Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La « préparation opérationnelle à l’emploi individuelle » est un dispositif financé par France Travail jusqu’à 3200 euros par personne et censé déboucher sur un contrat de travail à l’issue d’une formation de 400 heures maximum. Des centres de formation en lien avec des boîtes douteuses se sont mis sur le créneau et engrangent l’argent en laissant les stagiaires dans la nature ! C’est le cas du centre Kelly formation à Montreuil, en lien avec la société MK Finance. Sauf que cette fois-ci les stagiaires ne se laissent pas faire et s’organisent avec le soutien de la CGT chômeurs, de la CGT France Travail et de SUD emploi ! Le 24 mai ils sont allés collectivement demander des comptes au centre de formation et à France Travail. Résultats : le directeur (absent ce jour-là et joint par téléphone) a promis un rendez-vous le 31 mai et la représentante de la direction régionale (barricadée dans l’agence de Montreuil protégée par la police) a promis d’enquêter sur la situation… Une chose est sûre : les stagiaires sont déterminés et iront jusqu’au bout pour pouvoir faire aboutir leur projet professionnel. Plutôt que de tripler les contrôles sur les chômeurs, Attal devrait tripler les contrôles sur les centres de formation bidons.

Le Premier ministre conservateur, Rishi Sunak, a annoncé que des élections législatives anticipées auront lieu le 4 juillet. Les travaillistes devançant d’au moins 20 points les conservateurs dans les sondages ont de bonnes chances de former le prochain gouvernement. Pas de quoi faire trembler la bourgeoisie. Car depuis des mois le leader travailliste, Keir Starmer, répète à l’envi que son gouvernement sera pro-business, contre les grèves et fera mieux que les tories pour combattre l’immigration clandestine. De plus, il s’affiche comme un chaud partisan d’Israël et ne promet pas grand-chose pour redresser le Service national de santé en plein déliquescence, ou le système éducatif en crise permanente. Comme preuve de sa bonne volonté il a écarté des listes des candidats de son parti aux futures élections celles et ceux qui, au cours des derniers mois, ont appuyé les mouvements sociaux, se sont montrés sur des piquets de grèves, ou ont soutenu les migrants et les Palestiniens. Un politicien bourgeois bien sous tous rapports.

Patrick Pouyanné, le président directeur général de TotalEnergies, a été réélu sans surprise à son poste par l’assemblée générale des actionnaires qui s’est déroulée au siège du groupe, dans le quartier d’affaires de la Défense, dans les Hauts-de-Seine. Une assemblée tenue sous haute surveillance policière pour empêcher les militants écologistes de la perturber comme ils l’avaient fait l’an dernier. Ces derniers, au nombre de plusieurs centaines, ont finalement manifesté à Paris intra muros devant les locaux du gestionnaire d’actifs Amundi, l’un des actionnaires principaux du grand groupe pétrolier. De son côté, Pouyanné, toujours égal à lui-même, a redit sa volonté de continuer à développer ses activités pétrolières et gazières malgré les graves atteintes à l’environnement qu’elles provoquent, et, de plus, au mépris des droits des populations locales au sein desquelles sont implantées ses salissantes activités. Une stratégie climaticide dénoncée par nombre de scientifiques mais qui à l’appui de Macron et compagnie, toujours prêts à défendre un des fleurons les plus polluants de l’économie nationale.

Sans doute convaincu par le fait que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures tambouilles politiques, Gabriel Attal, dans un bilan d’étape de ses concertations sur la délinquance des mineurs, a annoncé qu’un projet de loi « avant la fin de l’année » permettrait la mise en place d’une forme de « comparution immédiate » des jeunes à partir de 16 ans et l’atténuation de l’excuse de minorité. Deux mesures qui figurent dans le Code de justice pénale des mineurs et que défendent les syndicats de magistrats qui font valoir que le problème principal auquel se heurte aujourd’hui la justice des mineurs est non la législation en place mais le manque criant de moyens. Mais de cela Attal n’en parle pas. Il fait de la com…

La visite éclair de 17 heures du président de la République en Nouvelle-Calédonie ne laissera pas un souvenir inoubliable. Sa seule annonce concrète est qu’il ne ferait pas passer en force au Parlement une réforme du corps électoral qui avait mis le feu aux poudres… et dont il était jusqu’alors un défenseur acharné et un promoteur zélé. Il a donné « quelques semaines » aux leaders kanak pour ramener le calme et reprendre le dialogue. Sinon… rien de concret. Pas question pour lui de reconnaître sa large part de responsabilité dans la situation actuelle. Pas plus d’ailleurs que la réalité de l’oppression néo-coloniale que connait depuis toujours le peuple kanak.

Utopia 56, une association venant en aide aux exilés à la rue, a été la cible d’un groupuscule d’extrême droite, connu pour ses actions contre l’immigration. Un grillage, portant plusieurs affichettes insultantes pour les migrants, a été placé, dans la nuit, devant la porte du local de l’association en condamnant l’entrée. Sur un des messages était écrit : « Parce qu’elle refuse l’expulsion des migrants illégaux et encourage leur traversée, l’association se rend complice de l’invasion migratoire qui sévit en France. » Plainte a été déposée pour incitation à la haine. L’action a été revendiquée par le collectif d’extrême droite Furie française, un groupuscule qui s’était déjà fait remarquer par le passé pour avoir notamment – avec La Manif pour tous – lancer une pétition afin de pousser le maire de la ville à annuler des lectures de drag-queens auprès d’enfants. Utopia 56 est présente dans neuf villes et organise des maraudes de nuit et en journée auprès des personnes exilées à la rue, demandeuses d’asile ou roms, en campements et bidonvilles. Ses bénévoles mènent également des actions auprès de mineurs non accompagnés. Et ce n’est pas la première fois que l’association et ses membres sont l’objet d’attaque de la part de la vermine fascisante.

Faith vit depuis 2011 en France où est né son fils aujourd’hui âgé de 7 ans. Elle est Nigérienne. Bien que sans papiers, elle travaille depuis quatre ans dans l’Ehpad La Parentèle de Dol-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine, près de Saint-Malo. Elle a reçu une OQTF – obligation de quitter le territoire français – dans le cadre de la loi Darmanin. Prétexte : à son arrivée en France, elle a été victime d’un réseau de prostitution. Les services de Darmanin confondent donc volontairement les proxénètes, des criminels dont on connait les méthodes, et leurs victimes. En contradiction avec ses propres principes officiels qui préconisent la prise en charge des victimes de traite humaine. Cette expulsion est non seulement inhumaine et honteuse, mais elle est absurde, car on manque de personnel dans les Ehpad et Faith donne toute satisfaction. Mais la démagogie xénophobe passe avant les intérêts des pensionnaires des Ehpad. L’indignation largement partagée et les nombreuses actions de solidarité organisées dans la région permettent d’espérer qu’il sera possible de faire reculer Darmanin.

Borhen Bssais, un présentateur de médias privés, et Mourad Zeghidi, un commentateur politique, ont été condamnés chacun à un an de prison. Ils ont écopé de six mois pour diffusion de « fausses nouvelles » dans les médias et réseaux sociaux, et six mois supplémentaires pour « de fausses déclarations dans le but de diffamer autrui », en vertu d’un décret-loi promulgué en 2022 par le président Kaïs Saïed pour faire taire toute opposition. « Quand la politique entre dans les tribunaux, la justice en sort », a martelé dans sa conclusion Kamel Massoud, l’un des avocats des deux hommes. Leur arrestation avait coïncidé avec l’interpellation de deux avocats, Sonia Dhamani et Mehdi Zagrouba, en vertu du même décret et suivait celles de militants d’associations d’aide aux migrants. L’ONG Human Rights Watch (Vigie des droits humains) a dénoncé dans un communiqué « une escalade de la répression gouvernementale ces dernières semaines et des actions visant à museler la liberté d’expression, à poursuivre les dissidents et à réprimer les migrants ». Un bon résumé de la politique de l’autocrate Saïed.

Alors que, comme ici, la droite et l’extrême droite font de la surenchère anti-migrants en vue notamment des élections européennes, les économistes soulignent que le vieillissement de la population provoque une pénurie de main-d’œuvre et menace à terme le financement des retraites. En effet, un habitant sur cinq a plus de 65 ans et la situation devient problématique : le pays le plus industrialisé d’Europe manque de bras et les entreprises allemandes peinent à recruter. Pour sauver son système social et son économie, le pays a besoin de 400 000 immigrés par an. Pour combler les postes vacants, le gouvernement a donc décidé de favoriser l’immigration de certains profils qualifiés avec des procédures de visa simplifiées et des régularisations accélérées. On compte aujourd’hui 11 millions d’habitants avec un passeport étranger et leur nombre risque d’augmenter au fil des ans. Ce qui fait grincer des dents aux réactionnaires de tout poil et réduit à néant leur théorie fumeuse de la nocivité de « l’invasion migratoire ». Car ce sont bien ces migrants, au côté des autres travailleurs, qui font tourner l’économie.