Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

« L’impunité fiscale des milliardaires, c’est terminé », a fanfaronné la députée écologiste Eva Sas. Elle venait de faire voter une taxe sur le patrimoine des 1 800 ultra-riches de France censée rapporter 15 à 25 milliards (on apprécie la précision…) d’euros par an.Victoire ? Le Sénat va faire barrage à la loi. Et le gouvernement s’apprête à lui substituer une autre taxe sur les riches dix fois plus faible. On a connu des victoires plus « victorieuses »…

Le président américain continue sa croisade contre les mots qui fâchent et qui pour lui sont autant d’exemple de la prétendue culture « woke », c’est-à-dire subversive car elle met l’accent sur les injustices sociales et la défense des droits des minorités. Dans sa ligne de mire des termes qui évoquent les questions de genre et de l’insertion (LGBT, femme, féminisme…), le racisme (discrimination raciale), le dérèglement climatique (émissions de gaz à effet de serre, justice environnementale, ou simplement climat), etc. Ces mots sont désormais absents des sites de l’administration fédérale et des pages entières ont été supprimées. Cette censure vise aussi les médias. Ainsi l’agence de presse Associated Press est désormais interdite à la Maison-Blanche pour avoir continué d’employer le terme « golfe du Mexique » au lieu de « golfe d’Amérique » décidé par Trump. Cela rappelle fortement « 1984 » le roman d’anticipation de l’écrivain britannique George Orwell, paru en 1949, où ce dernier imagine une société cauchemardesque dont les autorités veulent imposer un nouveau langage, la « novlangue », qui éliminerait tous les mots pouvant être utilisés pour concevoir et formuler des idées critiques ou subversives. Trump n’a donc rien inventé, mais peu de chances que ses dingueries linguistiques empêchent les mobilisations de celles et ceux qu’il attaque tous les jours.

Le Conseil fédéral suisse vient de reconnaitre que les autorités du pays avaient bien commis, au siècle dernier, un « crime contre l’humanité » à l’encontre des gens du voyage appartenant aux minorités Yéniches et Sintés-Manouches dans le cadre d’un programme dit « Œuvre des enfants de la grand-route ». La mise en pratique de ce programme a conduit, entre 1926 et 1981, à retirer à leur famille au moins 2 000 enfants placés de force dans des foyers, des familles d’accueil, des maisons de correction, voire des asiles psychiatriques souvent avec la complicité d’organisations caritatives religieuses. Certains adultes ont été mis sous tutelle, enfermés dans des institutions, interdits de mariage ou stérilisés de force. Au total, ces mesures racistes de coercition ont frappé plus d’une centaine de milliers d’enfants et d’adultes issus de ces minorités. Et si certaines victimes ont été indemnisées, aucun des responsables de ce crime odieux n’a été poursuivi.

Dans une interview accordée au quotidien l’Humanité, Karine Jacquemart, directrice générale pour la France de l’association de défense des consommateurs Foodwatch (Veille alimentaire), affirme que le tiers de la population n’a pas les moyens de se nourrir correctement. D’abord en raison « d’un système agroalimentaire verrouillé, avec une production intensive dépendante et qui nous rend dépendants de pesticides de synthèse, d’engrais de synthèse et de ses importations. Et ce au détriment de la biodiversité, des sols, des eaux souterraines, y compris les plus profondes censées être les eaux minérales et les eaux de source… » L’impact est négatif, sur la santé des agriculteurs en premier lieu, mais aussi sur celle des consommateurs. Ensuite parce que « les cinq plus grandes enseignes de la grande distribution (qui) contrôlent 80 % du marché alimentaire… déterminent quels produits vont être accessibles ou pas dans les rayons des supermarchés et à quel prix ». Conséquence : à l’autre bout de la chaîne, des millions de consommateurs se trouvent en insécurité alimentaire alors qu’un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Autant de bonnes raisons de se débarrasser de l’agriculture capitaliste et de la remplacer par une autre respectueuse de la terre, de l’environnement, des consommateurs et des agriculteurs eux-mêmes.

À la fin de l’année entrera en vigueur la prise en charge intégrale des fauteuils roulants par la Sécurité sociale. Une bonne nouvelle pour les handicapés qui attendent l’application de cette loi depuis son adaptation par le Parlement… en 2005. Le projet figurait également dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 2020 mais rien ne s’était concrétisé. L’APF France handicap (anciennement Association des paralysés de France) a salué cette bonne nouvelle tout en restant vigilante quant à sa future application. Car elle est bien placée pour savoir que les personnes souffrant d’un handicap ne sont pas une priorité pour nos gouvernants qui, le plus souvent, les laissent se dérouiller avec les moyens du bord.

Depuis deux semaines il ne se passe pratiquement pas un seul jour sans que de nouveaux témoignages d’anciens élèves, d’enseignants ou de magistrats viennent confirmer que François Bayrou, son épouse, voire certains de ses enfants scolarisés dans l’établissement, étaient au courant des violences physiques et sexuelles dont étaient victimes les enfants de cette institution catholique. Bayrou s’enfonce en essayant vainement de « mouiller » ses prédécesseurs. Il n’a pas convaincu grand monde sauf… Macron. Ce dernier a déclaré : « Le Premier ministre a répondu à toutes les questions sur ce sujet avec beaucoup de clarté. » Défense de rire !

La campagne anti-migrants de la droite, de l’extrême droite et du gouvernement continue. Cette fois au Sénat. La Chambre haute a en effet adopté par 227 voix contre 110 une proposition de loi présentée par les centristes visant à interdire le mariage aux étrangers en situation irrégulière. Un projet de loi en contradiction avec la jurisprudence adoptée ces dernières années par le Conseil constitutionnel et la législation européenne. Mais qu’importe. L’important est la surenchère des différentes tendances de la droite pour apparaitre comme étant plus opposée aux migrants que ses concurrentes.

La cour d’appel de Paris a décidé de reporter au 19 juin sa décision de libérer le militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah, en prison depuis 40 ans. Il avait été condamné à perpétuité pour sa complicité présumée dans l’assassinat d’un attaché militaire américain et d’un agent du Mossad travaillant à l’ambassade israélienne à Paris. La cour conditionne cette libération à l’indemnisation des parties civiles. Ce qu’Abdallah se refuse à envisager. La situation est d’autant plus ubuesque qu’il n’a aucun revenu. Rappelons que Washington et Jérusalem se sont toujours opposés à sa libération et que le gouvernement français a toujours été sensible à ces pressions. Raison de plus pour continuer à se battre pour qu’il recouvre sa liberté.

C’est aujourd’hui que s’ouvre à Paris le Salon international de l’agriculture. Au moins 600 000 visiteurs sont attendus à cette manifestation qui couvre 16 000 hectares et accueillera plus de mille exposants et 4 000 animaux d’élevage. Un absent de marque cette année encore : l’Office français de la biodiversité (OFB) qui dépend des ministères de l’Environnement et de l’Agriculture et est censé faire respecter dans les campagnes un minimum de règles touchant à la protection de la nature. Mais, depuis quelques années, l’OFB et ses agents sont devenus la bête noire des syndicats agricoles (FNSEA et Coordination rurale) qui en ont fait un bouc émissaire facile de la colère paysanne. Bayrou lui-même, dans son discours de politique générale, par pure démagogie et pour flatter le monde rural, a enfoncé le clou, accusant l’OFB « d’humilier les agriculteurs ». Avec un tel gouvernement, l’agrobusiness et les principaux pollueurs des campagnes se sentent pousser des ailes.