Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Une enquête du magazine Zone interdite (diffusée dimanche 24 mars sur M6) vient de mettre en lumière la défaillance complète de la prise en charge des enfants souffrant de handicap. Une journaliste enquêtant clandestinement s’est fait embaucher, sans aucune qualification ni formation. Les enseignants spécialisés font défaut, le nombre de places est insuffisant. Au point que 30 000 enfants et leurs parents sont aujourd’hui laissés sans solution. Plusieurs cas de maltraitance ont été signalés. Et, quand des parents se plaignent, des pressions sont exercées pour les faire taire. Il est clair que le sort des enfants handicapés n’intéresse guère ceux qui nous gouvernent. Il est vrai qu’ils deviendront difficilement des salariés rentables à exploiter. Ceci expliquerait-il cela ?

Les députés écologistes Sébastien Peytavie et Marie-Charlotte Garlin ont fait tester à certains de leurs collègues masculins (insoumis, macronistes et républicains) un simulateur de règles douloureuses pour les sensibiliser à la question, quelques semaines avant de défendre un texte à l’Assemblée visant à créer un « arrêt menstruel » en cas de « menstruations incapacitantes », calqué peu ou prou sur le modèle espagnol. Les réactions des cobayes, tous surpris par la douleur, ont été unanimes allant de « ça fait super mal » à « très douloureux » en passant par « c’est horrible en fait » ou ça ressemble à « de petits coups de poignards » dans le ventre. Le mois dernier, le groupe socialiste au Sénat a échoué à faire adopter un texte instaurant dans les entreprises un arrêt spécifique pour les cas de dysménorrhée (douleurs menstruelles), dont l’endométriose. De là à imaginer un résultat différent si les sénateurs avaient testé le simulateur il n’y a qu’un pas… que nous ne franchirons pas.

L’ONG Save the Children (Sauvez les enfants) vient de publier une étude, citée par Courrier international, sur le travail des enfants dans le pays. Il en ressort que plus d’un tiers (38 %) d’entre eux ont été poussés à travailler « pour aider leur famille à faire face à la montée en flèche de la pauvreté et de la faim ». Certains travaillent dès 6 ans. Les garçons sont les plus nombreux à subvenir aux besoins de leur famille mais des filles, souvent très jeunes, sont aussi employées dans des ateliers textiles ou dans des usines de briques. Et les trois quarts des enfants interrogés affirment qu’ils mangent moins qu’il y a un an, les filles étant 17 % plus nombreuses que les garçons à souffrir la faim. Un calvaire permanent.

Nouveau drame de la migration au large de la ville de Meulaboh, en Indonésie, où un bateau transportant environ 150 Rohingyas a fait naufrage. Seuls 69 d’entre eux ont pu être secourus, les autres ont disparu en mer. Les Rohingyas sont une minorité ethnique majoritairement musulmane de Birmanie. Ils sont persécutés par le régime militaire qui se réclame d’un bouddhisme raciste et militant. Beaucoup se sont réfugiés au Bangladesh où ils sont parqués dans des camps. De là ils tentent leur chance à la recherche d’une vie meilleure en Indonésie ou en Malaisie, des pays qu’ils cherchent à atteindre à bord de frêles embarcations. D’où des drames nombreux qui sont largement ignorés.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite et de la colonisation sioniste, a annoncé la saisie de 800 hectares de terres dans la vallée du Jourdain. Selon l’organisation pacifiste israélienne « La Paix maintenant », c’est la plus importante saisie de terres en territoire palestinien depuis les accords de paix d’Oslo en 1993. Israël continue de massacrer les Palestiniens à Gaza et de confisquer leurs terres en Cisjordanie. Un régime criminel, colonialiste et raciste.

Aurélien Viers, le directeur de la rédaction du quotidien La Provence, un titre détenu par l’armateur milliardaire franco-libanais Rodolphe Saadé, par ailleurs grand pote de Macron, vient d’être mis à pied pour une semaine. Il a également été convoqué à un entretien préalable à un licenciement. Son crime : suite à l’opération à grand spectacle, dénommée « place nette XXL » montée par Macron pour lutter contre la drogue, le quotidien marseillais s’était montré sceptique en publiant en première page une photo montrant deux jeunes face à une policière surmontée du titre : « Il est parti, et nous on est toujours là… » Une manière de dire que la visite du président n’a pas changé grand-chose au marché de la drogue marseillais. Le rappel d’une évidence qui n’a pas plu en haut lieu et qui a entrainé la sanction contre Viers. En signe de protestation les journalistes se sont mis en grève illimitée. La presse est libre… mais pas trop.

Alors que les milieux politiques, dont Macron lui-même, artistiques et journalistiques ont loué la mémoire de l’ancien ministre de la Culture, d’autres ne cachent pas leur malaise. C’est notamment le cas de Laurent Boyet, président de l’association d’aide à l’enfance Les Papillons et ancien membre de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise). Il juge sévèrement ces hommages et rappelle les dérives de Frédéric Mitterrand, son penchant pour les petits garçons, sa défense du tourisme sexuel dans les pays pauvres et son soutien à l’écrivain pédophile Gabriel Matzneff. Bref, derrière « l’homme de culture » disparu, un personnage plus que douteux.

La Compagnie des pêches de Saint-Malo vient de mettre 36 marins au chômage partiel pour 12 semaines. Prétexte : l’État tarde à transférer les quotas de pêche de merlan bleu attribués jusqu’alors à des bateaux malouins à un gigantesque chalutier de 145 mètres, le plus grand du monde, qui bat pavillon polonais. La Compagnie des pêches a investi 15 millions d’euros dans une unité de production installée à bord de ce monstre, véritable symbole de la démesure de la pêche industrielle.
Florian Soisson, le DG de la Compagnie des pêches, ex-analyste financier, qui est aussi président du Comité national des pêches, menace d’étendre cette mesure de chômage partiel à 300 autres salariés si l’État ne cède pas à ses exigences. Il s’agit de toute évidence d’un chantage cynique. Pour cet armateur, les montages financiers. Les profits comptent davantage que le sort des travailleurs de la mer. Cette compagnie, qui vient en plus d’ouvrir un immense restaurant sur les quais, aurait pourtant largement les moyens de continuer à payer ses salariés et de répartir leur travail sur d’autres activités. Mais il entend leur faire payer son bras de fer avec l’État. Reste à savoir comment vont réagir les travailleurs.

Des manifestations en soutien aux Palestiniens ont bloqué à Cheltenham, Édimbourg et Bradford trois usines d’armement sous contrat avec l’armée israélienne. À Cheltenham c’est l’usine GE Aviation Systems, qui produit des pièces détachées pour les avions de combat F-35 qui a été visée ; à Édimbourg le groupe Leonardo UK, qui travaille aussi pour les F-35, et à Bradford la société Teledyne Technologies, qui fait partie d’une multinationale américaine qui produit du matériel de surveillance utilisé à Gaza. Des actions de ce type sont régulièrement dénoncées par le gouvernement conservateur, qui soutient à fond Netanyahou, mais aussi par le Parti travailliste qui n’hésite pas à suspendre – voire à exclure – ses militants et élus qui affichent publiquement leur soutien aux Palestiniens.