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Brèves

L’actualité en bref

Le 8 avril, le patronat avait mis les petits plats dans les grands pour inviter Marine Le Pen chez Drouanr, une grande table parisienne. Se trouvaient autour de la table, l’homme le plus riche de France, Bernard Arnault, PDG de LVMH, son homologue de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, celui de Capgemini, Paul Hermelin, un fils Bolloré et tout le gratin du CAC40. Le principal syndicat patronal va remettre le couvert. Patrick Martin, le patron des patrons, a invité pour le 20 avril Jordan Bardella à déjeuner au siège du Medef, avenue Bosquet à Paris. Voir les dirigeants du Rassemblement national ripailler avec les grands patrons et trinquer à leur santé c’est tout un symbole des liens qui unissent les uns et les autres.

Les députés examinent une proposition de loi visant à allonger les délais de rétention administrative des personnes étrangères condamnées pour « terrorisme » ou « représentant une menace » avant leur éventuelle expulsion du territoire. Le texte prévoit la possibilité de les maintenir en détention jusqu’à 210 jours contre un maximum de 90 jours actuellement. Une première proposition de loi, englobant des dispositions similaires, avait été censurée en août 2025 par le Conseil constitutionnel. Mais les députés Charles Rodwell (Renaissance), défenseur d’une immigration « massivement réduite et choisie », Gabriel Attal (Renaissance) et Michel Barnier (Les Républicains) ont remis le couvert. Les associations d’aide aux migrants dénoncent des mesures disproportionnées qui relèvent « de la pure posture politique ». Cette nouvelle proposition de loi entre dans le cadre de la campagne anti-migrants que lancent régulièrement la droite et le centre en courant derrière le Rassemblement national.

Depuis le début du procès en appel de Sarkozy dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, ce dernier avait une ligne de défense qui consistait à affirmer qu’il ne savait rien et que ce sont ses deux plus proches collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, qui avaient tout manigancé derrière son dos. Une défense qui vient d’être sérieusement malmenée par une longue lettre envoyée au tribunal par Guéant, absent des débats du fait de son état de santé dégradé. Il raconte par le menu un repas à Tripoli au cours duquel Kadhafi aurait demandé à Sarkozy de régler la situation judiciaire de son beau-frère, Abdallah Senoussi, condamné en France à perpétuité pour son rôle dans l’attentat du DC‑10 de l’UTA en 1989, qui avait fait 170 morts. Nullement choqué par une telle demande, Sarkozy aurait demandé à Guéant de régler la question. En fait tout ce petit monde n’a jamais hésité à se livrer à des magouilles sordides, facilitées sans doute par les sommes mirobolantes versées par le dictateur libyen. Et aujourd’hui, chacun rejette la faute sur l’autre.

Environ 250 personnes, dont des enfants, ont été portées disparues après le naufrage d’un bateau transportant des réfugiés rohingyas et des ressortissants bangladais au large du Bangladesh alors qu’ils voulaient rejoindre la Malaisie. Depuis des années, les Rohingyas – une minorité musulmane – sont opprimés par le régime bouddhiste de Birmanie, privés de leurs droits, voire massacrés. Le bilan de ce nettoyage ethnique, toujours en cours, a, selon les agences de l’ONU, fait au moins 25 000 morts alors qu’on estime à 18 000 le nombre de femmes qui ont été violées. Ils tentent de fuir vers le Bangladesh, où ils sont parqués dans les camps insalubres de la ville frontalière de Cox’s Bazar. Certains reprennent alors la mer à la recherche d’un autre pays d’accueil. Le plus souvent en vain…

Le gouvernement a décidé de renvoyer à plus tard le projet de loi visant à permettre à certains artisans dits « de proximité » (boulangers, fleuristes, etc.) d’ouvrir le 1er mai en faisant travailler leurs salariés sur la base du volontariat et les payant double. Tous les syndicats étaient vent debout contre la mesure et la gauche avait menacé de censurer le gouvernement. Mais ce n’est que partie remise. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a en effet promis de réexaminer la question avant mai 2027. D’ici là tout est possible…

Après la reculade du gouvernement sur le 1er mai, le patron du parti présidentiel Renaissance, Gabriel Attal, fort marri que le texte qu’il portait ait été reporté, a appelé le Premier ministre à « donner instruction aux administrations et aux inspections concernées de ne pas sanctionner les artisans qui feront le choix d’ouvrir le 1er mai prochain ». Une manière de demander au gouvernement de ne pas respecter la loi en vigueur. Preuve que pour Attal, comme pour nombre de politiciens bourgeois, on peut s’asseoir allègrement sur la fameuse « légalité républicaine » si elle va à l’encontre de l’intérêt de certains patrons.

Au prétexte de désengorger les juridictions, qui font face à plus de 5 000 dossiers en retard, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a fait inscrire dans son projet de réforme de la justice criminelle, actuellement examiné par le Sénat, une nouvelle procédure dite du « plaider-coupable ». Elle s’appliquera principalement aux affaires de viol et permettra aux accusés, sur reconnaissance de culpabilité, de négocier directement leurs peines avec le juge. Ce dernier pourra, toujours au nom de l’efficacité, décider de réduire le nombre de témoins entendus. Cette procédure expéditive, si elle est adoptée, privera les victimes, leurs familles et la défense de la possibilité de pouvoir s’expliquer en audience publique. Pour Darmanin, il ne s’agit nullement d’améliorer le fonctionnement et la qualité de la justice mais de faire du chiffre. Pour dénoncer ce projet, des milliers d’avocats ont manifesté dans tout le pays et certains ont entrepris une grève du zèle.

Décision inédite du tribunal de Paris. Il a condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate l’ancien président du cimentier Lafarge, Bruno Lafont, reconnu coupable, avec d’autres, d’avoir financé des groupes djihadistes en Syrie. En 2013-2014, alors que la guerre civile ravageait le pays et que la plupart des entreprises étrangères avaient plié bagages, Lafarge était resté sur place et, pour poursuivre ses activités en toute tranquillité, finançait des organisations islamistes. Des peines de prison ferme et des amendes conséquentes ont été prononcées à l’encontre de trois autres cadres de l’entreprise. Pour une fois l’argument classique mis en avant – « les affaires sont les affaires » – n’a pas convaincu les juges. Il faut dire que les prévenus avaient poussé le bouchon un peu loin.

Sur plainte de l’Union fédérale des consommateurs-Que Choisir, l’opérateur de télécommunications SFR a été condamné à une amende de dix millions d’euros, dont cinq millions avec sursis, par le tribunal correctionnel de Paris, pour des publicités trompeuses de sa marque « Red by SFR ». L’association de consommateurs, qui avait saisi la justice en 2021, a salué « un signal fort en faveur de la transparence des pratiques commerciales ». Possible. Sauf que les pratiques commerciales, chez les opérateurs de télécom comme ailleurs, sont loin d’être transparentes. Et pour une épinglée, deux ou trois autres passent sous les radars.