Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Cela fait quatre mois que les assurés des deux départements ne perçoivent plus leurs indemnités en temps et en heure et que les employés se démènent pour en régler le plus possible manuellement. Tout vient du logiciel Arpège, mis en place à la rentrée et déjà connu pour ses bugs dans la gestion des dossiers des indépendants. Pour la Cnam, tout va bien et des correctifs vont régler le problème, mais sur le terrain on sait que les correctifs mènent souvent à d’autres bugs. Ni la détresse financière des usagers, ni les conditions de travail des agents qui les accompagnent ne la font réagir. L’argent investi pour Arpège est compris entre 37 et 56 millions d’euros, versés au prestataire privé Sopra Steria. Plutôt que d’embaucher à des salaires décents des informaticiens qualifiés, en lien avec le terrain et capables de réagir en direct, la Sécu préfère dépenser son budget pour enrichir une grosse boîte du privé. Pour dénoncer cette situation insoutenable, des employés se sont mis en grève et se sont rassemblés mardi 28 janvier devant les CPAM de Nantes, Saint-Nazaire et la Roche-sur-Yon.

… d’après le bulletin Caisse d’allocations familiales (Nantes)

Deux hommes, condamnés pour leur appartenance à l’Organisation des moudjahidines du peuple, un groupe d’opposition interdit dans le pays, sont sous la menace d’une exécution « imminente », ont alerté plusieurs groupes de défense des droits humains dont Iran Human Rights, une organisation basée en Norvège. Behrouz Ehsani, 69 ans, et Mehdi Hassani, 48 ans et père de trois enfants, ont été transférés de la prison d’Evin à Téhéran à celle de Ghezel Hesar, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale, devenue depuis quelques années un lieu notoire d’exécutions. Les deux hommes avaient été condamnés en septembre 2024 pour « rébellion » et « corruption sur Terre », l’un des chefs d’inculpation les plus graves en Iran. Selon Amnesty International, six autres prisonniers accusés d’appartenir aux Moudjahidines du peuple, et condamnés à mort en novembre, risquent également d’être exécutés. Au moins 901 personnes ont été exécutées en 2024 et au moins 73 depuis le début de l’année. La boucherie orchestrée par les ayatollahs continue.

Sans surprise, le Sénat, où la droite dispose d’une majorité écrasante, a voté la réintroduction des néonicotinoïdes, des insecticides tueurs d’abeilles et d’autres insectes, interdits depuis 2018 pour préserver l’environnement. Il s’agit, parait-il, de conforter les filières de la betterave à sucre et de la noisette qui n’auraient pas d’alternatives. Dans le même élan la chambre haute s’est prononcée pour la construction des mégabassines utilisées dans l’agriculture intensive. Des propositions de loi présentées par Laurent Duplomb (Les Républicains), ancien responsable de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire aux mains de l’agrobusiness. Ce syndicat, de concert avec la Coordination rurale, proche de l’extrême droite, détourne la colère et le désespoir de nombre d’agriculteurs contre les normes environnementales pour ne pas s’en prendre aux véritables responsables de leurs problèmes : les trusts des engrais, des machines agricoles, les groupes de la grande distribution et certaines coopératives qui les étranglent. La ficelle est un peu grosse.

Catherine Séguin, la préfète, a décidé de saisir la justice administrative pour faire annuler le congé menstruel et le congé deuxième parent, mis en place par plusieurs communes de gauche du département comme la ville et la métropole de Grenoble et celles limitrophes d’Échirolles et Seyssinet-Pariset. Adoptés ces derniers mois, ces dispositifs permettent aux employées d’avoir des jours de congé en cas de règles douloureuses, mais aussi en cas d’interruption de grossesse, ou de pouvoir aligner le congé du deuxième parent sur le congé maternité après une naissance. Pour la représentante locale de l’État, ces mesures constituent « une rupture d’égalité et de parité » entre agents. Déjà en novembre dernier, la préfecture de Haute-Garonne avait fait suspendre le congé menstruel mis en place dans plusieurs villes, dont Toulouse. Plus que jamais, l’obtention de droits pour les femmes est un combat.

Le musée du Louvre est dans un état de décrépitude avancé. Pour trouver les financements nécessaires à sa réhabilitation, Macron a annoncé une nouvelle tarification différenciée, « plus élevée pour les visiteurs étrangers venus de pays non-membres de l’UE ». À l’heure actuelle, le billet d’entrée, qui donne accès aux expositions temporaires et permanentes, coute le même prix qu’on soit français, européen ou originaire d’un autre continent. L’an dernier, le musée a compté près de neuf millions de visiteurs dont 80 % d’étrangers. À partir du 1er janvier 2026 cela devrait changer. Le billet ne sera plus valable pour toutes les expositions et, par exemple, pour voir la Joconde, il faudra payer un supplément. Et ce n’est qu’un début. S’adressant à la ministre de la Culture, Rachida Dati, présente lors de son allocution, le président de la République lui a déclaré : « Madame la ministre, ce projet permettant de moduler les droits d’entrée aura vocation à s’appliquer à d’autres musées et monuments. » C’est une conception mercantiliste de la culture. Les musées et autres lieux culturels devraient être ouverts gratuitement à tous et à toutes, quelle que soit leur nationalité. Mais pour cela il faudrait consacrer plus d’argent à la culture et moins à l’armement.

Interviewé sur LCI, le Premier ministre a souligné comprendre le « sentiment de submersion » que ressentirait une partie de la population par rapport aux migrants. Aussitôt, sur France Inter, Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national, a affirmé fièrement : « Je pense qu’on a gagné depuis très longtemps la bataille idéologique. » Car Bayrou reprend à son compte un fantasme véhiculé par l’extrême droite depuis au moins la fin du 19e siècle : celui d’un pays envahi et noyé par des étrangers venus en masse diluer son identité, voire l’en dépouiller. Qu’importe que cette affirmation soit complètement bidon et contredite par toutes les statistiques. Pour se maintenir à flot, Bayrou tente de surfer sur les sentiments xénophobes d’une partie de l’opinion. Toute honte bue. C’est sans doute ce que Macron entend par « l’universalisme de la France ».

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a été réélu pour un septième mandat de cinq ans avec 87,6 % des voix. Il dirige le pays d’une main de fer depuis 1994 avec le soutien de Poutine. La commission électorale, à sa botte, comme les autres organes de l’État, a annoncé un taux de participation de 81,5 %, sur les 6,9 millions de citoyens appelés aux urnes. Il faut dire que tous les médias qui ne lui sont pas favorables sont interdits, que la cheffe de file de l’opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, a été forcée de partir en exil en Pologne alors que son mari était emprisonné. Lors d’une conférence de presse tenue à Minsk à l’issue du scrutin, Loukachenko a reconnu sans complexe : « Nous avons une démocratie brutale au Bélarus [en Biélorussie]. » S’il est facile de voir en quoi le régime est brutal, dictatorial même, par contre son côté démocratique ne saute pas aux yeux.

À l’appel du collectif « J’accuse » et de la Fédération Etorkin-Diaketé, qui fédère des comités de soutien aux migrants, 2 500 personnes ont manifesté entre Irun (Espagne) et Hendaye (France) en soutien à sept militants qui doivent être jugés le 28 janvier à Bayonne pour avoir aidé 36 réfugiés à franchir clandestinement la frontière lors d’une course festive en défense de la langue basque en mars 2024. Les participants ont rendu hommage aux 10 457 personnes mortes aux portes de l’Europe l’an dernier et aux neuf qui ont perdu la vie à la frontière franco-espagnole. De nombreuses personnes ont signé un texte affirmant qu’elles s’engageaient elles-mêmes à aider des migrants en situation irrégulière. Et partout le même cri en basque, en français et en espagnol : « Qu’ils nous accusent, nous les accusons en retour par leur inhumanité. »

Encore un mauvais coup contre les jeunes étrangers. La direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement, qui dépend de la préfecture (donc du ministère de l’Intérieur), vient de mettre fin à sa contribution (75 % du total) au dispositif « urgence lycéen » qui permettait à des jeunes étrangers de trouver refuge dans une chambre ou un appartement. De son côté, la mairie abondait pour 466 000 euros au programme. Cette décision signe la fin d’un projet qui a permis depuis 2015 à plus d’un millier de jeunes de trouver un hébergement à Paris et en proche banlieue. Ces jeunes bénéficiaient aussi d’un suivi social (régularisation, santé, école et formation, hébergement) et d’un accompagnement éducatif. Désormais ils seront dirigés vers des dortoirs franciliens, voire des sas d’accueil temporaire en province, même si cela les force à interrompre leurs études. Retailleau a encore frappé.