Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Un nouveau dérapage sur la chaîne Bolloré. L’écrivain Richard Millet a tenu des propos racistes, misogynes et grossophobes à l’égard de la chanteuse franco-malienne Aya Nakamura. Invité de l’émission de Pascal Praud L’Heure des pros, retransmise sur Europe 1, il s’en est pris à Nakamura, la qualifiant notamment de « chanteuse malienne énorme » ayant « un penchant pour la laideur ». Praud a tenté, mollement, de l’arrêter, sans grande conviction. Rappelons que Millet, très marqué à droite, n’est pas le premier à tenir des propos orduriers vis-à-vis de la chanteuse. En septembre dernier, dix militants identitaires ont été condamnés pour injure publique aggravée à son égard. Avant même sa prestation à l’ouverture des JO de Paris 2024, la rumeur de sa participation avait déclenché une tempête de commentaires racistes. Des commentaires devenus quasi-quotidiens sur CNews.

Plus de 3 000 réfugiés érythréens, qui fuyaient la dictature sanglante de leur pays dirigé depuis 1993 par Issaias Afwerki, ont été arrêtés depuis début janvier. Selon l’ONG Human Rights Concern–Eritrea (HRCE), ils ont été victimes de « coups et brûlures », de « refus de soins médicaux », ainsi que des « violences sexuelles ». Cette répression est en liaison directe avec le rapprochement du président égyptien Sissi avec son collègue érythréen du fait de leur hostilité commune à l’Éthiopie voisine. L’Érythrée est régulièrement épinglée par les organisations de défense des droits humains qui soulignent que les dissidents disparaissent au goulag et que des civils sont enrôlés de force et à vie dans l’armée. Plus de 10 000 prisonniers d’opinion – dont des journalistes, des dissidents politiques ou des membres de minorités religieuses – sont détenus dans ses prisons. Quant à l’Égypte, elle compte des dizaines de milliers de prisonniers politiques, militants, journalistes et figures de l’opposition dans ses geôles. Une entente cordiale entre deux régimes sanguinaires.

L’instrumentalisation de la mort de Quentin Deranque, ce militant d’extrême droite tué lors d’affrontements à Lyon avec des anti-fascistes, continue. Le but : isoler un peu plus la France insoumise, accusée de tous les maux, ainsi d’ailleurs que l’extrême gauche. C’est dans ce climat délétère qu’un avocat, maître Christophe Cariou-Martin, vient de pousser un coup de gueule. « Le déballage actuel est à vomir » a-t-il déclaré. Et il sait de quoi il parle. C’est en effet le défenseur des proches de Federico Martin Aramburu, un rugbyman argentin assassiné dans la capitale en 2022 par deux militants d’extrême droite du Groupe union défense (GUD). À l’époque, ni le gouvernement, ni la droite, ni a fortiori le Rassemblement national, n’avaient réagi, et encore moins protesté ou condamné ce meurtre. « Ce bruit assourdissant, en comparaison du silence politique d’il y a quatre ans, est une monstruosité violemment assénée aux amis et à la famille de Fede, ainsi qu’à toutes les victimes, avant et après lui », a estimé l’homme de loi. En juin 2025, la mère de Federico avait même interpellé le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, pour dénoncer l’absence de réaction officielle après le drame. Sans succès. On estime pourtant que depuis 2022 au moins 12 personnes ont été tuées par des individus se réclamant de la mouvance d’extrême droite. Sans que les pouvoirs publics ni les Macron, Lecornu, Wauquiez, Attal, Philippe, Bardella ou Ciotti ne réagissent.

Plus d’un millier de personnes ont manifesté samedi boulevard Barbès dans le 18e arrondissement, pour réclamer « justice », plus d’un mois après la mort d’El Hacen Diarra lors d’une garde à vue dans un commissariat de la capitale. « Nous avons voulu faire cette manifestation pour avoir des explications face aux policiers qui l’ont tué froidement, pour avoir la justice », a expliqué un cousin de la victime, Moussa Diarra, au départ de la manifestation. Le cortège s’est élancé précédé d’une banderole proclamant « Justice et vérité pour El Hacen Diarra, assassiné par la police ». La famille de ce Mauritanien de 35 ans dénonce les violences policières qui ont conduit à son décès. Sur une vidéo tournée par un voisin, on voit deux policiers, dont l’un, à genoux, donner deux coups de poing en direction de l’homme, qui se trouve au sol. Cinq jours après les faits, le parquet de Paris avait annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique ». Et depuis… rien. Le 25 janvier déjà, un millier de personnes avaient déjà défilé à Paris pour soutenir la famille de la victime.

Trois migrants ont été retrouvés morts au large de la Crète tandis qu’une opération de sauvetage se poursuit. Vingt autres migrants avaient été secourus dans la zone maritime de Kaloi Limenes par un navire commercial dépêché sur place. Les survivants ont indiqué qu’environ 50 personnes se trouvaient à bord de l’embarcation. Plusieurs dizaines sont toujours portées disparues. Par ailleurs, une seconde embarcation transportant une quarantaine de migrants a été repérée dans la zone, déclenchant une nouvelle opération de sauvetage. L’hécatombe continue. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), une agence de l’ONU, a recensé en 2025 107 personnes mortes ou disparues dans les eaux grecques. Cette hécatombe ne prendra fin qu’à la condition que l’Union européenne renonce à sa sordide politique anti-migrants qui oblige ces derniers à prendre de plus en plus de risques pour tenter de gagner le Vieux Continent.

La multinationale TotalEnergies était jugée cette semaine devant le tribunal judiciaire de Paris pour manquement à son devoir de vigilance en matière de risques climatiques. L’ affaire avait été portée en justice par quatre associations écologistes (Notre affaire à tous, Sherpa, ZEA, et France Nature environnement) ainsi que par la ville de Paris. Les plaignants accusaient le groupe gazier et pétrolier de ne pas avoir suffisamment pris en compte l’impact climatique de ses activités, notamment les émissions de gaz à effet de serre (GES), liées à l’utilisation de ses produits par ses clients. Ils soulignaient que TotalEnergies avait connaissance depuis les années 1970 des conséquences néfastes de ses activités sur le climat, mais que son modèle économique restait tourné vers les énergies fossiles, responsables de 70 % des émissions de GES. Le géant de l’énergie s’est contenté de plaider la bonne foi. Mais, chose inhabituelle, on a vu le ministère public, représentant l’État, le dédouaner en estimant que le réchauffement climatique est avant tout une responsabilité des États, et non des compagnies privées, et que la loi sur le devoir de vigilance ne s’applique pas directement au changement climatique. Une position plus radicale même que celle que défendait TotalEnergies. Le délibéré a été fixé au 25 juin prochain, mais il y a de fortes chances que la compagnie pétrolière puisse continuer de polluer avec le feu vert et le soutien de l’Élysée et de Matignon.

Les autorités françaises viennent de rendre à la Côte d’Ivoire le tambour parlant « Djidji Ayôkwé », un objet sacré de quatre mètres de long volé en 1916 à l’ethnie Ébrié pendant la colonisation avant d’être envoyé en France en 1929, exposé au musée du Trocadéro puis à celui du quai Branly. Cette restitution s’inscrit dans le cadre d’un processus initié par Paris en 2017 et qui a déjà permis le retour de plusieurs objets au Sénégal et au Bénin. Il reste dans les musées ou les collections privées des anciennes puissances coloniales des milliers d’objets culturels spoliés aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique et qui attendent toujours d’être restitués. Une rétrocession qui se fait au compte-gouttes.

Samedi 21 février, plus d’une centaine de soutiens à l’extrême droite, dont Thomas Rousseau, candidat Les Républicains aux municipales, étaient présents dans le centre-ville de Rennes pour rendre hommage à Quentin Deranque, mort il y a une semaine lors d’une rixe à Lyon. C’est le directeur d’une boîte de nuit qui se fait appeler le Jarl, figure de l’extrême droite locale, habituée au tabassage de jeunes de gauche, qui était à l’initiative du rassemblement qui se disait « pacifiste ». Quelques fascistes musclés et cagoulés ont donc pu tranquillement afficher des saluts nazis et autres provocations racistes, sous protection policière. La mort de l’un d’entre eux leur sert de prétexte et prépare le terrain à l’arrivée des politiques anti-ouvrières du RN. Les centaines de personnes présentes à la contre-manifestation ont eu raison de répondre par l’organisation collective aux idées pourries du Jarl et tous ceux qui marchent avec lui.

Après le petit Liam âgé de 5 ans, dont l’histoire a fait le tour du monde, la police de l’immigration américaine, la sinistre ICE, s’en ait pris cette fois à un enfant encore plus jeune. Alors qu’il souffrait d’une bronchite, après un mois de détention dans un centre de l’immigration, la police a expulsé Juan Nicolas, âgé de seulement deux mois, et sa famille. Elle avait été détenue dans le sud du Texas, où la santé du nouveau-né s’était dégradée. Il s’étouffait avec ses vomissements et souffrait de difficultés respiratoires. Trouvé inconscient, il avait été conduit en urgence à l’hôpital. Il en était ressorti quelques heures plus tard avant d’être expulsé et abandonné en territoire mexicain avec ses parents et sa petite sœur de 16 mois. La famille avait alors en poche moins de 200 dollars (170 euros). À travers le pays, l’affaire a fait les gros titres d’une partie de la presse et suscité colère et indignation.