Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Les mobilisations contre la vie chère, qui ont commencé début septembre, se poursuivent dans toute l’île, alternant manifestations de rue, rassemblements, blocages de route… et affrontements avec les forces de l’ordre. Le préfet a encore prolongé jusqu’au 4 novembre le couvre-feu de minuit à cinq heures du matin sur Fort-de-France et quatre communes de sa périphérie. Un premier couvre-feu partiel avait été mis en place dès le 18 septembre, puis renouvelé. Mais, jusqu’à présent, les Martiniquais tiennent bon et réclament toujours l’alignement des prix des produits courants sur ceux de la métropole alors qu’ici ils sont en moyenne 40 % plus cher. Un premier accord, prévoyant une baisse de 20 % sur 6 000 produits (sur 40 000), a été refusé par le Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens qui mène la lutte.

En juillet dernier le groupe Carrefour rachetait l’enseigne Cora. Le nouvel acquéreur vient d’annoncer plus de 300 licenciements : 284 au siège de Croissy-Beaubourg, dans le Val-de-Marne, et 84 au sein de la centrale d’achat alimentaire Provera. En compensation, 118 personnes seraient reclassées au siège de Carrefour à Massy, dans l’Essonne. Rappelons que lors du rachat des 60 établissements Cora et des 115 magasins Match, Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, avait pourtant cherché à rassurer les salariés en promettant de préserver les activités et les emplois. Il n’a pas fallu longtemps pour que cette belle promesse vole en éclats.

Présenté par le quotidien israélien Haaretz comme « le journaliste de télévision le plus connu » du pays, Danny Kushmaro, présentateur de Channel 12, la principale chaine d’information locale, a été filmé dans un reportage de 26 minutes alors que, détonateur en main, il fait sauter une maison dans le village libanais d’Anita al-Shaab. Le reportage se termine par un regard satisfait du journaliste qui, le doigt levé, prévient : « Ne vous frottez pas aux Juifs. » Un tel cynisme, un tel mépris et un tel manque d’empathie à l’égard de la population libanaise donnent la nausée. Mais il s’agit là d’un exemple supplémentaire du climat de racisme, de xénophobie et de haine qui règne désormais au sein de l’État sioniste et qui n’épargne personne. La séquence a révolté le reporter de guerre Cyril Payen, de France 24, qui a déclaré : « C’est une honte. […] Il n’y a plus d’éthique, plus de garde-fous. » On ne lui fait pas dire.

« Le thon, c’est bon ! » est une expression populaire mais qu’il va falloir sans doute bientôt abandonner. En effet, deux ONG, Bloom et Foodwatch, viennent de révéler la contamination massive au mercure du thon en conserve dans l’Union européenne. Leur étude se base sur les tests de près de 150 boîtes de conserve issues de cinq pays, Allemagne, Angleterre, Espagne, France et Italie : 100 % des boîtes sont contaminées au mercure. Plus d’une boîte sur deux dépasse le seuil maximal autorisé pour les produits de la mer (0,3 mg/kg). Certaines affichent même une teneur 13 fois plus élevée par rapport à la norme. Et les pouvoirs publics laissent faire. Cette situation résulte de la mainmise des lobbies thoniers dans la création des normes sanitaires… et dans leur détournement. Les teneurs maximales en mercure à ne pas dépasser dans les aliments « ne sont pas établies de façon à limiter les risques mais pour favoriser les intérêts financiers des industriels », dénonce le rapport. Encore une fois la santé passe après les profits.

Après des années de silence, de reculs et tergiversations, le Vatican vient finalement de publier un premier rapport sur la protection des mineurs dans l’Église. Texte qui laisse sur leur faim les associations de victimes qui estiment que les actions concrètes restent insuffisantes et déplorent, notamment, que le clergé ne soit pas obligé de dénoncer d’éventuels crimes auprès de la justice civile… sauf si les lois du pays l’y obligent. Par exemple la commission juge nécessaire d’accélérer « les procédures de démission » des responsables ecclésiastiques mis en cause dans des affaires de pédocriminalité mais ajoute aussitôt… « lorsque c’est justifié ». Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. Et tout est à l’avenant. Le président de la commission, le cardinal Sean O’Malley, a finalement estimé qu’« apporter reconnaissance et réparations à la crise des violences sexuelles dans l’Église est difficile ». Victimes soyez patientes. Amen !

C’est l’association Histoire coloniale et postcoloniale qui a lancé l’alerte. Malgré une mobilisation locale importante, la municipalité a installé en catimini, au cœur de la ville, une statue de Marcel Bigeard en tenue de para, le regard fièrement fixé sur l’horizon, en mâle conquérant. Enfant du pays le général en question, décédé en 2010, se distingua dans deux guerres coloniales – en Indochine et en Algérie – où il se rendit célèbre par la pratique systématique de la torture à l’égard des prisonniers. Et il n’hésita pas à exécuter des combattants algériens en les précipitant vivants dans la Méditerranée du haut d’hélicoptères. C’est ce sinistre personnage que la municipalité touloise considère comme « une gloire locale ». On a les héros qu’on mérite…

L’ONU Climat, dans un rapport mis à jour chaque année, a de nouveau tiré la sonnette d’alarme à deux semaines de l’ouverture de la COP29, la 29e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui va se tenir à Bakou, en Azerbaïdjan. Les engagements pris par 195 États signataires mènent à seulement 2,6 % de baisse des émissions mondiales de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport à 2019, au lieu des… 43 % préconisés. Soit environ 20 fois moins. Les engagements actuels ne peuvent donc en aucun cas contenir le réchauffement à 1,5 °C et ainsi éviter les conséquences les plus catastrophiques. On sait donc à quoi s’attendre dans les années qui viennent.

Des organisations palestiniennes de défense des droits des prisonniers accusent l’administration pénitentiaire israélienne d’avoir agressé brutalement à deux reprises le mois dernier, Marwan Barghouthi, le plus connu des leaders palestiniens emprisonnés, alors qu’il se trouvait au secret dans la prison de Megiddo, dans le nord d’Israël. La Commission palestinienne des affaires des prisonniers, le Club des prisonniers et son groupe de soutien ont obtenu ces informations de son avocat qui a pu le rencontrer ces jours derniers pour la première fois en trois mois. Selon ce dernier, l’agression a « provoqué de nombreuses blessures, au niveau des côtes […] ainsi qu’un saignement de l’oreille droite et une plaie sur son bras droit, accompagnés de douleurs sévères dans le dos ». Bien entendu l’Autorité pénitentiaire israélienne a estimé « qu’il n’y avait pas eu violation de la loi ». Barghouthi a été arrêté en 2002 puis condamné en 2004 à cinq peines de prison à perpétuité pour son rôle dans la seconde Intifada, le soulèvement palestinien qui s’est produit entre 2000-2005. C’est régulièrement que les ONG font état de mauvais traitements infligés aux détenus palestiniens. Plus de 9 000 d’entre eux sont détenus dans des prisons israéliennes, dont 5 000 ont été arrêtés après le 7 octobre 2023, début de la guerre de Gaza.

Accompagné d’une délégation forte de 122 personnes (ministres, artistes, dirigeants d’entreprise…) Emmanuel Macron a entamé une visite d’État à Rabat où il a été accueilli par le roi Mohammed VI. Objectif affiché : réchauffer les relations entre les deux pays après plusieurs années de brouille. Plus prosaïquement, les patrons qui accompagnent le chef de l’État espèrent que ce voyage se traduira par la signature de juteux contrats. Quant au ministre de l’Intérieur, il table sur la bonne volonté marocaine pour accepter plus de Marocains expulsés du territoire français. Mais cette visite n’a été rendue possible que par la reconnaissance préalable par Macron de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Reconnaissance qui revient à nier le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même, droit qui devait se traduire par un référendum, prévu depuis 1991, que le régime marocain a toujours refusé d’organiser. Et entre défendre les intérêts des grands groupes qui sont du voyage (Engie, Alstom, Safran, TotalEnergies, Suez, Airbus, Veolia, Thalès, Colas…) et les droits des Sahraouis, Macron a vite choisi.