Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Les propriétaires d’une agence de main-d’œuvre viennent de comparaître en justice pour trafic d’êtres humains. Ils faisaient venir des saisonniers du Maroc, après leur avoir fait payer à chacun un « droit d’entrée » de 10 000 euros, les entassaient dans des taudis en leur réclamant un loyer mensuel de 200 euros avant de les faire travailler sans papiers sur de grandes exploitations viticoles du bordelais. L’un des ouvriers qui a porté plainte a été payé 1 400 euros pour quatre mois de travail, sept jours sur sept, en commençant à 4 heures du matin et en faisant souvent une double journée. La même agence avait déjà dans le passé fourni de la main-d’œuvre non déclarée à des pruniculteurs du Lot-et-Garonne. Le parquet a réclamé des peines de prison d’un à deux ans pour les prévenus. Quant aux viticulteurs bordelais qui les employaient, et qui ne pouvaient ignorer la situation, ils n’ont pas été inquiétés.

Lors d’une réunion tenue à Genève dans le cadre de l’ONU, Hala bint Mazyed Al-Tuwaijri, la présidente de la Commission saoudienne des droits de l’homme, a déclaré que son pays restait déterminé à atteindre les normes internationales les plus élevées en matière de protection et de promotion des droits de la personne. Y’a du boulot. Le royaume hachémite est une dictature moyenâgeuse qui, selon Amnesty International, continue de décapiter ses opposants au sabre, emprisonne les défenseurs des droits humains, nie les droits élémentaires des femmes, se livre à des crimes de guerre au Yémen et a des pratiques proches de l’esclavage en ce qui concerne le traitement des travailleurs migrants. Ce qui n’empêche pas le prince héritier Mohammed ben Salmane, le dirigeant de fait du pays, de se proclamer résolument humaniste et moderniste. Il doit avoir le sens de l’humour.

Comme le prédisaient les sondages depuis des mois, les travaillistes ont obtenu la majorité absolue au Parlement (411 sièges) à l’issue des élections législatives. Et si cette victoire traduit en partie un ras-le-bol de 14 ans de gouvernements conservateurs, elle est très loin de représenter une adhésion populaire au parti de Keir Starmer. Avec 40 % d’abstentions, le Labour recueille un peu moins de 9,7 millions de voix (33,7 %), contre plus de 10 millions il y a cinq ans et plus de 13 millions en 2017, année où pourtant il avait perdu les élections. Dans la propre circonscription de Starmer, les votes en sa faveur ont été divisés par deux en passant d’une élection à l’autre de 36 000 à 18 000 voix. Il a dû aussi se confronter sur sa gauche à des candidats indépendants qui lui reprochaient tout à la fois l’abandon de toute politique sociale mais aussi son alignement sur Israël dans la guerre de Gaza. Quant aux conservateurs (121 sièges et 23,7 % des voix), ils ont perdu des plumes au profit d’un autre parti de droite, les libéraux-démocrate (71 sièges, 12,2 %), mais surtout de l’extrême droite, le Reform UK Party de Nigel Farage, qui n’a que quatre sièges mais est arrivé en seconde position dans nombre de circonscriptions et dont les candidats ont recueilli au total plus de 4 millions de suffrages. Quant à la City, le cœur financier du capitalisme britannique, elle a plutôt bien accueilli la victoire de Starmer qui, au cours des années, n’a cessé de lui donner des gages de loyauté. La Bourse de Londres a même ouvert en légère hausse au lendemain des élections. Avec Starmer au gouvernement, le patronat n’a vraiment rien à craindre.

Deux policiers ont été condamnés par le tribunal correctionnel d’Angoulême à six mois de prison avec sursis, l’un pour des violences par personne dépositaire de l’autorité publique et l’autre pour une injure raciste sur un homme placé en garde à vue dans leur commissariat. Ils étaient poursuivis pour avoir donné une gifle à cet homme et l’avoir qualifié de « bougnoule », une scène enregistrée par la caméra-piéton de l’un d’eux. Les preuves étant irréfutables, les policiers n’ont pas nié les faits. Et leur avocat s’est félicité de la décision des juges de ne pas inscrire cette condamnation à leur casier judiciaire. Car, explique-t-il sans rire : « Ils ont une carrière exemplaire et ne méritaient pas de ne plus être policiers, nonobstant cet égarement. » Ces flics « exemplaires » vont donc continuer à sévir.

Dans un entretien à Mediapart, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance police, syndicat majoritaire chez les policiers, a lâché : « Même mes collègues musulmans en ont marre des raclures, des nuisibles, des jeunes d’origine étrangère dans les quartiers populaires qui font chier et qui ne sont jamais condamnés. » Comme dirait Darmanin « la police n’est pas raciste » mais, dans ses rangs, certains font semblant de l’être à la perfection.

La nuit du 2 juillet, un groupe d’hommes a volontairement chassé en voiture des exilés soudanais qui retournaient vers leur campement, avenue Saint-Exupéry, à Calais. L’un des migrants a été percuté deux fois, avant que le véhicule ne s’écrase contre une borne électrique et que les agresseurs finissent par prendre la fuite. Le jeune blessé a passé la nuit à l’hôpital. Les racistes les plus radicalisés et les plus violents prennent confiance devant les résultats électoraux du Rassemblement national, à quelques jours du second tour des législatives. Face à cela, seule l’organisation du monde du travail et de la jeunesse, à la base, pour la défense de ses intérêts réels, et nécessairement alliée à nos frères et sœurs de classe immigrés, pourra changer la donne.

Après la découverte par StreetPress des tweets antisémites de Louis-Joseph Pecher, candidat RN dans la cinquième circonscription de Meurthe-et-Moselle, c’est au tour de leur candidate dans la première circonscription, Patricia Melet. Un tour sur son compte X permet de découvrir qu’elle considérait, en septembre 2013, que l’islam était « au service de la judéo-maçonnerie ». Plus récemment, elle parlait en décembre 2021 de la vaccination contre le Covid dont on « [se] fout » comme d’un « problème toujours présent ». En 2022, elle parlait de la vaccination des soignants contre la variole du singe comme d’une « folie woke », du planning familial, accusé de « wokisme », comme d’une « structure » qui ne « ser[t] plus à rien » et qualifiait le Giec de « groupuscule de scientifiques d’extrême gauche ». Raciste, complotiste, climatosceptique, cette candidate a tout pour plaire ! Mais la division raciste entre les travailleurs et le rejet de la science et de la médecine n’amélioreront les conditions de vie d’aucun d’entre nous, bien au contraire.

Le soir du 30 juin, près de quarante nazillons ont défilé dans les rues de Nancy à grands coups de « Europe, jeunesse, révolution ! », « Nancy, nationaliste ! », « La France, la rue, nous appartient », « Bleu, blanc, rouge, la France aux Français » et autres saletés. Les militants d’extrême droite de la ville prennent confiance mais continuent toutefois de marcher masqués… Ils ont bien raison d’avoir honte, et leur propagande raciste mérite le même sort : rester cachée dans les poubelles de l’histoire.

Des émeutes anti-syriennes ont lieu en dans plusieurs régions du pays depuis le début de la semaine. Commencées dans la ville de Kayseri, dans la région centre, elles se sont ensuite étendues à d’autres villes. Les manifestants ont attaqué des réfugiés ainsi que leurs magasins, voitures et maisons qui ont été saccagés et parfois brûlés. « On ne veut pas de réfugiés dans notre pays » peut-on les entendre scander sur des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. Avec plus de 3,2 millions de Syriens sur son sol, la Turquie est le pays qui accueille le plus de réfugiés dans le monde, dont la plupart ont fui la guerre en Syrie après 2011. Une grande partie de la population, durement touchée par la crise économique, les rend responsables de tous leurs maux. De plus elle reproche au président Erdoğan d’avoir signé en 2016 un accord avec l’Union européenne visant à empêcher les migrants d’atteindre l’Europe, en échange de plusieurs milliards d’euros. Quoi qu’il en soit, en Turquie comme ailleurs, le racisme est un poison qui se retourne toujours contre les exploités.