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Brèves

L’actualité en bref

Le 5 février, Christophe, un SDF de 58 ans, a été retrouvé mort dans des toilettes publiques de Saint-Malo suite à un malaise. Christophe avait travaillé comme marin pendant 37 ans, après avoir embarqué pour la première fois à l’âge de quinze ans et demi. C’est à la suite d’une séparation qu’il s’était retrouvé à la rue et n’avait pas réussi à retrouver de logement, alors qu’une grande partie des maisons et appartements de la ville sont devenus des résidences secondaires et des locations de vacances. Il n’existe à Saint-Malo que 17 places d’hébergement d’urgence pour 150 SDF recensés, alors que des sommes considérables sont dépensées pour des opérations de prestige comme la Route du Rhum (au moins trois millions d’euros payés par la municipalité) ou le musée maritime (quarante millions) et que des bateaux de luxe dont la valeur peut atteindre des centaines de milliers d’euros restent inutilisés dans le port pendant la majeure partie de l’année…

Dans un objectif annoncé de « lutter contre la baisse de la natalité chez les jeunes », le gouvernement a dévoilé la nouvelle phase de son « réarmement démographique ». Parmi les 16 mesures avancées par le ministère de la Santé, on trouve l’envoi d’une lettre à l’ensemble des Français et Françaises âgés de 29 ans. Pourquoi 29 ans ? Il s’agit là de l’âge à partir duquel l’autoconservation des gamètes est autorisée pour les femmes. Bien qu’il se défende de chercher à « mettre la pression » aux mères potentielles, on constate une nouvelle fois que l’intégrité du corps des femmes n’intéresse l’État que lorsqu’il a besoin de les transformer en usine pour produire une nouvelle génération de travailleurs.

Le 5 février, l’armée israélienne a restitué à l’hôpital Al-Shifa 55 corps et 66 sacs contenant des fragments de corps d’hommes, femmes et enfants. Un « cadeau » offert par Israël, qui ne fait pas partie de l’accord de cessez-le-feu. Cela représente à peine 1 % des « disparus » de Gaza, que l’on estime à 14 000, et qui, si l’hôpital arrive à les identifier, viendront s’ajouter au décompte officiel des plus de 71 000 Palestiniens assassinés.

Narges Mohammadi, militante des droits humains et opposante farouche au régime des mollahs, est incarcérée depuis décembre dans la prison de Mashhad. Elle vient d’entamer une grève de la faim pour réclamer le droit de passer des appels téléphoniques, d’avoir accès à ses avocats et de recevoir des visites. La bénéficiaire du prix Nobel de la paix 2023 avait été arrêtée le 12 décembre avec d’autres militants, après avoir pris la parole lors d’une cérémonie en hommage à un avocat retrouvé mort dans des circonstances suspectes. L’ONG Amnesty International avait accusé alors les forces de sécurité d’avoir commis des actes de « torture et autres mauvais traitements » lors de son arrestation, notamment en la « passant violemment à tabac ». Elle avait déjà été arrêtée en novembre 2021 et emprisonnée jusqu’à sa remise en liberté provisoire pour des problèmes de santé fin 2024. Elle a donc passé plusieurs années derrière les barreaux, mais n’a jamais cessé de se battre pour les droits humains et la défense des femmes et des prisonniers politiques. Ses deux enfants, qui vivent à Paris avec son mari, ne l’ont pas revue depuis plus de dix ans. Liberté pour Mohammadi et tous les prisonniers politiques !

Le ministère de l’Intérieur a publié un document qui doit permettre aux préfets de classer les partis selon leur sensibilité en vue des prochaines élections municipales. Ce qui a provoqué des protestations véhémentes des Insoumis qui se sont vus classer à « l’extrême gauche ». Jean-Luc Mélenchon est monté au créneau en parlant de « magouille » et d’une décision « à la Trump ». De son côté, Manuel Bompard y voit une « une opération malhonnête du ministre de l’Intérieur qui veut manipuler les nuances pour tenter d’affaiblir la France insoumise ». Donc la chose est entendue. LFI fait partie de la gauche institutionnelle, et non de l’extrême gauche et est prête à assumer ses responsabilités gouvernementales au service de la bourgeoisie. Cela allait déjà sans dire, mais c’est encore mieux en le disant.

Les polluants éternels (PFAS), ces substances chimiques persistantes omniprésentes dans notre quotidien, pourraient coûter un bras aux citoyens de l’Union européenne d’ici à 2050, selon un rapport commandé par la Commission européenne et qui vient d’être publié. Cette étude évalue notamment les impacts des PFAS sur la santé humaine et les frais associés à la dépollution des sols et de l’eau. D’après elle, les coûts des PFAS pourraient représenter 330 milliards d’euros, selon le scénario le plus économique, qui correspond à l’arrêt total de la production et de l’utilisation des PFAS. Mais le traitement supplémentaire de l’eau potable et le traitement spécifique des eaux usées feraient monter l’addition à 1 700 milliards d’euros. Quant aux industriels, ils ne se verront pas appliquer le principe « pollueurs = payeurs ». C’est le contribuable qui sera sollicité. Comme d’habitude…

La direction du Washington Post, un des journaux de référence aux États-Unis (qui avait notamment révélé le scandale du Watergate poussant le président Nixon à la démission en 1974) a décidé de licencier 300 de ses 800 journalistes en mettant en avant la nécessité de redresser une situation financière qui s’était dégradée au fil des années. Cependant beaucoup y voient la main de Donald Trump qui ne cachait pas son hostilité à la ligne éditoriale du quotidien. Le propriétaire du journal, le multimilliardaire Jeff Bezos, ne cache plus sa proximité avec le président américain, d’autant plus qu’une grande partie de ses entreprises ont d’importants contrats avec l’État fédéral, du stockage de données à l’espace. Face au capitaliste qui possède le titre, les journalistes doivent se soumettre, se démettre ou être virés.

Auditionnée par la commission d’enquête sur l’audiovisuel de l’Assemblée nationale, Rachida Dati, la ministre de la Culture, a accusé des journalistes de Complément d’enquête, le magazine d’investigation de France 2, d’avoir proposé de rémunérer un de ses proches pour obtenir un témoignage à charge. Il faut dire que Dati n’a jamais digéré d’avoir fait l’objet, mi-décembre, d’un numéro de ce magazine intitulé Rachida Dati, la conquête à tout prix, qui dévoilait au grand jour les magouilles, financières et autres, dans laquelle elle est impliquée et qui lui valent d’ailleurs plusieurs poursuites judiciaires. Pressée par les membres de la commission de dévoiler le ou les noms des journalistes impliqués et d’autres preuves, elle s’y est refusée mettant en avant le fait qu’il s’agissait « d’échanges privés ». Alors pourquoi en avoir parlé publiquement ? Comme l’écrit avec humour un journaliste du Huffpost, elle a voulu « jeter un pavé dans la mare, sans dévoiler la nature du caillou ». Et le tout a fait plouf !

La répression se poursuit et s’amplifie dans le pays. Selon l’ONG Human Rights Activists, au moins 50 235 interpellations ont eu lieu depuis le 8 décembre et le déclenchement du vaste mouvement de contestation du régime des mollahs par une bonne partie de la population, qui a culminé les 8 et 9 janvier. L’ONG indique que ces arrestations concernent un large spectre de la société, notamment des adolescents, des étudiants, des écrivains, des soignants, des avocats et des enseignants. Plus de 300 d’entre eux ont été contraints d’aveux forcés diffusés à la télévision. Quant au nombre de morts dus aux gardiens de la révolution, à la police ou à l’armée il oscille entre 30 000 et 40 000. Un véritable carnage.