Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le déficit public a atteint 5,5 % du produit intérieur brut en 2023, à 154 milliards d’euros, a annoncé l’Insee, soit davantage que les 4,8 % de 2022 et que les 4,9 % initialement prévus par le gouvernement pour 2023. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, tout en affirmant qu’« on peut parfaitement faire des économies sur la dépense publique sans aller piocher dans les poches des Français » s’apprête à faire exactement le contraire en s’en prenant à l’assurance-chômage, aux arrêts maladie, aux transports sanitaires, aux infections longue durée, en déconnectant les retraites de l’inflation, etc. Bref en mettant sur pied une politique d’austérité (« de rigueur » a déclaré Gabriel Attal à l’Assemblée nationale) et de casse des acquis sociaux. Pour contrer ces sinistres projets la mobilisation de l’ensemble des travailleurs est plus que jamais d’actualité.

Claire Hédon, la Défenseure des droits, vient de rendre un rapport d’activité 2023 qui dresse une liste accablante d’exemples de l’érosion des droits démocratiques et de l’accès de tous et toutes aux droits fondamentaux. Un constat au vitriol qui l’amène à « porter un regard inquiet sur l’état des droits et libertés dans notre pays ». Et d’ajouter « plusieurs réformes législatives ou réglementaires ont restreint le bénéfice de certains droits, dans le domaine du logement, de l’accès aux prestations sociales ou encore de l’immigration. […] Les états d’urgence successifs mis en œuvre depuis 2015 et l’adoption de mesures répressives pour sauvegarder la démocratie libérale […] ont non seulement restreint les droits et libertés, mais aussi alimenté des discours ouvertement hostiles à l’État de droit. » Elle dénonce notamment la criminalisation de certaines associations contestataires et le comportement des forces de l’ordre lors des manifestations. Un état des lieux qui n’étonnera personne mais qui n’empêchera pas les autorités de continuer à s’attaquer aux droits démocratiques.

Emmanuel Macron a consacré une visite de deux jours à ce « département d’outre-Mer » confronté à la question de l’insécurité, de l’enclavement, du manque de logements, de la faiblesse des infrastructures (notamment le manque de routes), de la déliquescence des services publics et des difficultés économiques persistantes, dont avait témoigné la grève générale de mars 2017. Son premier voyage, en octobre 2017, alors qu’il venait d’être élu, avait été calamiteux car après avoir qualifié la Guyane « d’île », il avait lâché, méprisant, à une habitante qui invoquait la nécessité de construire un nouveau hôpital : « Je ne suis pas le père Noël ! » Les Guyanais s’en souviennent encore. Cette fois il amène dans sa hotte des mesures destinées à la pêche, à l’agriculture et à la lutte contre l’exploitation illégale de l’or, un facteur central dans la criminalité qui gangrène le territoire, atteignant des niveaux records, avec 20,6 homicides pour 100 000 habitants, soit près de 15 fois plus que la métropole. Bref des « objectifs ambitieux » mais prévus seulement… à l’horizon 2030. Peu de chance que cela modifie beaucoup le sort d’une population où une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté.

La direction n’a de cesse de se plaindre de la concurrence des entreprises chinoises et de pleurnicher pour obtenir subventions et normes qui lui seraient profitables. Mais quand il s’agit de ses partenaires comme le fabricant chinois Leapmotor – dont Stellantis est devenu actionnaire – ce n’est plus la même musique. D’après l’agence Reuters, Stellantis prévoirait d’importer des voitures électriques Leapmotor T03 de Chine pour terminer leur montage à l’usine de Tichy, en Pologne, avec l’objectif d’éviter les taxes à l’importation et peut-être profiter du bonus écologique. Pour maximiser ses profits, Tavares, le directeur général, peut bien s’accorder avec ses « concurrents » et faire donner quelques tours de vis pour ajouter un logo.

Le diesel n’en finit pas de mourir et connaît même un regain de vigueur en ce début 2024, surfant sur l’arrêt des subventions sur les véhicules électriques en Allemagne et leur diminution dans l’Hexagone. Du coup il y a pénurie de moteurs diesel chez Stellantis et la direction impose du chômage technique dans les usines comme à Rennes ou Hordain. Les fournisseurs de composants ont eux-mêmes irrémédiablement réduit leur production et ne peuvent plus suivre la cadence. Cette incurie patronale prêterait à sourire si une fois de plus les salariés n’en faisaient pas les frais, en perdant de l’argent en chômant et en subissant une perpétuelle désorganisation de leur vie personnelle avec des séances de travail qui s’annulent au jour le jour. Pour organiser la société nous ne pouvons pas compter sur ces gens-là, mais seulement sur nous-mêmes.

Deux enfants sur cinq ne vont pas à l’école, malgré la relative accalmie qui prévaut dans un pays ravagé par la guerre civile depuis près d’une décennie et qui a fait des centaines de milliers de morts, révèle une étude publiée par l’organisation Save the Children. Les violences ont nettement diminué depuis un accord de trêve négocié par l’ONU en avril 2022, mais la situation reste très précaire pour les quelque 33 millions d’habitants du Yémen. « Deux enfants sur cinq, soit 4,5 millions d’enfants ne vont pas à l’école », tandis qu’« un tiers des familles interrogées ont au moins un enfant ayant abandonné l’école au cours des deux dernières années, malgré la trêve », indique l’étude. L’insécurité et la crise économique ont plongé les deux tiers des Yéménites sous le seuil de la pauvreté et entrainé le déplacement de 4,5 millions de personnes, soit 14 % de la population, rappelle Save the Children en soulignant que les enfants déplacés étaient « deux fois plus susceptibles d’être déscolarisés que les autres ». Si 14 % des familles interrogées ont expliqué l’abandon de l’école par la poursuite des violences, la plupart invoquent des raisons économiques : plus de 44 % ont souligné la nécessité pour les enfants de soutenir financièrement leur famille, tandis que 20 % ont affirmé ne pas avoir les moyens de payer les frais de scolarité et les manuels scolaires. Encore une fois, dans ce genre de situation, les enfants sont des victimes en première ligne.

Après plus de cinq mois de conflit et plus de 32 000 morts, en majorité des civils, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution exigeant un « cessez-le-feu immédiat » à Gaza. La résolution a été votée par 14 voix pour et une abstention, celle des États-Unis. Israël a aussitôt fait savoir qu’il n’en tiendrait pas compte. L’abstention des États-Unis ne constitue qu’une « pression » bien modeste, car les spécialistes estiment que si les États-Unis arrêtaient du jour au lendemain leurs livraisons d’armes quasi-quotidiennes à l’État sioniste, ce dernier ne pourrait pas poursuivre son action militaire contre les Gazaouis pendant plus de deux semaines. Et cela serait infiniment plus efficace pour mettre fin aux combats que toutes les résolutions de l’ONU.

Dans une longue interview accordée au journal Sud Ouest dimanche, le ministre de l’Économie s’en prend à nouveau à « l’État social » ou « l’État providence », qu’il juge dispendieux et inefficace, en faveur d’un « État protecteur ». Ce dernier « garantit la sécurité des Français en investissant dans la justice, la police et les forces armées ». En un mot moins d’argent public pour les demandeurs d’emploi, les précaires, les familles nombreuses et les retraités, mais bourse ouverte pour les policiers, gendarmes et autres militaires.

Le collectif « Bassines, non merci ! », opposé aux retenues d’eau artificielles en faveur des gros agriculteurs, a annoncé déposer plainte contre le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qu’il accuse d’avoir « menti sous serment » devant une commission d’enquête parlementaire à propos de violents affrontements avec la police lors d’une manifestation organisée il y a tout juste un an à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. Que Darmanin ait menti, c’est plus que probable, c’est un habitué du genre. Mais il pourra toujours se défendre en disant que depuis la nuit des temps, tous les ministres font la même chose. Imparable !