Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Un Saoudien et un Pakistanais, condamnés à mort pour trafic de drogue, viennent d’être exécutés, portant à 106 le nombre d’exécutions depuis le début de l’année. Une ONG basée à Berlin, l’European-Saudi Organisation for Human Rights, qui milite pour l’abolition de la peine de mort, a dénoncé le fait que le royaume procède à « une exécution presque tous les deux jours » et de poursuivre : « Cent exécutions en 196 jours démontrent l’insistance du gouvernement saoudien à recourir régulièrement à la peine de mort, en violation du droit international et de ses engagements officiels. » Parmi les personnes exécutées cette année figurent 78 Saoudiens, huit Yéménites, cinq Éthiopiens, sept Pakistanais, trois Syriens, un Sri-Lankais, un Nigérian, un Jordanien, un Indien et un Soudanais. Deux d’entre elles étaient des femmes. Les autorités estiment que ces exécutions, généralement faites par décapitation au sabre, sont conformes à la loi islamique et nécessaires au maintien de l’ordre. Quant aux grandes puissances occidentales « démocratiques », principales alliées du régime, on attend toujours une protestation de leur part.

La continuation de la sale guerre de Gaza – qui a déjà fait près de 40 000 morts parmi les Gazaouis – a aussi des conséquences économiques en Israël même. D’après les informations publiées par le quotidien Maariv, depuis le 7 octobre, près de 46 000 entreprises ont mis la clé sous la porte, et, selon les prévisions, ce nombre pourrait grimper jusqu’à 60 000 d’ici la fin de l’année. De plus, touché par le blocus en mer Rouge décrété par les rebelles houthis du Yémen, le port d’Eilat, dans le sud du pays, s’est officiellement déclaré en faillite et les ports d’Ashdod et de Haïfa, sur la Méditerranée, sont en difficulté du fait du ralentissement des importations, qui arrivent à 99 % par voie maritime. Tout cela, associé à une atmosphère étouffante de chauvinisme et de racisme, fait que, selon un sondage du quotidien de gauche Haaretz, 25 % des citoyens juifs et 40 % des citoyens arabes ont exprimé le désir de quitter Israël et d’émigrer vers un autre pays si l’opportunité se présente. Ce qui traduit une défiance et un dégout, malheureusement passifs, à l’égard des dirigeants politiques et militaires.

On vient de célébrer le 82e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv. Les 16 et 17 juillet 1942, plus de treize mille Juifs, hommes, femmes et enfants, étaient arrêtés par la police française avant d’être détenus au Vélodrome d’Hiver, une enceinte sportive du 15e arrondissement à Paris, puis envoyés en train vers le camp d’extermination d’Auschwitz. Moins d’une centaine d’entre eux revinrent. Jusqu’à une date récente, l’extrême droite dédouanait le régime vichyste dans cette affaire en faisant retomber la responsabilité sur le seul occupant allemand. Une position que continue d’ailleurs de défendre Éric Zemmour qui, contre toute évidence historique, affirme que le Pétain « a sauvé des Juifs ». Une opinion partagée, jusqu’à une date récente, par Marine Le Pen qui reprochait même à Chirac d’avoir reconnu en 1995 la responsabilité de l’État français dans cette rafle. Mais cette année, changement de pied. La dirigeante du Rassemblement national met en cause « les autorités françaises » de l’époque dans ce drame. En passant elle accuse notamment « l’extrême gauche » d’alimenter l’antisémitisme. Comme elle n’a donné aucune explication à ce revirement, on peut simplement supposer qu’elle veut surfer sur la vague pro-israélienne, anti-arabe et islamophobe de la droite et de la macronie. Et cela vaut bien de mettre au placard (du moins pour un temps) Pétain et son triste héritage.

Un nouveau rapport d’enquête, que Mediapart a pu consulter, indique que la multinationale trompait les consommateurs sur ses eaux minérales en bouteille depuis plus de quinze ans et que la fraude lui a rapporté au total 3 milliards d’euros. Une goutte d’eau, si l’on peut dire, pour un trust dont le chiffre d’affaires a atteint 93 milliards d’euros l’an dernier. Mais, pour ces gens-là, il n’y a pas de petits profits, même lorsqu’ils se font sur le dos (et la santé) des consommateurs.

Plus de 18 000 cas de coqueluche ont été enregistrés depuis le début de l’année et le bilan fait état de 17 morts dont 12 nourrissons de moins de deux mois. Les bébés sont les plus vulnérables à la naissance, car ils doivent attendre deux mois avant de recevoir le vaccin obligatoire, qui les protégera pendant plusieurs années. Pour stopper l’épidémie, les médecins recommandent donc fortement aux femmes de se faire vacciner pendant la grossesse. Mais là on se heurte à des campagnes anti-vaccins hystériques et complotistes sur les réseaux sociaux qui font hésiter nombre de personnes de se faire vacciner sans qu’elles mesurent les conséquences parfois tragiques d’un tel refus.

L’Institut national de la statistique (Insee) vient de publier une nouvelle étude sur l’espérance de vie. Elle confirme que les écarts entre ouvriers et cadres s’élèvent à 5,3 ans chez les hommes et à 3,4 ans chez les femmes. Un ouvrier vivra donc en moyenne jusqu’à 78,6 ans et un cadre jusqu’à 83,9 ans. Mais elle souligne aussi que les ouvriers ont deux fois plus de risque que les cadres de mourir entre 35 et 65 ans. Ceux qui vont payer le plus cher le report de l’âge de départ à 64 ans sont les ouvriers qui occupent les métiers les plus pénibles. Mais ça on s’en doutait déjà !

C’est le quotidien catholique La Croix qui a révélé l’affaire. L’association internationale Emmaüs et la fondation Abbé-Pierre avaient confié au cabinet Elgué une enquête sur le comportement d’Henri Gouès, le nom civil de l’abbé Pierre, au sein des différentes associations qu’il dirigeait. Et le résultat n’est pas triste. En effet le rapport rapporte le témoignage de sept femmes, victimes présumées du prêtre. Les faits relatés « peuvent s’apparenter à des agressions sexuelles ou du harcèlement sexuel », explique le rapport qui précise qu’ils « ont concerné des salariées, des volontaires et bénévoles de certaines de nos organisations membres, ou des jeunes femmes dans l’entourage personnel de l’abbé Pierre », entre « la fin des années 1970 et 2005 », soit deux ans avant la mort de l’abbé. Et, bien que connus de sa hiérarchie, ces faits ont été passés sous silence pendant des décennies. Ce qui n’empêche pas aujourd’hui l’Église, avec son habituelle hypocrisie, d’« assurer les personnes victimes de sa profonde compassion et de sa honte que de tels faits puissent être commis par un prêtre ». Ce qui leur fait une belle jambe…

À la suite de propos racistes tenus dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, l’arrière international Melvyn Jaminet, licencié au club de Toulon, est visé par une enquête pour « menace de mort en raison de l’origine » après un signalement de l’association SOS Racisme. Dans une courte vidéo non datée, postée sur Instagram, Jaminet déclarait : « Je te jure, le premier Arabe que je croise sur la route je lui mets un coup de casque. » La parole raciste se libère, y compris dans le sport.

Deux joueurs de l’équipe de France de rugby, Hugo Auradou et Oscar Jegou, sont en résidence surveillée en Argentine où une femme les accuse de l’avoir violée à plusieurs reprises et battue dans une chambre d’hôtel après la victoire des Bleus à Mendoza. Ils ont été inculpés pour viol aggravé et encourent de 8 à 20 ans de prison. Leur comportement a été largement critiqué et condamné par nombre de personnalités du monde du sport et d’ailleurs. Mais il y a eu quelques exceptions citées par Le Canard enchaîné. Dans l’entourage de Jegou on soupçonne la victime d’agir par cupidité dans le cadre d’« une arnaque ». De son côté, le psychiatre Pierre Sidon a défendu les deux joueurs en expliquant sur CNews : « Ça devient très compliqué pour les garçons d’avoir des relations sexuelles, ils sont tétanisés par les conséquences d’un retrait de consentement. C’est un problème civilisationnel. » Et d’attaquer au passage la femme violée qui pourrait souffrir « de troubles psychiatriques préexistants ». Quant à l’ancien international Alexandre Dumoulin, il dénonce sur Instagram une « pseudo-victime de 39 ans qui rentre avec deux jeunes de 20 ans… elle doit avoir vraiment un pet au casque ». Bref, pour ce petit monde macho, c’est la victime qui devrait être en prison.