Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Rexino Abazaj, dit Gino, est un jeune militant antifasciste albanais arrêté en région parisienne à l’automne dernier. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par la Hongrie de l’ultra droitier Viktor Orbán qui l’accuse de violence en marge des heurts qui avaient perturbé une manifestation néo-nazie en février 2023 dans la capitale hongroise. Aujourd’hui Budapest demande son extradition. Si elle est acceptée il risque jusqu’à 16 ans de prison. Le 15 janvier dernier, la cour d’appel de Paris avait pointé de graves « dysfonctionnements » de la justice hongroise en matière d’équité et mis en doute de son indépendance en matière de traitement réservé aux opposants politiques. En attente d’une réponse de la Hongrie sur ces points, Gino reste en prison où il n’a rien à faire. Il faut exiger sa libération et s’opposer à son extradition.

Dans leur grande sagesse les sénateurs viennent de décider que désormais les industriels produisant ou utilisant des produits portant atteinte à la biodiversité n’encourront plus de peines de prison mais simplement des amendes. En droite ligne avec l’orientation prise récemment par la Commission européenne qui a décidé de mettre la pédale douce sur la protection de l’environnement. Et tant pis pour celles et ceux qui souffrent des pesticides, des insecticides ou de la pollution de l’eau potable. Il faudra faire avec. Priorité aux profits !

Macron vient de présider une réunion internationale consacrée à l’intelligence artificielle et d’annoncer un investissement de 109 milliards d’euros dans ce secteur. Trump, lui, annonce 500 milliards de dollars. L’IA constituerait une nouvelle révolution technologique qui bouleverserait notre vie dans les années à venir. Peut-être, mais dans quel sens ? Pour l’améliorer ? Dans cette société, nous pouvons au contraire craindre le pire :
– Suppressions d’emploi par une accélération de l’automatisation ;
– Applications militaires qui permettront de tuer avec encore davantage d’efficacité ;
– Généralisation des trucages d’images, rendant impossible de distinguer la vérité des fake news ;
– Coût écologique gigantesque avec des dépenses d’électricité et d’eau énormes ;
– Moyens supplémentaires de surveillance quotidienne des travailleurs et de la population.
Car, l’intelligence artificielle est au fond un outil comme les autres. Tout dépend qui l’utilise et pourquoi.

À l’issue du sommet sur l’IA, qui vient de se dérouler à Paris, 58 pays dont la Chine, la France, l’Inde ainsi que l’Union européenne et l’Union africaine, ont signé une déclaration pour une IA « ouverte, inclusive et éthique ». Quand on voit le salut nazi d’Elon Musk, un des principaux capitalistes de ce secteur, on croit rêver. Et nombre d’États signataires, à commencer par la Chine et l’Inde, ont une conduite qui n’a pas grand-chose à voir avec l’éthique. Non seulement ces deux pays emprisonnent systématiquement leurs opposants mais Pékin a ouvert des camps de travail forcé où les détenus sont traités – notamment les Ouïghours – comme des esclaves. De son côté le Premier ministre indien, Narendra Modi, au pouvoir depuis dix ans, est un nationaliste hindou fanatique qui a organisé des pogroms contre la minorité musulmane. Quant aux pays dits « démocratiques », notamment ceux de l’Union européenne, ils sont responsables de la mort de milliers de migrants à leurs frontières. Sûr qu’avec eux l’IA sera « fermée, excluante et immorale ».

Le chroniqueur de la chaîne Bolloré CNews, Jean-Claude Dassier, a été condamné à 1 000 euros d’amende avec sursis pour des propos anti-musulmans tenus à l’antenne en décembre 2022. « Les musulmans, ils s’en foutent de la République », avait déclaré l’ancien dirigeant de la chaîne LCI et ex-président du club de foot de l’Olympique de Marseille, lors d’un débat sur la délinquance juvénile, suscitant un tollé. Il devra en outre verser à la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, partie civile, 1 000 euros « en réparation de son préjudice moral », et 1 000 euros pour les frais de justice. CNews est une habituée de ce genre de dérapages. En 2021, le régulateur lui avait infligé une amende de 200 000 euros pour « incitation à la haine » et « à la violence » après des propos d’Éric Zemmour qualifiant les migrants mineurs isolés de « voleurs », d’« assassins » et de « violeurs ». Une sanction confirmée en janvier par la Cour européenne des droits de l’homme. Mais le milliardaire Bolloré paie et continue de déverser ses idées nauséabondes dans les médias qu’il contrôle.

Le projet de loi de Finances, qui vient d’être entériné à coups de 49.3, prévoit un milliard d’euros de moins par rapport à 2024 dans le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche. Pour protester contre ces coupes claires, l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que des organisations étudiantes, telles que l’Unef ou l’Union étudiante, appelaient hier à une mobilisation contre « la casse du service public de l’enseignement supérieur ». Dans ce cadre un rassemblement s’est déroulé place du Panthéon, à Paris, alors même que se tenait une réunion du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche au ministère de l’Enseignement supérieur. Depuis la fin janvier des assemblées générales étudiantes et des blocages ont eu lieu dans plusieurs villes (notamment Toulouse, Rennes, Bordeaux, Nantes, etc.) et un peu partout les mobilisations continuent.

Emmanuel Macron a désigné comme candidat à la présidence du Conseil constitutionnel en remplacement de Laurent Fabius un de ses fidèles, Richard Ferrand. Socialiste rallié dès la première heure à Macron, cet ex-député et ex-président de l’Assemblée nationale avait surtout fait parler de lui dans le scandale des Mutuelles de Bretagne qu’il dirigeait. Il avait profité de ses fonctions pour louer à sa compagne des locaux commerciaux à un loyer défiant toute concurrence. L’affaire avait été révélée à l’époque par Le Canard enchaîné. Mis en examen pour abus de biens sociaux, Ferrand n’avait jamais été innocenté mais avait bénéficié de la prescription des faits. Encore un exemple de la République exemplaire voulue par Macron.

Dans le classement mondial de la perception de la corruption de l’ONG Transparency International, la France perd cinq places en un an et se retrouve à la 25e, à dix rangs derrière l’Allemagne et loin derrière le Danemark et la Finlande qui caracolent en tête. Transparency International note d’abord « une multiplication des atteintes à la probité en France dans un contexte de crise institutionnelle ». Ce qui se matérialise notamment par le nombre de ministres « impliqués dans des affaires politico-judiciaires » depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017 : 26 au total, dont des figures clés du gouvernement. Et de noter que « le principe de la démission d’un ministre mis en examen, défendu initialement par le président de la République, a été totalement abandonné, exacerbant ainsi chez les Français le sentiment d’impunité dont jouiraient les élus ». Et le procès des financements libyens de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, qui se tient actuellement à Paris, et l’ouverture de deux informations judiciaires par le Parquet national financier, portant sur les comptes de campagne de Macron lors des deux dernières élections présidentielles, n’arrangent rien. C’est ce qui s’appelle l’art de se servir au passage.

Emmanuel Macron a appelé à télécharger et à utiliser largement « Le Chat », l’IA conversationnelle de la start-up hexagonale Mistral, supposé être un concurrent sérieux de l’américain ChatGPT. Et la classe politique a suivi. « On l’a, le ChatGPT français, il s’appelle “Le Chat”, il est même plus rapide encore que ChatGPT », a assuré Clara Chappaz, ministre déléguée en charge de l’IA et du Numérique. « Plus de doute, le Chat de Mistral AI fonctionne TRÈS bien » a écrit sur X la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Petit problème. Les journalistes du média en ligne Le Huffpost l’ont testé en lui posant une question simple : « Qui est le Premier ministre français actuel ? » Réponse de la machine : « Gabriel Attal » alors que pour elle François Bayrou est toujours Haut Commissaire au Plan. Conclusion : avec six mois de retard, elle a tout bon.