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Brèves

L’actualité en bref

Huit personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue, dont Christian Tein, considéré comme le leader de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), mouvement à l’origine du récent soulèvement contre la réforme du corps électoral visant à minoriser le peuple kanak et que Macron voulait faire entériner. Le parquet de Nouméa a ouvert une enquête notamment pour association de malfaiteurs visant « des commanditaires » présumés des émeutes, dont « certains membres de la CCAT ». Le collectif indépendantiste avait été qualifié d’ « organisation mafieuse » par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. La principale organisation indépendantiste, l’Union calédonienne, dont Tein est un dirigeant, « a dénoncé ces arrestations abusives alors que des responsables locaux anti-indépendantistes et des miliciens criminels se pavanent en toute liberté ». Assimiler des militants indépendantistes à des criminels et à des mafieux est une pratique courante de tous les pouvoirs coloniaux. Et celui de Macron ne fait pas exception.

Un policier municipal a tiré à deux reprises sur un homme armé d’un tournevis qui avait blessé un agent de propreté. Il est mort après avoir reçu deux balles au thorax. Depuis sept ans, il vivait dans sa voiture, habituellement stationnée dans une rue calme. Mais récemment le véhicule avait été enlevé par la police municipale et il n’avait plus d’endroit où aller. Une vingtaine de personnes se sont rassemblées sur les lieux après le drame et l’un de ses proches a déclaré : « Depuis quelques jours, il n’était pas bien, il n’avait nulle part où dormir. Il était perturbé, on lui a dit qu’on allait lui trouver une autre voiture. » « Il ne méritait pas ça : il y avait d’autres moyens de l’arrêter », a déploré également une jeune femme assurant, tout comme d’autres riverains, ne s’être « jamais sentie en danger face à lui ». L’Association des jeunes ivoiriens de France a annoncé vouloir porter plainte, dénonçant l’usage de l’arme à feu. Elle souligne de plus que l’homme souffrait de troubles psychiatriques et que les policiers locaux étaient au courant de son état. Encore une « bavure » policière mortelle.

L’ancien chef de file des députés socialistes Boris Vallaud et l’insoumis Éric Coquerel étaient invités à venir défendre le programme du Nouveau Front populaire devant un parterre de chefs d’entreprise, réunis salle Gaveau à Paris, à l’initiative d’organisations patronales dont le Medef. « Le cadre fiscal ne changera pas pour 92 % des entreprises. D’ailleurs, l’essentiel de la fiscalité que nous augmentons est sur une fiscalité sur le patrimoine des particuliers, plus que sur les entreprises. Le taux d’effort fiscal des milliardaires au titre de l’impôt sur le revenu est à 2 %, c’est-à-dire inférieur à la première tranche de l’impôt sur le revenu » a encore développé Vallaud en évoquant une taxation supplémentaire de 1, 2 ou 3 %. Et il a demandé « aux milliardaires un effort de solidarité et de patriotisme économique ». Avec une telle « gauche de combat » on est loin du grand soir.

Le viol, aggravé de propos antisémites, qu’a subi une jeune fille juive de 12 ans à Courbevoie (Hauts-de-Seine) de la part de deux garçons d’à peu près le même âge, aurait pu rester un fait divers choquant, sordide et révoltant. Mais il s’est invité dans la campagne électorale. Au cours de plusieurs rassemblements de protestation, notamment à Paris et à Lyon, les organisateurs ont fait huer Jean-Luc Mélenchon (qui avait pourtant condamné fermement ce viol) et la France insoumise les accusant d’alimenter les sentiments antisémites par leurs prises de position, notamment sur la guerre de Gaza. La ficelle est un peu grosse. Car depuis l’offensive israélienne contre les Palestiniens, les supporters d’Israël utilisent systématiquement l’accusation d’antisémitisme et de racisme pour tenter de disqualifier tout soutien au peuple palestinien et d’assimiler tous les Juifs à l’État sioniste. Ce qui est également la position de Netanyahou. Mais dénoncer cette magouille politicienne ne signifie pas pour autant minimiser l’antisémitisme qui s’est renforcé ces derniers mois et est très loin d’être « résiduel ». Il faut le combattre pied à pied chaque jour dans les entreprises, les quartiers, les établissements scolaires et dans la rue au même titre que l’islamophobie et les autres formes de racisme.

La semaine dernière, Satnam Singhun, travailleur saisonnier indien d’une trentaine d’années, employé dans l’agriculture près de Rome, est décédé deux jours après avoir été abandonné par son employeur avec un bras tranché à la suite d’un accident du travail. Lundi, la Fédération des travailleurs de l’industrie agricole (FLAI) avait signalé « alors qu’il s’occupait de couper le foin, il a eu un bras arraché par une machine et a subi d’autres fractures graves… Outre l’horreur de l’accident, il faut ajouter le fait qu’au lieu d’être secouru par ses employeurs, il a été déchargé comme un sac d’ordures à proximité de son domicile », avait-elle dénoncé. Héliporté vers un hôpital romain, il est décédé peu après. La ministre du Travail, Marina Calderone, a dénoncé un « acte de barbarie » et la justice a ouvert une enquête pour omission de secours et homicide involontaire. Il est probable que son patron, qui le faisait travailler sans contrat, ne risque pas grand-chose dans un pays où la chasse aux migrants clandestins est devenu un leitmotiv du gouvernement.

Le Nouveau Front populaire a investi dans la 7e circonscription des Yvelines un ex-ministre macroniste, Aurélien Rousseau. Après avoir officié sous les Premiers ministres socialistes Manuels Valls et Bernard Cazeneuve, il avait ensuite rejoint Macron. Il était alors devenu le directeur de cabinet de la Première ministre, Élisabeth Borne. À ce poste, il avait piloté la réforme des retraites et le passage de l’âge légal à 64 ans. Puis il avait été nommé ministre de la Santé et de la Prévention avant de démissionner. Avec un tel palmarès sûr que la prétendue « gauche de combat » a gagné une recrue de poids.

Au fur et à mesure que l’on se rapproche des élections législatives, le Rassemblement national, soucieux d’apparaître comme un parti responsable aux yeux du patronat, fait disparaitre les promesses « sociales » – supposées séduire un public populaire – de son programme. Reportés à plus tard (ou à jamais ?) le retour de la retraite à 60 ans, la nationalisation des autoroutes, l’exonération des moins de 30 ans d’impôt sur le revenu et la baisse de la TVA sur les produits alimentaires. Par contre il maintient pour le moment « dès le lendemain du scrutin » d’un taux réduit de la TVA à 5,5 % (au lieu de 20 %) sur les carburants, le fioul, le gaz et l’électricité. Sauf que la fixation de ce taux est une prérogative de l’Union européenne. Et la dernière fois que des taux réduits avaient été adoptés dans la restauration cela avait demandé sept ans de négociations. Cela ne gêne pas trop Bardella qui pourra toujours argumenter qu’il est bloqué par les « eurocrates de Bruxelles » dans son programme de réformes sociales.

Le Rassemblement national a indiqué qu’il n’accordait plus son soutien à l’un de ses candidats dans le Morbihan, Joseph Martin, un cadre du parti qui avait publié un message antisémite sur les réseaux sociaux en octobre 2018. Il écrivait alors que « le gaz (avait) rendu justice aux victimes de la Shoah ». Rebelote en septembre 2019 à propos du maire de Poissy rencontrant des administrés noirs. Il lâchait alors : « Le maire est un peu pâlot, non ? » Il est peu probable que le parti d’extrême droite ignorait les positions racistes de ce monsieur puisqu’il l’avait déjà investi aux législatives de 2022. Jusqu’à présent cela ne le gênait pas. Mais ce qui le dérange désormais est qu’en pleine campagne électorale Libération a dévoilé l’affaire et que l’information a fait ensuite la première page du Canard enchaîné sous le titre « RN et Shoah des mots ». D’où le rétropédalage tardif de Bardella et de ses amis.

Serge Klarsfeld, le « chasseur de nazis », avait indiqué il y a quelques jours son intention de voter pour le Rassemblement national aux législatives en cas de duel face à la gauche. Il vient d’être vertement critiqué par Ginette Kolinka, 99 ans, rescapée du camp d’Auschwitz-Birkenau, qui, malgré son âge, parcourt encore les écoles pour parler devant les élèves de son expérience et des méfaits du racisme et de l’antisémitisme. La survivante de la Shoah a déclaré dans l’émission « C’est à vous » : « Quand tu vois Klarsfeld qui se met d’accord avec eux, là tu te dis qu’il y a quelque chose qui ne va plus. Si même les Juifs se mettent du côté de l’extrême droite, on n’en finira jamais. » Et d’ajouter : « Si j’ai été déportée, c’est parce que l’extrême droite était au pouvoir. » Rappel salutaire.