Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

En pleine crise humanitaire, sanitaire, économique et sociale à Mayotte, le Premier ministre désigné, François Bayrou, a d’autres priorités. Il n’a pas assisté à la réunion de crise sur la question qui s’est tenue, autour d’Emmanuel Macron, au ministère de l’Intérieur à Paris. Il avait une urgence ailleurs : animer la réunion du conseil municipal de Pau qui se tenait au même moment et qui n’avait aucun point urgent à son ordre du jour. À coté de cela, les probables centaines, voire milliers, de morts dans le département le plus pauvre de France, la destruction d’une grande partie de l’île, et la population errant dans les rues pesaient peu pour le phoenix du Béarn. Une façon d’afficher son indifférence, voire son mépris.

Jeudi 5 décembre, journée nationale de mobilisation et de grève dans la fonction publique, les lycéens et lycéennes du lycée Gabriel-Fauré à Annecy ont bloqué leur établissement. En soutien à leurs professeurs, ils dénoncent également la plateforme de sélection Parcoursup qui creuse les inégalités, ainsi que la dégradation de leurs propres conditions d’étude. Ils sont une quarantaine mobilisés dès 7 heures du matin, interpellant les lycéens et lycéennes arrivant. Certains les rejoignent sur l’estrade improvisée, et beaucoup se massent autour du blocage et accompagnent les slogans : « Jeunes, deter, et révolutionnaires ! » Dans l’après-midi, ils et elles rejoignent à une trentaine la manifestation, se mêlant aux cortèges syndicaux. À peine une semaine plus tard, la direction du lycée tente de menacer d’exclusion un des élèves ayant participé au blocus. Alors que la voix de la jeunesse scolarisée se joint aux revendications des travailleurs de l’Éducation nationale, la direction du lycée accourt à l’aide des fossoyeurs de l’école publique – mais cela n’ébranle pas la motivation des lycéens et lycéennes en lutte !

Après avoir tenté sans succès de licencier Christian Porta, délégué CGT à la boulangerie industrielle de Neuhauser et militant de Révolution permanente, le groupe InVivo s’en prend à d’autres travailleurs combatifs. Et la boîte ne lésine pas sur les moyens, puisque les travailleurs licenciés sous des prétextes bidons se sont vu proposer un chèque de 100 000 euros s’ils abandonnaient leur recours aux prud’hommes ! Pourquoi l’entreprise n’allonge-t-elle pas les mêmes sommes dans le cadre des NAO pour augmenter les salaires ? Leur objectif est bien sûr de briser toute organisation de la contestation sur le site.

Contre ce patronat de combat, la répression antisyndicale et anti-grève, seule l’unité des travailleuses et des travailleurs pourra défendre nos acquis et en arracher de nouveaux !

Nous apportons tout notre soutien aux grévistes de Neuhauser et à l’équipe syndicale de la CGT. La division c’est l’arme patronale, celle de la classe ouvrière c’est la solidarité. Soyons nombreux au rendez-vous vendredi 20 à 8 h 30 devant le conseil de prud’hommes de Forbach !

Habituée des polémiques transphobes qui lui ont valu les amitiés et le soutien des plus réacs, l’ex-militante féministe Marguerite Stern, Femen et parmi les premières « Colleuses » contre les féminicides, continue de moisir de la tête. Elle reprend à son compte le mensonge selon lequel les Noirs et Arabes seraient surreprésentés parmi les agresseurs sexuels, cachant mal, à l’instar de Bardella, son racisme derrière un pseudo-féminisme. Et quand SOS Racisme porte plainte contre elle, elle se pose en victime de la bien-pensance, histoire de compléter son attirail de polémiste d’extrême droite.

Renault prévoit la fermeture de la Fonderie de Bretagne à Caudan, près de Lorient. Il en résulterait la suppression de 350 postes. Différents plans de reprise ont été proposés à Renault afin de conserver les emplois, mais le géant automobile n’a que faire de ceux qui font tourner l’entreprise et lui rapportent ses milliards de profits annuels. Les ouvriers désormais en lutte ont bloqué le site à plusieurs reprises depuis jeudi 5 décembre, bien décidés à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Leur combat rejoint celui des travailleurs de Michelin qui eux aussi subissent la vague de suppressions d’emplois – à Cholet et Vannes encore très récemment où près de 1300 salariés sont menacés de perdre leur travail.

L’université de Lorraine, en partenariat avec l’état-major de la zone de défense Est, vient d’annoncer la création du Certificat défense et sécurité. Cette formation facultative et pour l’instant unique en France est destinée à inculquer aux étudiants en master et en écoles d’ingénieur les missions et l’esprit des armées françaises. Ce certificat s’inscrit à la suite d’un module « Sécurité et Défense » obligatoire en deuxième année, que les syndicats étudiants et professionnels de l’université avaient dénoncé, et dans un contexte où les partenariats entre les universités et les industries d’armement se multiplient. Entre le risque de généralisation du SNU, l’exhibition d’une cabine de Mirage 2000 dans un lycée de Thionville et ce certificat Défense et Sécurité, la Lorraine est aux premières loges pour assister à la militarisation de la jeunesse. Sauf que la jeunesse n’est pas prête à claquer des talons ! On la voit plus volontiers descendre dans la rue quand elle en a marre des injustices et des guerres.

Mayotte, département le plus pauvre de France, a été ravagée par le cyclone Chido. Alors que plus d’un tiers des habitants vivent dans des bidonvilles, les cases en tôle ont été soufflées. De nombreuses personnes sans papiers n’ont pas osé aller s’abriter dans les centres d’hébergement, de peur d’être arrêtées. Alors que la population reste sans aide et complètement démunie, les autorités commencent à dénoncer des « pillages ». Une situation dramatique qui illustre une fois de plus que l’État français gère cette île stratégique pour lui uniquement par la répression et n’a que faire de ses habitants.

La programmation par la Cinémathèque française d’une projection du film Le dernier tango à Paris, de Bernardo Bertolucci, sorti en 1972, a soulevé l’indignation. Dans le tournage de ce film, une scène de viol avait été imposée à l’actrice principale Maria Schneider : la scène n’était pas prévue au scénario, elle avait été discutée sans l’avis de l’actrice quelques minutes plus tôt entre Brando et Bertolucci. Ce qui avait ruiné la vie et la carrière de la jeune femme.

La députée écologiste Sandrine Rousseau, présidente de la Commission d’enquête sur les violences sexuelles et sexistes dans le cinéma, l’audiovisuel et le spectacle vivant à l’Assemblée nationale, a convoqué les dirigeants de la Cinémathèque française. La Cinémathèque s’est d’abord contenté, sur son site, de parler d’un «  film (qui) conserve la même odeur de soufre tandis que la passion dévastatrice d’un couple d’inconnus interroge les rapports entre le sexe et la société ». Un commentaire qui avait fait écrire à la journaliste Chloé Thibaud sur Instagram : « Non, cinquante ans après sa sortie, ce film n’a qu’une seule et même odeur : la culture du viol. » Finalement, la Cinémathèque française a annulé la projection.

La première personnalité reçue par Bayrou en vue de former son futur gouvernement est Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur démissionnaire. Tout un symbole. Ce dernier a demandé à « être confirmé dans la feuille de route qui était la sienne » sous Michel Barnier, en fixant une « ligne rouge » pour occuper le poste :  « la lutte drastique contre l’immigration illégale » et la « réduction de l’immigration légale au strict nécessaire ». Et il n’y aucune raison que Bayrou refuse une telle exigence qui fait l’unanimité à l’extrême droite, à droite, au centre et même dans une partie de la gauche. Bref les Premiers ministres passent, la chasse aux migrants demeure.