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Brèves

L’actualité en bref

Alors que les prix des carburants s’envolent une polémique oppose le ministère de l’Économie à Dominique Schelcher, le patron des magasins Hyper et Super U qui possèdent de nombreuses stations services. Ce dernier affirme que l’État est le « grand gagnant » de la hausse du prix de l’essence en raison des taxes qui les frappent. Bercy réfute ces accusations en rappelant que seule la TVA (20 %) augmente avec le prix et que les autres taxes sont fixes. Dans le même temps les distributeurs de carburant ont été reçus au ministère pour « s’assurer » qu’ils ne pratiqueront pas de hausses exagérées des prix, par rapport à celles des cours du pétrole. En fait, de part et d’autre, on fait part d’une belle hypocrisie. Selon l’Union française des industries pétrolières le prix du litre de carburant se compose environ de 30 % du coût des matières premières, de 50 à 55 % de taxes (TVA et accise) et de 15 à 20 % de coûts de distribution. Lorsque ce prix augmente les recettes de l’État vont de pair mais les distributeurs en profitent toujours pour se faire un peu de la marge. S’ils affichent immédiatement à la pompe la hausse du prix mondial du pétrole (même lorsqu’ils ont des stocks payés à l’ancien prix) ils attendent souvent plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour répercuter les baisses. Il n’y a que l’automobiliste qui ne s’en met pas plein les poches. 

Le Comité des droits sociaux du Conseil de l’Europe, composé de 13 experts indépendants, a rendu une décision unanime se prononçant contre la France pour la multiplication d’arrêtés municipaux interdisant la mendicité dans l’espace public. Il avait été saisi par la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans‑abri et par la Fédération internationale pour les droits humains. La décision, à laquelle s’est opposé le gouvernement français au nom de « la préservation de l’ordre public », souligne que ces arrêtés sont contraire à la Charte sociale européenne qui protège contre la pauvreté et l’exclusion sociale et interdit la discrimination. Ces dernières années la justice administrative a retoqué plusieurs arrêtés anti-mendicité pris par certaines villes comme Nice et Amiens. Ce qui n’empêche pas la droite et l’extrême droite de remettre régulièrement le couvert. Ainsi à Marseille cette mesure figure au programme de la candidate divers droite aux municipales, Martine Vassal. Une façon de combattre les pauvres plutôt que la pauvreté.

Aucun membre du gouvernement français n’a participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina qui se déroulent jusqu’au 15 mars. Une décision assumée par la ministre des Sports, Marina Ferrari, qui entendait ainsi protester contre le retour d’athlètes russes et bélarusses dans la compétition, sportifs que Paris souhaitait bannir pour protester contre la guerre d’Ukraine menée par la Russie avec le soutien de la Biélorussie. Par contre Macron ne voit aucun problème à la participation d’athlètes israéliens et américains malgré la guerre d’Iran. A l’Élysée on a l’indignation sélective.

Alors que l’attaque contre le Liban dure maintenant depuis une semaine, l’armée israélienne a donné l’ordre d’évacuer la banlieue sud de la capitale libanaise après l’avoir pilonnée. Dans le même temps elle a envahi le sud du pays contraignant des dizaines de milliers d’habitants à s’enfuir vers le nord alors que le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, promet au pays du Cèdre le même sort que Gaza. C’est le moment qu’a choisi Macron pour déclarer qu’il allait tout faire pour empêcher le pays d’être entraîné dans la guerre. Sauf… qu’il y est déjà avec un bilan qui s’élève pour l’instant à au moins 72 tués, 437 blessés et 300 000 déplacés. Mais de là à qualifier d’agression l’attaque israélienne il y a un grand pas que Macron n’est pas pressé de franchir de peur de se mettre à dos l’État sioniste et son grand allié trumpiste.

Au premier jour de la guerre, le 28 février, l’Iran avait dénoncé le bombardement israélo-américain contre une école de filles dans la ville de Minab qui avait fait au moins 165 morts, dont des dizaines d’élèves. Tant Washington que Tel-Aviv avaient nié toute implication dans l’attaque, sous-entendant même qu’il s’agissait d’une opération de propagande du régime des mollahs, voire d’un missile iranien défaillant. Or une enquête du New York Times souligne la responsabilité américaine dans ce drame. Se basant sur des images satellites et des vidéos vérifiées, le quotidien new-yorkais estime dans son enquête qu’un « ensemble de preuves » pointe vers l’US Air Force. La frappe de précision qui a touché l’école a eu lieu au même moment que les attaques américaines contre une base navale adjacente du Corps des Gardiens de la révolution islamique. Un crime de plus à mettre au palmarès de l’impérialisme américain et de son allié israélien.

La cour d’appel de Versailles a estimé que « l’intention homicide » du policier qui a tiré et tué Nahel Merzouk à Nanterre en juin 2023 n’est pas établie et a donc ordonné qu’il soit jugé devant la cour criminelle pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Une décision qui va à l’encontre de l’avis des juges d’instruction, du parquet général et des parties civiles qui parlaient de « meurtre ». Nahel avait été tué à bout portant alors qu’il essayait de se soustraire à un contrôle routier. La mort de l’homme de 17 ans avait été filmée et la vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux. Des marches en son hommage et pour dénoncer les violences policières avaient été organisées dans tout le pays, qui avait aussi connu plusieurs nuits d’émeutes. La décision de la cour d’appel est un nouvel exemple du laxisme de la justice à l’égard des flics violents, voire meurtriers.

Le garde des sceaux, Gérald Darmanin, dans une note que s’est procurée l’Humanité envoyée fin février à tous les procureurs et présidents de tribunaux du pays, leur demande à l’avenir de tenir « en une journée » les audiences des cours criminelles départementales qui jugent 90 % des viols. Il leur suggère de limiter au maximum la citation à la barre de témoins et d’experts. Ce serait, parait-il, un moyen d’accélérer les délais de justice et de résorber les montagnes de dossiers accumulés à cause du manque de moyens qui, depuis des décennies, frappe l’institution. « Il n’est pas possible de juger correctement des affaires de viol en une seule journée », ont tenu à réagir les avocates Isabelle Steyer et Violaine De Filippis-Abate, coprésidentes de l’association Action juridique femmes. Mais Darmanin s’en moque. Pour lui il s’agit de désengorger les tribunaux et de faire du chiffre. Quant à la justice, elle peut aller se rhabiller.

Encore un petit pas de Macron dans l’alignement de sa politique moyen-orientale sur celle de Trump dans la sale guerre menée contre l’Iran. Un porte-parole de l’état-major français a déclaré à l’Agence France-Presse : « Dans le cadre de nos relations avec les États-Unis, la présence de leurs aéronefs a été autorisée de manière temporaire sur nos bases » et d’ajouter : « Ces aéronefs contribuent à la protection de nos partenaires dans le Golfe ». C’est pourquoi des avions ravitailleurs de l’US Air Force utilisent désormais la base militaire d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Et la ministre des Armées, Catherine Vautrin, n’hésite pas pour justifier tout cela à reprendre l’argument de Trump et de Netanyahou qui bombardent l’Iran sans répit sous prétexte de « se protéger », eux et leurs alliés. Une affirmation à laquelle plus personne ne croit, mais que l’Élysée nous ressert sans vergogne.

Kevin Gernier, un membre de Transparency international, une ONG spécialisée dans la lutte contre les fraudes et les malversations de toutes sortes, vient d’ouvrir un site baptisé « WikiDati » qui répertorie dans le détail les douze affaires judiciaires dans lesquelles apparait le nom de Rachida Dati, l’ancienne ministre de la Culture, qui brigue la mairie de Paris. On trouve pêle-mêle, les soupçons de corruption qui pèsent sur elle dans les affaires Carlos Ghosn, GDF Suez, ou Orange, sans oublier la dissimulation de ses bijoux à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. En supplément, WikiDati établit aussi la liste des « procédures baillons » engagées par Dati pour « faire taire toute évocation de ses affaires ». Selon l’auteur, il s’agit, avant le premier tour des élections municipales, de permettre aux électeurs de « mieux comprendre la gravité et l’étendue » des affaires dans lesquelles elle est citée. Cette dernière s’offusque et clame son innocence. Ce qu’elle risque d’avoir un peu de mal à prouver devant les tribunaux.