Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le 2 mai, le gouvernement a précisé les modalités concernant une prime carburant de 50 euros. Outre un montant ridicule en comparaison de la hausse des prix, cette aide ne s’adresse qu’aux salariés dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 16 880 euros par part. C’est-à-dire en dessous d’un Smic annuel. Une façon de dispenser les patrons des indispensables augmentations de salaire, ne serait-ce que pour permettre aux travailleurs précaires de continuer à venir les enrichir.

François Ruffin, député de la Somme et ex-insoumis, est candidat de gauche auto-proclamé à la présidentielle de l’an prochain. Désireux sans doute de faire parler de lui et de se démarquer de ses concurrents potentiels, il veut créer le buzz. Dernière en date de ses sorties : invité de BFMTV/RMC, il a déclaré : «  Je refuse le plan d’importation massive de main-d’œuvre étrangère ». Quelques jours plus tôt, il s’était dit « hostile à l’immigration pour le travail ». Il avait pris l’exemple de l’hôpital et déploré que le système de santé repose en grande partie sur « des médecins algériens, tunisiens, roumains. » On frise la xénophobie. Ruffin s’en défend en affirmant qu’il faut d’abord s’occuper des immigrés qui sont sur place avant d’en faire venir d’autres. Sauf que les choses ne fonctionnent pas ainsi. Nombre de migrants venus trouver du travail ici sont clandestins et la politique préconisée par Ruffin consisterait à leur fermer la porte au nez. Très peu pour nous !

Légère cacophonie à la direction du Rassemblement national concernant l’éventuelle taxation des cinq milliards de sur-profits engrangés par TotalEnergies depuis le début de la crise pétrolière. Quelques heures avant de se retrouver à Mâcon (Saône-et-Loire) pour une « Fête de la Nation » les deux têtes du parti d’extrême droite ont affiché des positions quelque peu divergentes sur la question. Invité de BFMTV, Jordan Bardella s’est dit très mesuré à l’égard d’un tel mécanisme, expliquant, en résumé, qu’inventer « des taxes et des impôts dans un pays qui a 46 % de prélèvements obligatoires » n’était pas sa « priorité. ». Moins de dix minutes plus tôt, sur les réseaux sociaux, Marine Le Pen affirmait que pour elle, « il est normal que les pétroliers contribuent à l’effort national par une taxation exceptionnelle sur les surprofits » qu’ils ont réalisés. Il s’agit d’une « mesure de justice sociale, que nous défendons depuis des années », a-t-elle poursuivi en relayant une vidéo de 2024, dans laquelle elle exprimait déjà la même position. Mais en fait ce n’est pas très grave. Car si demain il arrive aux affaires le Rassemblement national n’aura qu’un seul programme économique : celui que lui dicteront les patrons.

De nombreux syndicats et associations avaient appelé aux rassemblements du 1er mai sous le slogan « Pain, Paix, Liberté ». À Istanbul, où les manifestants étaient les plus nombreux, la police est intervenue violemment pour les disperser. Deux cortèges distincts, venus des quartiers de Mecidiyeköy et de Besiktas, devaient se rejoindre sur l’emblématique place Taksim, haut lieu des manifestations et de la contestation. La police les en a empêchés par tous les moyens : barrières, gaz lacrymogènes, charges violentes, matraquages etc. Finalement une soixantaine de manifestants ont été arrêtés alors que certains criaient : « USA assassin, AKP (le parti au pouvoir) complice ». A noter que dès le début de la semaine, les autorités turques avaient procédé à plusieurs dizaines d’arrestations en amont du 1er Mai, notamment dans les milieux de la presse et des mouvements d’opposition au président Recep Tayyip Erdogan.

Le 1er mai le traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur est finalement entré en vigueur. Cet accord commercial, fruit de plus de 25 ans de négociations, est supposé créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs. Concrètement les droits de douane sur les voitures, le vin ou les produits pharmaceutiques que l’UE exporte vers l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay sont supprimés ou réduits alors que dans l’autre sens des produits comme le bœuf, le sucre, les riz, le miel ou le soja sud-américains entreront plus facilement sur le Vieux Continent. Un accord auquel s’oppose toujours Paris, qui continue de multiplier les recours contre son application, mais qui est chaleureusement accueilli par Berlin. Un exemple de plus que l’Union européenne n’a pas fait disparaitre la concurrence et la guerre larvée que se livrent entre eux les principaux pays membres.

La Jeune Garde, le collectif antifasciste lyonnais, était visé par un décret de dissolution pris à son encontre en juin 2025 par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Ses responsables avaient interjeté appel devant le Conseil d’État. Ce dernier a estimé que la décision du gouvernement d’alors était « adaptée, nécessaire et proportionnée à la gravité des atteintes portées à l’ordre public ». Une décision qui conforte la droite et l’extrême droite qui avaient applaudi à cette dissolution tout en minimisant la violence des groupuscules fascisants et de leurs soutiens auprès de toute une frange de la classe politique. Alors bien sûr la lutte contre le Rassemblement national et l’extrême-droite ne se résume pas à des combats de rue et nécessite la participation consciente du plus grand nombre possible de travailleurs. Mais criminaliser ceux qui s’opposent physiquement à la violence des nervis fascistes et à leurs idées racistes, xénophobes, masculinistes ou homophobes, ne fait que donner du grain à moudre à ces derniers.

Les 58 navires de la flottille humanitaire Global Sumud, qui s’étaient donnés pour but de tenter de forcer le blocus naval de Gaza, en vigueur depuis 2007, pour apporter des biens de première nécessité à ses habitants, ont été attaqués le 30 avril par la marine de guerre israélienne alors qu’ils se trouvaient dans les eaux internationales, au large de l’île grecque de la Crète. Des commandos israéliens sont montés à bord des bateaux pour les endommager et les mettre hors service et 175 militants humanitaires ont été enlevés et débarqués de force en Crète après un accord entre Jérusalem et Athènes. Ils devraient être rapatriés dans leurs pays d’origine. Des manifestations contre cet acte de piraterie ont été organisées le jour même à Paris, Marseille, Rennes, Grenoble, Rouen et se tiendront également ce weekend dans de nombreuses villes.

C’est Le Canard enchaîné qui a révélé l’information. Suite à l’appel de Macron au réarmement civique de la jeunesse, plusieurs grandes écoles ont décidé de renforcer leurs liens avec les poids lourds de l’industrie d’armement et l’armée. À l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences-Po) le directeur, Luis Vassy, a annoncé la création d’un centre de recherche dédié aux relations internationales et aux études de défense et de sécurité. Un « comité exploratoire » composé de 23 membres a été désigné pour le mettre en place. Il est coprésidé par l’ancienne ministre des Armées, Florence Parly, et compte parmi ses membres Ross McInnes, président de Safran et Alexis Morel, vice-président de Thales. Quant à l’École des mines, déjà sous tutelle du ministère des armées, son conseil d’administration est désormais présidé par Olivier Andriès, directeur général de Safran. De son côté l’École polytechnique a vu Pascale Sourisse, directrice générale chargée du développement chez Thalès, entrer au conseil d’administration. Enfin l’Institut polytechnique de Paris, qui regroupe six grandes écoles d’ingénieurs, a inauguré les « Chaires des hautes études pour la souveraineté », une initiative placée sous le patronage… de la Direction générale de l’armement du ministère des Armées. Si avec tout ça les futurs ingénieurs n’apprennent pas à marcher au pas…

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), qu’on appelait plus simplement autrefois des maisons de retraite, sont au nombre de 7 400 dans le pays, pour beaucoup propriété de grands groupes privés comme Orpea et Korian. Ils sont régulièrement touchés par des scandales concernant les locaux décrépis, le personnel en sous-effectif, la nourriture, voire la maltraitante de personnes âgées. Et les pouvoirs publics laissent largement faire. Pas tout à fait. Ils viennent de prendre l’initiative de créer… un label de qualité dénommé « Maisons France Autonomie » qui sera décerné aux meilleurs d’entre eux. Selon quels critères ? Mystère. Une mesure qui ne coûtera pas un rond et qui ne devrait pas changer grand-chose à la situation des pensionnaires et du personnel.