Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Onze ans après la fin de l’activité armée de l’organisation clandestine basque ETA et quatre ans après son auto-dissolution, deux militants basques, Béatrice Molle-Haran et Jean-Noël « Txetx » Etcheverry, sont jugés par le tribunal correctionnel de Paris pour « port, transport et détention d’armes et d’explosifs en relation avec l’organisation terroriste ETA ». Ils avaient été arrêtés le 16 décembre 2016 à Louhossoa, en plein cœur du Pays basque, avec trois autres de leurs camarades, aujourd’hui décédés, alors qu’ils mettaient hors d’usage un dépôt d’armes de l’ETA. Car, très loin d’être des « terroristes », tous étaient connus pour leur pacifisme et leur opposition à toute forme de lutte armée. Mais, après la décision de l’ETA de déposer les armes et le refus de Madrid et de Paris de négocier avec elle, ils avaient décidé d’accélérer les choses et de rendre inutilisables ses stocks d’armes. Même après leur arrestation ils continuèrent sur la même voie, cette fois avec l’accord tacite des autorités françaises et l’appui massif de l’opinion locale. Pour ce procès, ils ont reçu le soutien public de parlementaires, d’anciens ministres et préfets et de personnalités du monde des arts. Il est donc probable qu’ils ne risquent pas grand-chose. Mais par contre leur comparution sera peut-être l’occasion de rappeler qu’il y a encore plus de 150 prisonniers basques en Espagne et en France, dont certains croupissent en prison depuis plus de 30 ans.

L’Assemblée nationale discute d’une proposition de loi déposée par le député écologiste de Bordeaux, Nicolas Thierry, visant à interdire les PFAS qu’on appelle plus familièrement les « polluants éternels ». Ce sont des composés chimiques mis au point dans les années 1950 et qui sont utilisés dans une vaste gamme d’articles pour leurs propriétés anti-adhésives et anti-salissures. On en trouve dans les vêtements, les poêles, le papier toilette, les emballages, les mousses anti-incendie, les cosmétiques, le matériel médical, etc. Ils imprègnent l’alimentation et l’eau potable et sont difficilement éliminés par le corps humain une fois ingérés. Dans un premier temps le projet de loi vise à les faire interdire dans quatre familles de produits : ustensiles de cuisine, textiles, cosmétiques et fart pour les skis. Les patrons de ces secteurs sont vent debout contre cette mesure, notamment ceux du groupe SEB qui ont appelé leurs salariés à manifester devant l’Assemblée nationale. Quant au ministère de l’Économie il ne cache pas non plus son hostilité estimant que « cette proposition de loi suscite notre réserve, car elle est trop radicale et risque de pénaliser… nos entreprises ». Encore une fois la santé publique risque de passer derrière les profits.

En guise de poisson d’avril, et pour célébrer l’arrivée des Jeux olympiques, la RATP, la régie des transports parisiens, a débaptisé l’espace d’une journée une dizaine de stations de métro. Elles ont été affublées de sobriquets en référence à des disciplines olympiques et paralympiques. « Trocadéro » est ainsi devenu « Trocanoé », « Alexandre Dumas » « Alexandre Dumarathon » et « Nation » « Natation ». Un humour à deux ronds qui n’a que modérément fait sourire ceux qui s’en sont aperçus. Mais des internautes ont fait remarquer sur les réseaux sociaux qu’à quelques mois d’augmentations spectaculaires des tarifs dues aux JO, la RATP aurait pu être plus avisée de dépenser son argent autrement, notamment pour l’amélioration des transports en commun.

Treize maires du 93 (Bagnolet, Bobigny, L’Île-Saint-Denis, La Courneuve, Le Pré-Saint-Gervais, Les Lilas, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin, Romainville, Sevran, Stains et Villetaneuse) ont publié un arrêté commun, afin de forcer l’État à accéder aux demandes des parents et des syndicats qui réclament depuis six semaines un « plan d’urgence » pour le département. Ces maires estiment que le manque de moyens constaté en Seine-Saint-Denis par rapport aux autres départements « nuit gravement à la dignité humaine des plus jeunes » et constitue par là un trouble à l’ordre public de l’éducation. « Un enfant de Seine-Saint-Denis n’a pas les mêmes droits qu’un enfant de Rambouillet ou de Paris. Cette inégalité majeure doit être corrigée. Il n’est pas normal que nos enfants perdent un an de scolarité ou que des enfants en situation de handicap soient moins accueillis ou aidés », explique Patrice Bessac, le maire de Montreuil, en s’appuyant sur un rapport du député communiste Stéphane Peu. Les édiles concernés demandent donc à l’État un plan d’urgence – et donc des moyens supplémentaires – pour les écoles, collèges et lycées, une demande portée par l’intersyndicale soutenue par les parents d’élèves depuis la fin du mois de février. On ne sait pas la portée réelle qu’aura une telle initiative, mais elle a au moins le mérite d’attirer l’attention une fois de plus sur l’état lamentable du système scolaire dans le département le plus pauvre de Métropole.

Examiné par la commission de l’Éducation et de la Culture de l’Assemblée nationale, un rapport étrille le financement de l’enseignement privé sous contrat avec l’État et réclame davantage de transparence au risque de sanctions. Composé à 95 % d’établissements catholiques, scolarisant plus de deux millions d’élèves, financé « a minima à 75 % par la puissance publique », cet enseignement privé fait face à un feu roulant de critiques alimentées, ces derniers mois, par les scandales autour de Stanislas, un établissement parisien élitiste, les sorties de piste de l’ex-ministre de l’Éducation Oudéa-Castéra ou encore un rapport de la Cour des comptes paru en juin. Ce dernier avait souligné les carences du contrôle de l’État et un « net recul » de la mixité sociale dans les établissements privés qui scolarisent en priorité les enfants des classes aisées. Pour le député insoumis Paul Vannier, le manque de contrôle de la part de l’État « autorise et rend possible des fraudes, des détournements de fonds ». « Beaucoup d’acteurs nous ont décrit au moins quatre mécanismes de détournement de fonds comme des heures d’enseignement déclarées, payées sur fonds publics, mais pas effectuées », a-t-il ainsi expliqué sur Franceinfo. Et de dénoncer le financement opaque, une dépense de 9,04 milliards d’euros sous-estimée, des contrôles budgétaires et pédagogiques insuffisants. Mais il y a peu de chances que les choses changent, l’école privée ayant un solide appui au plus haut niveau de l’État et scolarisant une bonne partie des rejetons des ministres et des hauts fonctionnaires. Une école de classe…

L’armée israélienne vient de bombarder un centre de distribution de nourriture géré par l’association humanitaire américaine Word Central Kitchen. Au moins sept membres de cette ONG, de diverses nationalités, ont été tués. Aucun combat ne se déroulait à proximité de ce centre. WCK a annoncé son retrait, dans l’impossibilité de travailler. Ce nouveau crime suscite des réactions dans le monde entier. Même Biden exprime son « émotion ». Pourtant cette émotion ne va pas jusqu’à contraindre l’armée israélienne à arrêter le massacre en cessant de lui fournir des munitions. Face au cynisme sanguinaire de Netanyahou et à l’hypocrisie des dirigeants des grandes puissances, seule une mobilisation populaire à grande échelle en solidarité avec les Palestiniens pourra faire reculer les assassins et leurs complices.

L’hélicoptère qui assure les transports sanitaires vers le CHU de Rennes est en panne depuis le 24 mars, après celui de Saint-Brieuc, immobilisé depuis début mars. Or ces hélicoptères effectuent chacun trois ou quatre opérations par jour. Dix fois plus rapides qu’une ambulance, ils jouent un rôle indispensable pour sauver des vies humaines. Ces transports sont confiés à la société privée Babcock qui se positionne comme la première entreprise de transports sanitaires européenne. Or celle-ci ne respecte pas son contrat qui stipule de remettre en état un appareil ou de le remplacer en moins de 24 heures. La volonté de rentabiliser la pousse à travailler à flux tendu, sans pièces ni appareils de réserve. Une activité aussi vitale devrait être confiée à un service public doté des moyens nécessaires. Mais la sous-traitance est censée permettre de faire des économies… au risque de coûter des vies humaines.

Gabriel Attal, qui semble découvrir l’existence des bas salaires, vient de lancer un nouveau slogan : « Désmicardiser la France ». Le pourcentage des salariés rémunérés au smic a en effet augmenté, dans le privé, leur pourcentage est passé de 12 % en 2021 à 17 % en 2024. Et cette statistique ne fait pas mention des salaires à peine supérieurs au smic, des temps partiels et des précaires. L’explication trouvée par les conseillers du pouvoir, c’est que les patrons n’auraient pas intérêt à augmenter leurs salariés car ça leur infligerait davantage de charges. Conclusion : il faudrait encore baisser les charges patronales. Ce petit tour de passe-passe permet donc de prendre argument des bas salaires pour favoriser davantage les patrons. Face à cette hypocrisie, le meilleur moyen d’augmenter tous les salaires, et pas seulement le smic, ce serait une lutte d’ampleur des travailleurs pour revendiquer des augmentations égales pour tous d’au moins 400 euros par mois.

Gilles Lurton, maire macroniste de Saint-Malo, vient d’annoncer qu’un agent municipal serait sanctionné. Son crime : il a utilisé un pistolet de marquage au sol appartenant aux services techniques de la mairie pour « vilipender » [sic], en dehors de ses heures de travail, une affiche du Rassemblement national. Un membre du RN l’a aperçu et dénoncé auprès du maire et de la police. Les traditions de délation, ça ne se perd pas. Pas mal d’habitants pensent plutôt que ce sont les affiches du RN qui vilipendent la ville, car celles-ci tiennent rarement longtemps. Mais Lurton, qui ne s’indigne pourtant pas facilement, par exemple de la pollution de la Timac ou de la mise en chômage technique de marins-pêcheurs, a visiblement voulu flatter l’extrême droite. Quoi qu’il en soit, cet employé municipal ne doit pas être sanctionné !