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Brèves

L’actualité en bref

Lundi 3 février, après l’adoption du budget de l’État, François Bayrou a utilisé une seconde fois le 49.3 – qui permet de faire adopter un texte sans l’aval du Parlement – pour faire passer la première partie du budget de la Sécurité sociale. Il prenait d’autant moins de risque que le Parti socialiste avait fait voir par avance qu’il ne voterait pas la motion de censure déposée par la France insoumise. Une petite gué-guerre qui permet aux amis de Mélenchon de s’affirmer « radicaux » à bon compte et à ceux d’Olivier Faure de montrer patte blanche à Bayrou et à Macron. Un cirque parlementaire d’où il ne peut rien sortir de bon pour les travailleurs.

Le président américain vient d’annoncer une très forte augmentations des droits de douane de +25 % pour le Canada (suspendu un mois) et le Mexique, et de +10 % pour la Chine. Il a promis que des mesures similaires ne tarderaient pas à être prises à l’égard des pays de l’Union européenne (UE). Première conséquence : aux États-Unis, on a annoncé une très forte augmentation du coût des maisons individuelles, le bois pour les construire provenant principalement du Canada et le plâtre du Mexique. Et les exemples de ce type vont se multiplier, faisant supporter les conséquences de cette politique, qui avantage certains groupes capitalistes, aux classes populaires. Paris se veut en pointe au sein de l’UE pour riposter à des mesures semblables. Mais là encore le coût en sera payé par les plus pauvres. La classe ouvrière n’a rien à faire dans cette guerre commerciale entre pays capitalistes dont elle risque d’être, au final, la grande perdante.

Le site d’investigation en ligne Blast a obtenu la preuve que des agents immobiliers israéliens proposent, à Paris, des biens construits au cœur des territoires palestiniens dans les colonies juives. Ces ventes se font par l’intermédiaire d’un « salon de vente dédié aux Juifs en France qui envisagent de venir vivre en Israël », dénommé Icube et organisé par l’agence de marketing Garkan de Tel Aviv. Il a lieu chaque année et s’est tenu en mars et novembre derniers dans les très chics « Salons Hoche » dans le 8e arrondissement de la capitale. Des journalistes de Blast se sont fait passer pour des acheteurs potentiels pour finalement se voir offrir un des 900 appartements en construction dans un projet immobilier baptisé Kedem, et situé dans la colonie Avnei Hefetz, en plein cœur de la Cisjordanie. Malgré les condamnations récurrentes par les autorités françaises des projets de colonisation des territoires palestiniens et des velléités d’expulsion de leur population, ni la préfecture de police de Paris, ni le ministère des Affaires étrangères n’ont réagi à ces ventes. Ou plutôt, la préfecture s’est contentée de mettre en place un périmètre de sécurité… pour assurer la bonne tenue de l’événement. Un résumé de la politique hypocrite des gouvernants dans la région.

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, était en Italie pour visiter, dans un quartier périphérique de Rome, la prison de Rebbibia. Cet établissement pénitentiaire a la particularité d’héberger une cinquantaine de détenus soumis à l’article 41 bis du code pénitentiaire italien, connu sous les termes de « carcere duro » (« prison dure »). Ce régime carcéral s’applique de manière dérogatoire, sur décision du ministère de la Justice, à des prisonniers poursuivis ou condamnés pour des crimes graves, en lien avec la mafia dans la très grande majorité des cas. Darmanin veut, parait-il, s’en inspirer pour regrouper les cent plus gros narco-trafiquants de l’Hexagone dans un établissement de haute sécurité d’ici la fin du mois de juillet. Sauf qu’avec ou sans la prison de Rebbibia les mafias locales (sicilienne, calabraise, napolitaine, sarde, etc.) ne cessent de prospérer, s’immiscent dans les interstices de la société capitaliste et dans le monde politique. Elles réaliseraient, selon certaines estimations, un chiffre d’affaires annuel qui dépasserait les 90 milliards d’euros. Car enfermer les criminels, même les pires, n’empêche pas le crime de prospérer. Darmanin a du pain sur la planche.

La 52e édition du festival de la bande dessinée vient de se terminer. L’occasion de rappeler que l’an dernier une ancienne responsable de la communication avait saisi les prud’hommes après avoir été licenciée pour faute grave. Son crime : avoir dénoncé le viol sous influence chimique dont elle avait été victime lors d’une soirée en marge de la manifestation. Ce qui, pour la direction de la manifestation, constituait un « comportement incompatible avec l’image de l’entreprise ». Quant à sa responsable des ressources humaines, elle lui avait conseillé, plutôt que de contacter la gendarmerie ou d’aller voir un médecin… de prendre la pilule du lendemain. Ce n’est là qu’un des nombreux scandales qui touchent la société 9e Art+, organisatrice de l’évènement et qui ont conduit le ministère de la Culture à intervenir alors que plusieurs participants, dont les éditions Dargaud, évoquent ouvertement la possibilité de boycotter l’an prochain une manifestation devenue sulfureuse.

Le ministère de l’Éducation nationale a informé les établissements scolaires que la part collective dédiée au Pass Culture — et qui permet aux enseignants d’organiser des activités culturelles (théâtre, sortie, cinéma..) pour leurs élèves — était rabotée et gelée à 50 millions d’euros entre janvier et juin, auxquels s’ajouteront 22 millions pour le reste de l’année, soit un total de 72 millions contre 94 millions d’euros en 2024. Le secrétaire général du SDPDEN-Unsa a dénoncé « un hold up » tandis que la CGT Éducation soulignait le fait que « les actions qui n’ont pas été validées ce 31 janvier ne pourront plus être financées sur la part collective ! Les équipes ont été totalement prises au dépourvu et mises devant le fait accompli ». De son côté la Fédération nationale des conseils de parents d’élèves a dénoncé « une décision unilatérale, subite et incompréhensible (…) qui méprise l’engagement sans faille des enseignants à organiser ces sorties pédagogiques ». Un nouveau mauvais coup porté à l’éducation.

La ministre de la Culture, Rachida Dati, a annoncé que la Cinéscénie, le spectacle nocturne du parc vendéen du Puy-du-Fou, créé par le très droitier Philippe de Villiers, sera désormais accessible aux jeunes via le Pass Culture. C’est une mesure qui était demandée de longue date par le Rassemblement national et Les Républicains. Le parc à thème vendéen est connu pour ses spectacles réactionnaires, dont la teneur historique est contestée par tous les historiens sérieux. Normalement les parcs d’attraction ne sont pas éligibles au Pass Culture mais on fait une exception pour celui du royaliste vicomte Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon qui, ces dernières années, s’est montré un fidèle soutien de Macron et dont l’ancien bras droit, un certain Bruno Retailleau, est devenu ministre de l’Intérieur. Informé de la nouvelle, le président du parc, Nicolas de Villiers, (le fiston de l’autre) s’est écrié sur CNews : « Nous sommes heureux d’être considérés comme un haut lieu culturel français ». Pauvre culture !

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, avait attaqué en justice le quotidien Libération qui, après une enquête fouillée, avait mis en doute la réalité son travail d’assistant parlementaire au Parlement européen. Mal lui en a pris. Au cours de l’audience de la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, spécialisé dans les affaires de presse, preuves et témoignages se sont multipliés pour démontrer le sérieux de l’investigation et le fait que Bardella avait occupé un poste bidon tout en se faisant rémunérer par Bruxelles. Il a préféré ne pas venir au tribunal, sans doute pour échapper aux questions gênantes des magistrats et des avocats de la défense. La procureure a demandé la relaxe du journal. Et, si elle est suivie par la Cour, soyons sûr que Bardella dénoncera le laxisme de la justice.

Le projet de loi des Finances, adopté en commission mixte paritaire sénateurs-députés, maintient l’abaissement à 90 % (au lieu de 100 %) de l’indemnisation en cas d’arrêt maladie, le gel du point d’indice pour 2025, après une année blanche en 2024, et la suppression de la prime de garantie individuelle de pouvoir d’achat (Gipa), un filet de sécurité contre l’inflation. Les syndicats se sont dits « surpris » par ces annonces alors qu’à l’issue des réunions bilatérales organisées début janvier par leur nouveau ministre, Laurent Marcangeli, ils s’étaient dits « rassurés » par ses engagements à respecter le dialogue social. Comme quoi, une fois de plus, les bureaucrates syndicaux se sont faits trimballer. Seul point positif, si l’on peut dire : la concession du gouvernement d’abandonner les trois jours de carence en cas d’arrêt maladie est maintenue. Une concession arrachée au prix d’une mobilisation des fonctionnaires dans la rue en décembre dernier. La voie à suivre.