Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Alors que la colère de la population contre la vie chère ne faiblit pas, qu’un couvre-feu a été instauré et les manifestations interdites, le ministère de l’Intérieur a annoncé le déploiement sur l’île de la huitième Compagnie républicaine de sécurité (CRS). Cette unité, spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, avait déjà été déployée en avril 2023 à Mayotte dans le cadre de l’opération lancée contre les migrants venus des Comores. Mais aujourd’hui cette décision rappelle à la population martiniquaise son lourd passif à l’encontre des CRS. La dernière fois qu’ils étaient intervenus, lors de mouvements populaires en décembre 1959, leurs actions s’étaient traduites par la mort de trois jeunes manifestants. La brutalité policière avait été dénoncée par une bonne partie de la classe politique locale qui avait demandé, et obtenu, leur retrait immédiat de l’île. Une mesure respectée jusqu’à aujourd’hui. Leur retour signe l’escalade de la répression coloniale choisie par le gouvernement.

Le déficit des établissements publics qui était de 558 millions d’euros en 2019 a atteint 1,7 milliard d’euros en 2023, soit une hausse de plus de 300 % en quatre ans ! De plus en plus d’hôpitaux sont au bord de la rupture, contraints de toujours plus emprunter aux banques pour compenser la baisse des financements publics. En 2021, les hôpitaux publics étaient endettés à hauteur de 30 milliards d’euros. De quoi réjouir les banques qui encaissent ainsi des intérêts faramineux… pris sur le budget des hôpitaux !

À Marseille, 200 employés de l’hôpital psychiatrique Édouard-Toulouse se sont rassemblés devant l’hôpital il y a deux semaines pour dénoncer les fermetures de lits et la surcharge de travail. En 2007, l’hôpital comptait 100 lits. Aujourd’hui, il n’en reste que 44 et la direction prévoit d’en fermer encore 22. Vingt-deux lits pour 125 000 habitants ! Mais les salariés sont mobilisés et de nouveaux rassemblements sont prévus.

Le gouvernement chercherait à faire des économies sur les arrêts maladies des fonctionnaires. Un rapport officiel préconise de faire passer le nombre de jours de carence en cas de maladie des fonctionnaires de un à deux voire trois jours, et de ne plus rémunérer les arrêts maladie de courte durée à 100 %. Jamais le gouvernement ne va chercher dans les poches des grandes fortunes, il préfère des acrobaties pour nous rendre coupables de ses problèmes. À nous de le remettre à sa place par des luttes, pour vivre et pas survivre…

Le féminicide de Kesaria Abramidze, une figure trans importante en Géorgie, ce 18 septembre s’inscrit dans un contexte de haine croissante envers les personnes LGBTI. Cet assassinat, probablement commis par son compagnon, a eu lieu le lendemain de l’adoption d’une violente loi anti-LGBTI, assimilant l’homosexualité à l’inceste et interdisant les prides, la mention de LGBTI dans des films ou des livres, ou encore les transitions médicales. Cette loi vient entériner un contexte anti-LGBTI qui empêchait déjà ces minorités de s’exprimer librement et dont une partie s’est exilée. Le parti au pouvoir, Rêve géorgien, mène une campagne de haine et cherche à imiter la législation russe en matière de LGBTI-phobie. Si on ne peut pas directement lier ce meurtre à l’adoption de cette loi, il est clair que les réacs au gouvernement et leurs soutiens y sont pour quelque chose.

Le Myanmar fait état de 384 morts et 89 disparus depuis le passage du typhon « Yagi », ayant causé intempéries et inondations dans le pays, mais aussi au Vietnam, au Laos et en Thaïlande. Les conséquences du typhon sont dramatiques, elles ont touché 887 000 personnes au Myanmar selon l’ONU, et l’impact sur les infrastructures et les terres agricoles ne fait que renforcer la précarité. Aggravée par le réchauffement climatique, cette catastrophe arrive dans un pays meurtri par trois ans de guerre civile depuis la prise du pouvoir par la junte militaire en 2021 qui a fait des centaines de morts et forcé 2,6 millions de personnes à se déplacer. Pour se reconstruire, les habitants ne pourront pas compter sur la junte au pouvoir, mais bien seulement sur leurs propres forces.

Ancien collaborateur de Phillippe de Villiers, Bruno Retailleau succéde à Gérald Darmanin place Beauveau. Président du groupe Les Républicains au Sénat, il est connu pour ses sorties bien réacs et son vocabulaire emprunté à l’extrême droite. Rappelons quelques-uns de ses faits d’armes. Lors des émeutes des quartiers populaires de juin 2023 il établissait sur Franceinfo un lien entre l’immigration, ces évènements et « une sorte de régression vers les origines ethniques » de la part des « deuxième et troisième générations » de familles issues de l’immigration. Lorsque, quelques jours plus tôt, Emmanuel Macron avait évoqué en Conseil des ministres un « processus de décivilisation », Bruno Retailleau s’était empressé de se vanter sur France 2 que c’était un mot « qu’il avait sans doute été le premier à utiliser ». Ce qui était faux puisque c’était aussi, et surtout, le titre du livre de l’essayiste d’extrême droite Renaud Camus, publié en 2011. Par la suite, il s’est opposé au mariage pour tous et, au printemps dernier, a mené le combat contre l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Et il a en outre qualifié de « loi d’euthanasie » le projet de législation sur la fin de vie. Bref il a tout pour plaire… au Rassemblement national.

Dans son livre Les Ogres sur le scandale des crèches privées, le journaliste Victor Castanet accuse l’ancienne ministre de la Famille, la macroniste Aurore Bergé, d’avoir conclu un accord confidentiel avec ce secteur pour tenter d’étouffer le scandale qui pointait. Cette dernière, interrogée par une commission parlementaire, avait démenti tout lien. Mais des documents montrent qu’elle était très liée, et depuis longtemps, avec Elsa Hervy, la déléguée générale de la Fédération française des entreprises de crèches à but lucratif, qu’elle appelait « ma copine » dans ses tweets et avec laquelle elle avait milité dans la très gaulliste Union pour un mouvement populaire (UMP). Des députés de gauche demandent maintenant qu’elle soit poursuivie pour avoir menti. C’est probable mais c’est ce que font tous les ministres. Sauf que la plupart s’arrangent pour ne pas se faire prendre.

À l’occasion des manifestations massives contre la vie chère en Martinique, on a appris que les produits importés dans l’île – mais également en Guadeloupe, en Guyane, à Mayotte et à la Réunion – étaient soumis à une taxe coloniale datant du 17e siècle, l’octroi de mer. En théorie, cette taxe est supposée protéger les productions locales contre les importations venues d’ailleurs. Mais, dans la pratique, comme 90 % des produits consommés sur place sont importés, l’octroi de mer contribue de façon non négligeable à faire monter les prix qui, dans l’alimentaire, sont 40 % plus élevés que dans l’Hexagone. Une façon pour Paris de perpétuer ce que le très réactionnaire Michel Sardou appelait dans une de ses chansons « le temps béni des colonies » contre lequel se bat la population locale.