Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Toute la presse, nationale comme régionale, vante les mérites de la direction qui relance les embauches en CDI dans ses usines. Vingt ouvriers à l’usine de Poissy, vingt-cinq à Sochaux : les annonces pleuvent, on parle d’un total de 210 embauchés ! De qui se moque-t-on ? Chaque fois, ce sont des collègues en CDD ou en intérim qui vont être titularisés. Si on ne peut que se réjouir pour les quelques-uns qui en profiteront, ces embauches n’allègeront en rien les cadences dans les usines. Surtout, malgré le battage, elles ne feront pas oublier les milliers de suppressions de postes, de départs « volontaires », de licenciements qui ont divisé par deux les effectifs en douze ans. Pour que la direction embauche réellement à la hauteur de nos besoins, pas le choix, il faudra qu’on la force un peu.

… d’après les bulletins Stellantis

En Grèce, depuis fin janvier, des manifestations massives s’organisent à travers le pays pour réclamer la transparence et la justice pour les 57 victimes de l’accident ferroviaire survenu en 2023. Pire accident de l’histoire du pays, il a mis en lumière la vétusté du réseau : les deux trains ont pu circuler 19 minutes sur la même voie sans qu’aucun système de sécurité ne l’empêche. C’est un cheminot, chef de gare, qui a été condamné pour négligence. Mais concernant les causes réelles de l’incendie survenu suite au crash ou la mauvaise qualité du réseau ferroviaire, aucune avancée n’a été constatée, malgré les promesses du gouvernement. Comme le disait un des organisateurs des manifestations : « Nous sommes ici aujourd’hui pour protester pour les 57 morts, pour protester contre le crime qui a eu lieu à Tempi, mais aussi contre la politique qui place les profits en premier et les vies humaines en second. »

… d’après le bulletin SNCF Quatre Mares (Rouen)

Les corps de 28 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont été découverts près d’un centre de détention « illégal », dans la région de Koufra, dans l’extrême sud-est du pays. Les cadavres ont été retrouvés après une opération des forces de sécurité dans ce centre tenu par un réseau de trafiquants d’êtres humains, où étaient séquestrés 76 migrants originaires d’Afrique subsaharienne. Fin janvier, le bureau du procureur général, basé à Tripoli, avait ordonné l’incarcération de deux membres d’une bande criminelle accusée de torture à l’encontre de 263 migrants africains en situation irrégulière, dans le but d’extorquer des rançons. Ces migrants passent par la Libye dans l’espoir de gagner les côtes italiennes, de l’autre côté de la Méditerranée. Ils sont la proie non seulement des trafiquants de toutes sortes mais aussi des autorités, légales ou rebelles (car le pays est divisé en deux gouvernements rivaux), qui subissent des pressions constantes de l’Union européenne pour bloquer les migrations par tous les moyens. C’est là le terreau sur lequel prospère le martyr des migrants.

Interrogé plusieurs fois par des journalistes, François Bayrou a affirmé qu’il n’avait jamais été au courant du scandale qui secoue depuis maintenant plusieurs années l’institution Notre-Dame-de-Betharram, un lycée-collège catholique situé entre Pau et Tarbes et qui accueille plusieurs centaines d’élèves. Pourtant le parquet de Pau mène l’enquête depuis un an sur plus de 100 plaintes pour violences, agressions sexuelles et viols, qui auraient été commis dans l’établissement. En 1998, un ancien directeur, l’abbé Carricart, s’était suicidé après avoir été inculpé pour viol et écroué. Et pendant toute cette période, Bayrou, élu local de la région, puis ministre de l’Éducation nationale et enfin maire de Pau ignorait tout du scandale. Il n’en savait rien malgré le fait que plusieurs de ses enfants étaient scolarisés sur place et que sa femme y enseignait… le catéchisme. Comment dit-on en béarnais se moquer du monde ?

À l’occasion du sommet sur l’intelligence artificielle (IA), qu’il vient d’organiser à Paris, Emmanuel Macron a annoncé des investissements de 109 milliards d’euros dans les prochaines années en ajoutant fièrement : « C’est l’équivalent pour la France de ce que les États-Unis ont annoncé avec Stargate. » Mi-janvier, Donald Trump avait lancé un programme de 500 milliards de dollars d’investissements dans l’IA dans le cadre du projet Stargate (la Porte des étoiles). Mais Macron veut aller plus loin en permettant à la France et à l’Europe de faire, à terme, jeu égal avec Washington et Pékin. En fait ces gens-là sont moins intéressés par les immenses progrès que l’IA devrait permettre – et permet déjà – dans des secteurs comme la médecine, la recherche ou l’enseignement, bref l’amélioration de la vie quotidienne, que par la compétition farouche qui les oppose pour permettre à leurs entreprises nationales de réaliser d’immenses profits et à leurs armées de disposer d’armes toujours plus mortelles et sophistiquées. En système capitaliste, tout progrès n’est envisageable que sous la forme de profits pour un petit nombre.

L’assassinat de Louise, une collégienne de 11 ans, retrouvée morte dans un bois à proximité de son établissement scolaire à Épinay-sur-Orge, dans l’Essonne, a soulevé une indignation légitime dans l’opinion. L’extrême droite a profité de l’occasion pour fourguer sa camelote raciste. Un couple avait été interpellé peu après le meurtre puis relâché et mis hors de cause. Le média d’extrême droite Frontières avait nommé explicitement l’homme brièvement interpelé, mentionnant son « origine nord-africaine », alors que sa compagne n’était qu’évoquée. L’article, mis à jour, indique que le couple a été relâché… mais le nom demeure. Le Journal du dimanche a évoqué, de son côté, un suspect de « type nord-africain », donnant le prénom et l’initiale du nom de famille des deux personnes. Information reprise par CNews. Pour ces gens-là, tous les prétextes sont bons pour désigner les immigrés – ou supposés tels – à la vindicte populaire. Une bande de charognards…

Sommé par la justice de publier ses comptes avant le 13 février, le Groupe Bernard Hayot (GBH) vient d’annoncer un bénéfice net de 227,4 millions d’euros pour 2023, en hausse de 11 % par rapport à l’année précédente et un chiffre d’affaires de 4,945 milliards d’euros. Basé en Martinique et présent dans de nombreux territoires ultramarins, ce groupe familial de békés (descendants des colons esclavagistes) jouit d’un monopole de la grande distribution qui lui permet de réaliser des marges faramineuses, dénoncées par le mouvement contre la vie chère en Martinique.

L’Assemblée nationale a adopté un texte qui limite à nouveau le droit du sol à Mayotte. Désormais un enfant né dans l’île ne pourra obtenir la nationalité française que si ses deux parents (et non plus un seul) peuvent prouver une résidence régulière sur le sol français, au moment de la naissance de l’enfant, depuis au moins trois ans (et non plus trois mois). Lors des débats, la macronie, la droite et l’extrême droite se sont livrées à une surenchère sur le sujet. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a estimé pour sa part que désormais « le débat public doit s’ouvrir sur le droit du sol » en Métropole. Bayrou a abondé dans le même sens en voulant élargir le débat à toutes les formes d’immigration. De quoi jeter de l’huile sur le feu en attisant les sentiments racistes et xénophobes d’une partie grandissante de la population. Un fléau qu’il faut combattre.

Les élections aux chambres d’agriculture, qui viennent de se dérouler dans 88 départements, ont vu une très nette poussée de la Coordination rurale (CR), une organisation syndicale qui ne cache pas ses liens avec l’extrême droite, notamment le Rassemblement national. Elle se renforce aux dépens de la coalition FNSEA-Jeunes agriculteurs, très introduite dans les milieux du pouvoir et représentant les grandes exploitations, l’agrobusiness et les coopératives liées à la grande distribution. Adepte des opérations coups de poing, des blocages des préfectures et des autoroutes, la CR se distingue des syndicats majoritaires par le radicalisme de ses actions tout en partageant avec eux un objectif : détourner la colère et le désespoir des centaines de milliers de paysans qui ne s’en sortent plus des véritables responsables de cette situation (trusts des engrais, des machines agricoles, grandes banques qui les étranglent) et la diriger vers les normes environnementales et les fonctionnaires chargés de les faire respecter. Une démagogie payante à court terme mais qui ne résoudra en rien les problèmes du monde agricole. Quant à la Confédération paysanne, classée à gauche, elle récolte en moyenne environ 20 % des suffrages et présidera les chambres de l’Ardèche, de Guyane et de Mayotte.