Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le 25 février dernier le journaliste Jean-Michel Aphatie déclarait à l’antenne : « Chaque année, en France, on commémore ce qui s’est passé à Oradour-sur-Glane, c’est-à-dire le massacre de tout un village (par les nazis en juin 1944). Mais on en a fait des centaines, nous, en Algérie. Est-ce qu’on en a conscience ? » « Les nazis se sont comportés comme nous », avait-il ajouté. La sanction n’a pas tardé. Ayant refusé de s’excuser ou de retirer ses propos, il a été provisoirement privé d’antenne par la station RTL et a décidé de ne pas y revenir, refusant d’avouer une faute qu’il n’a pas commise. C’est ce qu’on appelle de la censure. Car toute vérité n’est pas bonne à dire sur les ondes. Et a-t-on jamais vu un journaliste sanctionné pour avoir exalté l’action du général Massu et de ses tortionnaires de l’autre côté de la Méditerranée ?

Après le discours belliqueux de Macron, une partie de la droite, du centre et de la gauche réclame la mise en vente des avoirs russes actuellement sous séquestre dans nombre de pays occidentaux pour financer l’effort de guerre et aider l’Ukraine. Une position largement démagogique, mais qui permet d’apparaître à bon compte plus radical et plus va-t-en-guerre que le président qui n’y est pas favorable. Dénoncer cette démagogie est une chose. Mais défendre les avoirs russes en est une autre. Un pas que vient pourtant de franchir le député insoumis de Seine-Saint-Denis, Bastien Lachaud. Il a déclaré lors d’un point presse : « Nous nous opposons fermement à la confiscation des avoirs russes » car cela irait « à l’encontre du droit international » et serait « faire preuve d’irresponsabilité ». Et d’enfoncer le clou : « Une telle décision aurait des conséquences désastreuses pour la France : plus aucun investisseur ne prendrait le risque d’y placer son argent si ses avoirs pouvaient être saisis en cas de crise internationale. » C’est exactement les raisons avancées par Macron pour s’opposer à une telle mesure et tout faire pour que le pays conserve sa réputation de « business friendly » (favorable aux affaires). Mais, avec un tel raisonnement il faudrait s’opposer demain à tout mouvement populaire de masse qui risquerait d’effrayer les investisseurs, français et étrangers. Une pente glissante…

Quand Boris Vian chantait les louanges de la conférence de Bruxelles pour la relance industrielle de l’Europe… en 1956 !

« C’est le temps du passage à l’action » a déclaré Macron à l’issue du sommet des 27 à Bruxelles jeudi dernier, Sitôt dit, sitôt fait. Le lendemain matin tout le trafic ferroviaire de la gare du Nord à Paris a été bloqué : des artificiers étaient chargés d’extraire sous les voies une bombe enfouie là depuis la guerre de 40, et toujours en état de marche. Et que de richesses inexploitées pourrait-on encore trouver si on défonçait les sous-sols de Dresde ou de Berlin pour y puiser quelques restes encore utilisables des bombes larguées par nos amis américains et anglais à la fin de la guerre pour bien signifier au peuple allemand que les grandes démocraties n’arrivaient pas là en libératrices du nazisme mais en conquérantes. Aux pioches, citoyens !

L’année 2025 est « l’année du handicap », vingt ans après l’adoption de la loi pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». À l’usine, la direction célèbre cet anniversaire à sa manière. En février elle a licencié deux handicapés pour inaptitude. Ils n’avaient commis aucune faute, leur seul tort est d’avoir un handicap. Ce mois-ci elle essaye d’en virer deux autres. Elle dit qu’il faut augmenter l’employabilité des salariés avec de fortes restrictions : dans les faits, elle les vire ou les pousse à démissionner. Défendons nos collègues. Sur notre usine, il y a des postes envisageables pour eux. Le travail se partage. Par contre, son hypocrisie, la direction peut se la garder.

… d’après le bulletin Stellantis Poissy

Comme à son habitude Macron a adopté un ton martial lors de son allocution télévisée d’hier soir. Il voulait se présenter en véritable leader des pays du Vieux Continent qui, avant tout le monde, avait plaidé pour une défense européenne, autonome des États-Unis. Fort de cette affirmation, il appelle à multiplier les investissements publics et privés dans l’industrie d’armement et a accroître les effectifs des forces armées… sans augmenter les impôts. Ce qui signifie, même s’il se garde bien de le dire ouvertement, que le financement de l’effort de guerre se fera par des économies budgétaires dans d’autres domaines, c’est-à-dire – comme d’habitude – en coupant dans les dépenses sociales. Un nouveau serrage de vis est donc à l’ordre du jour auquel les travailleurs et les classes populaires devront s’opposer sans se laisser berner par les habituels discours sur « l’Europe est en danger » et « la patrie a besoin de vous ». Car comme le disait Anatole France : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. »

Alors que s’accumulent les menaces de guerre en Europe, les actions de l’industrie de l’armement s’envolent. À la Bourse de Paris, celle de Thales a progressé de 13,8 %, de Dassault Aviation de 14,77 %, de Safran de 6,5 %. À Londres, BAE Systems gagnait 17,31 %, à Francfort Rheinmettal prenait 14,31 %, Hensoldt 18,82 % et ThyssenKrupp 10,68 %. Enfin à Stockholm, Saab s’octroyait 13,97 % de mieux et à Milan Leonardo 9,98 %. Depuis janvier, certaines de ces actions ont progressé entre 30 % et 60 %. La prospérité des marchands de canons repose quasi exclusivement sur des commandes des États qui les financent en piochant dans les budgets sociaux.

Depuis une semaine, des « experts » autoproclamés nous serinent dans les médias que « nous devons réarmer », et pour ça… couper dans les dépenses sociales ! Le directeur de Bpifrance veut carrément détruire les retraites : « Du temps de loisir à ces faux vieux qui ont 62, 65, 66, 70 ans, qui sont en fait de vrais jeunes. » Trimer 5, 7 ou 10 ans de plus demain ? Pour envoyer nos gosses dans les tranchées après-demain ? Plutôt faire la guerre… aux capitalistes !

C’est l’Insee qui l’affirme dans une étude qui vient de sortir intitulée « Écart de salaire entre femmes et hommes ». Elle constate d’abord qu’en 2023, parmi les salariés exerçant leur emploi principal dans le secteur privé, le revenu salarial moyen des femmes était de 21 340 euros annuels, contre 27 430 euros pour les hommes, soit 22,2 % de différence. Mais si on tient compte de la situation familiale des salariés, les mères avaient, quel que soit leur volume de travail, des salaires nettement inférieurs aux pères. Et les écarts s’accentuaient avec le nombre d’enfants. Il était en moyenne de 5,8 % parmi les salariés du privé n’ayant pas d’enfant, mais atteignait 28,2 % entre les mères et les pères de trois enfants ou plus. En conclusion : les femmes sont discriminées au travail et les mères encore plus. On s’en doutait déjà mais cette étude ne fait que le confirmer…