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Brèves

L’actualité en bref

La cour d’appel a condamné l’entreprise Toray, spécialiste de la fibre carbone dont l’usine se trouve à Abidos, non loin de Pau, à réintégrer Timothée Esprit, un militant cégétiste, membre de la direction fédérale de la CGT chimie, auquel elle reprochait son engagement en faveur du peuple palestinien. Il avait été licencié en mai 2024 pour avoir partagé sur sa page Facebook une photo de soutien à la Palestine sur laquelle on pouvait voir des hommes armés. La cour a ordonné sa réintégration, soulignant que l’entreprise avait violé les protections légales dont bénéficient les représentants du personnel n’ayant pas obtenu l’autorisation préalable de l’inspection du travail pour procéder à son licenciement. Une petite victoire contre les pressions de toutes sortes auxquelles sont soumis nombre de militants syndicaux qui soutiennent les Gazaouis.

À l’appel de la CFDT, une centaine de salariés de Carrefour, venant de magasins répartis dans tout le pays, se sont rassemblés devant le tribunal judiciaire d’Évry (Essone) pour soutenir une action en justice contre la mise en location-gérance de 39 nouveaux magasins par la direction du groupe. 4 300 emplois sont en jeu. Ce système de location-gérance permet à Carrefour de transférer les contrats de travail à un employeur locataire-gérant, tout en conservant les actifs des murs et du fonds de commerce. Depuis 2018, 344 magasins (95 hypers et 249 supers) et leurs 27 000 salariés ont été ainsi externalisés. Selon Erwan Le Roux, délégué syndical interviewé dans L’Humanité : « Ce système est un plan social déguisé. Les salariés perdent énormément d’avantages sociaux lorsqu’un magasin passe en location-gérance. Nous avons calculé qu’ils perdent 2 500 euros à l’année entre les primes de vacances, les intéressements, l’augmentation de la mutuelle… » Il faut ajouter les suppressions d’emplois et l’intensification du travail, les locataires-gérants voulant rentabiliser à tout prix leur investissement sur le dos des salariés. Bref, un sale coup pour le personnel concocté par Alexandre Bompard, le PDG du groupe.

Derrière le slogan « Stand up for science » (Levez-vous pour la science), des rassemblements et manifestations divers ont eu lieu dans des universités et centres de recherche, dans 32 villes des États-Unis. Un mouvement soutenu dans de nombreux pays, dont en France, par des universitaires, du personnel de la recherche et des scientifiques. Son but est de mobiliser contre l’administration Trump qui veut licencier de très nombreux chercheurs et chercheuses des agences fédérales, notamment celles dédiées à la santé ou à l’environnement, effectuer des coupes budgétaires dans les organismes scientifiques et effacer des bases de données, notamment sur le climat, le genre, les vaccins… C’est le sénateur républicain Ted Cruz, un des acolytes de Trump, qui est à la manœuvre. Il a publié une liste de 3 400 projets d’études accusés de « promotion de la diversité », de « propagande néomarxiste » et de « wokisme » qu’il souhaite supprimer. Une politique qui ne peut étonner venant de la part de politiciens dont beaucoup de partisans sont persuadés que la terre est plate, que le monde a été créé en six jours, que le soleil tourne autour de notre planète, que la théorie de l’évolution de Darwin est inspirée par le diable et que le réchauffement climatique est une invention de Pékin. L’obscurantisme au pouvoir…

Après Bernard Arnault, le PDG de LVMH, c’est au tour d’un autre milliardaire, le franco-libanais Rodolphe Saadé, d’être reçu par Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison-Blanche. PDG de CMA CGM, troisième transporteur mondial par containers, il a annoncé un investissement massif de 20 milliards de dollars aux États-Unis dans des infrastructures et des terminaux logistiques pour le transport maritime avec, parait-il, la création de 10 000 emplois à la clé. Ce qui lui a valu les chaudes félicitations du président américain. Autant dire qu’il y a peu de chances que les stations radio et TV que Saadé contrôle (BFMTV et RMC, I24 News) mais aussi les quotidiens comme La Provence, Corse Matin ou La Tribune soient très critiques de Washington à l’avenir. Le fric d’abord…

Les éditions de Futuropolis viennent de publier une bande dessinée écrite par le journaliste David Servenay et illustrée par Jacques Raynal. Elle revient sur l’enlèvement à Paris, puis l’assassinat, de Mehydi Ben Barka, à l’époque principal opposant au roi du Maroc Hassan II. Arrêté le 29 octobre 1965 par des policiers français devant la brasserie Lipp, dans le sixième arrondissement, on ne le reverra jamais plus. Selon toute probabilité, il fut livré aux services secrets marocains, puis torturé et exécuté. Son corps ne fut jamais retrouvé. Très tôt les juges d’instruction se heurtèrent à de nombreux blocages, venant tant des gouvernements français successifs que des autorités marocaines qui refusèrent toujours d’exécuter les mandats d’arrêt à l’encontre de leurs agents secrets impliqués dans l’affaire. Un scandale d’État qui lève un coin du voile sur les liens qui unissaient des policiers des deux pays, des truands et des personnalités du palais royal chérifien. Un joli panier de crabes.

L’ancien chef du renseignement, Bernard Squarcini, a utilisé son carnet d’adresses et ses réseaux dans les hautes sphères de l’État, pour se livrer à des activités douteuses et mafieuses au profit du milliardaire Bernard Arnault, le patron de LVMH. Il avait notamment espionné le député et journaliste François Ruffin qui préparait un documentaire décapant sur les pratiques d’Arnault et de son entourage. Reconnu coupable de trafic d’influence, de détournement de fonds publics, de faux en écriture publique et de complicité de violation du secret professionnel, le tribunal correctionnel de Paris l’a condamné à quatre ans de prison, dont deux ferme qui s’effectueront sous bracelet électronique. Il écope également d’une amende de 200 000 euros et une interdiction professionnelle pendant cinq ans. Si certains de ses complices sont aussi été épinglés, par contre le PDG donneur d’ordre n’a pas été inquiété car il n’était officiellement au courant de rien. Une bonne blague ! Mais il est vrai que l’on met rarement en prison quelqu’un qui possède des dizaines de milliards d’euros et, qui plus est, est un grand copain du président.

On ne peut pas dire que le Premier ministre fasse preuve de beaucoup d’imagination. Sans doute pour faire oublier son implication dans le scandale de Bétharram, il vient de se lancer dans un grand combat contre la « bureaucratisation » et « la paperasse ». Ce qu’ont aussi proclamé tous ses prédécesseurs, de droite et de gauche, sans résultats. Dans une interview donnée aux très droitiers CNews et Europe 1, Bayrou assure que « la trop grande complexité des normes » fait perdre à la France 4 % de sa richesse produite chaque année. Et il promet ensuite de « mettre les usagers en situation de décideurs ». Sans plus d’explication. Cela signifie-t-il, par exemple, que les usagers de l’Éducation nationale (parents d’élèves, professeurs et agents…) auront leur mot à dire quant au manque d’enseignants, de locaux, ou de classes surchargées ? Verra-t-on les assurés sociaux être consultés sur l’état des infrastructures hospitalières ou l’âge et le montant des retraites ? Faut pas rêver ! Bayrou envisage simplement de demander à ses ministres de lister leurs missions et leurs tâches et de détailler « ce qu’ils produisent, à quoi sert leur administration et quel service elle rend aux Français ». Ce qui donnera lieu, soyons en sûrs, à de nombreux rapports qui resteront dans les tiroirs. La bureaucratie va trembler.

Lors de la 97e cérémonie des Oscars, un prix a été décerné au film israélo-palestinien No other land (Pas d’autre terre) coréalisé par le Palestinien Basel Adra et l’Israélien Yuval Abraham. Il traite de la colonisation israélienne en Cisjordanie vue par ceux qui la subissent. Le film, qui a ému tant le public que le jury, a remporté l’Oscar du meilleur documentaire après avoir été récompensé en 2024 au festival international du film de Berlin. Ce qui a provoqué la fureur de Miki Zohar, ministre israélien de la Culture et membre du Likoud, le parti du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui affirme que No other land « déforme l’image d’Israël ». La dénonciation des confiscations de terre, des assassinats de civils, des vergers rasés, des maisons et des voitures brûlées, des arrestations arbitraires et de la violence quotidienne des colons ne déforme en rien a réalité. Elle la décrit parfaitement.

L’ONU Femmes, dans un rapport publié à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, pointe une « régression sur l’égalité de genre » dans « près d’un pays sur quatre ». L’affaiblissement des institutions démocratiques, les guerres, la crise du Covid, les nouvelles technologies ou encore le changement climatique comptent parmi les facteurs de menace. La représentation féminine dans les parlements a plus que doublé en trente ans mais trois quarts des parlementaires sont toujours des hommes. La part globale de femmes bénéficiant d’une protection sociale a augmenté d’un tiers entre 2010 et 2023, mais 2 milliards d’entre elles ne bénéficient toujours d’aucune couverture. Et les écarts en matière d’emploi « stagnent depuis des décennies » : environ 63 % des femmes entre 25 et 54 ans exercent un travail rémunéré, contre 92 % des hommes. Enfin les violences faites aux femmes se maintiennent à des taux alarmants. 736 millions de femmes, soit une sur trois, ont été victimes une fois dans leur vie de violences physiques ou sexuelles de la part d’un conjoint, ou de violence sexuelle de la part d’un autre agresseur. Triste planète…