berne du fait de la situation économique, fait le ménage à l’avance pour être sûr d’être réélu dans trois ans.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer vient d’annoncer des coupes importantes dans les aides pour les personnes en situation de handicap. Les mesures annoncées visent à économiser 5 milliards de livres (un peu moins de 6 milliards d’euros) afin de contribuer au financement de la politique de réarmement « face à la menace russe ». La suppression de cette allocation – destinée aux handicapés et supposée couvrir les coûts liés à leur état – va toucher 3,6 millions de personnes. Une députée travailliste, opposée à cette mesure, a accusé le gouvernement d’« équilibrer les comptes sur le dos des personnes malades et handicapées ». Bien vu. Que ce soit la droite au gouvernement, comme ici avec Bayrou, ou la gauche comme outre-Manche, ces politiciens ont la même démarche : faire payer aux plus modestes la politique de réarmement et les cadeaux aux industriels qui vont avec.

La direction statistique des ministères sociaux (Drees) vient de publier une étude sur le temps d’attente moyen passé aux urgences par des patients. Et, sans surprise, il ne cesse d’augmenter faute de moyens adéquats. En 2013 cette attente était de 2 heures 15 et elle est passée à 3 heures dix ans plus tard. Le calcul a été réalisé à partir de l’étude d’une journée ordinaire dans les 719 services d’urgences en Métropole rapportée à une journée ordinaire en 2013. Vu la politique actuelle du gouvernement dans le domaine de la santé, la situation va sans doute empirer dans les années qui viennent.

La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a dénoncé « la méthode » du Premier ministre qui a déclaré qu’il était hors de question de revenir à la retraite à 62 ans. Et elle réclame « des nouvelles règles et des nouveaux sujets » de discussions entre les partenaires sociaux. Sinon son organisation quittera « le conclave », comme l’a déjà fait FO dès le départ et vient de le faire la CGT. Mais de là à travailler à une mobilisation générale de la classe ouvrière contre la réforme des retraites il y a un pas de géant qu’aucune des confédérations syndicales ne veut franchir. Pourtant il n’y a pas d’autre voie pour abolir cette réforme.

Le ministre de l’Intérieur (mais aussi chargé des cultes) Bruno Retailleau a fait savoir qu’il avait refusé l’invitation de la grande mosquée de Paris de participer à la cérémonie qui marque chez les musulmans la rupture du jeûne du ramadan. Son prédécesseur, Gérald Darmanin, y avait pris part il y a tout juste un an. Selon son entourage il a jugé la dimension religieuse de cet événement « contraire au principe de laïcité » qu’il serait tenu de respecter. Un laïc pur et dur donc… qui en décembre dernier a participé, sans état d’âme, à la messe présidée par le pape lors de sa visite éclair en Corse. Et là, comme par enchantement, il avait oublié sa laïcité républicaine et intransigeante. Il y a des coups de pied aux culs bénis qui se perdent.

Le gouvernement s’apprête à diffuser un Manuel de survie destiné officiellement à aider la population à réagir en cas de guerre ou de catastrophe. Cette brochure d’une trentaine de pages contient des conseils du genre « préparer un kit de survie », « stocker des conserves et de l’eau potable »… et même « ne pas oublier de fermer des portes et les fenêtres en cas d’alerte nucléaire ». Cet opuscule se termine par un chapitre titré « engagez-vous » qui, sans aller jusqu’à inviter à revêtir le treillis de combat, suggère de se « préparer collectivement ». Le seul conseil judicieux serait tout de même d’éviter la guerre et pour cela de renverser le système capitaliste qui en est la cause fondamentale. Mais cette réflexion est hors de portée de la compréhension de ces propagandistes qui nous prennent pour des imbéciles.

Depuis mars 2022, le cargo russe Vladimir Latyschev est bloqué dans le port de Saint-Malo en raison de la guerre d’Ukraine avec sept marins à bord. Cet énorme navire de 140 mètres de long transportait de la magnésie pour l’usine d’engrais chimique Timac. L’entretien du bateau, la nourriture de l’équipage, le chauffage, l’électricité et le fonctionnement des dispositifs de sécurité coûtent environ 150 000 euros par mois. Ces frais étaient pris jusqu’à une période récente par l’armateur russe qui les réglait par des transferts bancaires, mais, à la suite du blocage des fonds russes, les banques françaises ne veulent plus procéder à ces transferts. L’absence ou l’insuffisance d’entretien risque aussi de représenter un danger pour son environnement voire pour les autres navires. Face à l’incapacité des autorités administratives, on peut toutefois se réjouir de constater que la solidarité des travailleurs de la mer n’est pas un vain mot. Les marins russes ne font l’objet d’aucune discrimination ni réaction hostile sur le port où se côtoient des marins de nombreuses nationalités, bien au contraire. Diverses actions de solidarité ont été envisagées au cas où leur situation se dégraderait.