Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Un rapport de l’ONU alerte sur la surconsommation d’eau douce, la nature n’étant plus capable de la renouveler. « Les termes “stress hydrique” et “crise de l’eau” ne suffisent plus à décrire les nouvelles réalités mondiales », expliquent ces travaux de l’Institut de l’université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé. Pour caractériser la nouvelle situation, le rapport propose donc le terme de « faillite hydrique ». Concrètement, cela signifie que des régions du globe utilisent plus d’eau douce que la nature est capable de renouveler, et que, par ailleurs, les dommages causés aux ressources naturelles (zones humides, nappes phréatiques…) « deviennent difficiles à réparer ». Résultat : les lacs rétrécissent et de plus en plus de fleuves ne se jettent plus dans la mer pendant certaines périodes de l’année. Cerise sur le gâteau : à cause de la pollution générée par les activités humaines (agriculture, transports, industrie…), l’eau douce est de plus en plus de mauvaise qualité et le changement climatique la rend de plus en plus rare. Conclusion : dans ce domaine aussi la planète va droit dans le mur et le capitalisme continue comme si de rien n’était.

Colère et indignation des familles des 40 morts et des 116 blessés piégés par l’incendie de la boite de nuit « Le Constellation », à Crans-Montana, après à la décision de justice d’ordonner la libération du patron, Jacques Moretti, contre le versement d’une caution de 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros). Il sera assigné à résidence chez lui. Pour justifier leur décision, les juges mettent en avant la présomption d’innocence. Fort bien. Mais un autre justiciable qui n’aurait pas disposé d’une telle somme serait resté en prison. Car on a moins de chance de croupir en taule si on a un compte en banque bien garni ou si de riches amis prêts à mettre la main à la poche.

L’ICE, la sinistre police de l’immigration mise sur pied par Donald Trump, ne se contente plus d’assassiner. Elle utilise maintenant des enfants pour piéger leurs parents. C’est ce qui est arrivé au petit Liam Ramos, cinq ans, arrêté alors que les policiers recherchaient son père. Finalement ce dernier a été interpellé dans la banlieue de Minneapolis (Minnesota) et transféré avec son fils dans un centre de détention au Texas. Quatre enfants ont été interpelés dans ces mêmes conditions depuis le début de ce mois. Quant à l’administration Trump elle a affirmé, avec son cynisme habituel, que ces opérations avaient pour but « de protéger les enfants ». En les mettant en prison…

Cette affaire a déclenché l’indignation de la population et des responsables d’un district scolaire du Minnesota où l’enfant allait à l’école. Révoltés par l’assassinat de Renée Good et par ce rapt d’enfant, vendredi 24 janvier, des habitants de Minneapolis ont appelé dans la ville à une grève générale largement suivie et des milliers de personnes ont défilé et se sont assemblées en différents endroits, appelant à « abolir ICE » et à « laisser nos voisins tranquilles ».

Les deux motions de censure présentées contre la partie « recettes » du budget de Sébastien Lecornu, l’une par le Rassemblement national, l’autre par une partie de la gauche, ont été rejetées par les députés. Celle de la France insoumise, du groupe GDR (communiste et ultra-marins) et des écologistes a échoué sans grande surprise du fait de l’abstention du Parti socialiste, qui avait dit et redit qu’il ne souhaitait pas faire tomber le gouvernement. Et, selon toute logique, il en sera de même lorsqu’il s’agira de voter la partie « dépenses » dudit budget. « Pour priver la France de gouvernement et de budget, il faut des raisons sérieuses », a justifié le socialiste Laurent Baumel à la tribune de l’Assemblée. La défense des intérêts des classes laborieuses face à un budget anti-populaire ne serait-elle pas une raison sérieuse ?

Nouveau rebondissement dans le scandale des laits infantiles potentiellement contaminés et commercialisés par les trusts de l’agroalimentaire Nestlé et Lactalis. Un nourrisson est décédé à l’hôpital Haut-Levêque de Pessac, dans la banlieue bordelaise après avoir été admis pour des troubles digestifs. Il avait été alimenté avec du lait infantile de la marque Guigoz du groupe Nestlé. En outre, dans le Maine-et-Loire, le parquet a ouvert une enquête après la mort d’un autre nourrisson survenue le mois dernier au CHU d’Angers dans des circonstances semblables. Un scandale sanitaire qui ne parait guère affecter ces champions de l’agrobusiness qui, même s’ils sont reconnus coupables, s’en tireront avec une amende qui écornera à peine leurs fabuleux profits.

La plus grande ferme terrestre de saumons du monde pourrait bientôt s’implanter dans le terminal portuaire du Verdon-sur-Mer. L’entreprise Pure Salmon, financée par un fonds d’investissement singapourien, ambitionne d’installer 24 bassins pour produire près de deux millions de poissons par an. Ses opposants pointent du doigt le fait que ce projet « complètement démesuré », gourmand en eau et en énergie, menace l’écosystème de l’estuaire, le plus grand et le plus sauvage d’Europe, qui pâtirait des rejets de boues, au détriment de la pêche et de la conchyliculture locales. Ils dénoncent aussi l’entassement des poissons dans les bassins et la qualité de leur nourriture faite de farine et d’ huile issues de poissons pêchés en Afrique de l’Ouest et de soja d’Amérique latine. Sur le terrain plusieurs centaines d’opposants se sont rendus sur le site prévu pour la future usine, à la veille de la clôture de l’enquête publique qui a enregistré plus de 20 000 contributions, quasi toutes défavorables. Dans ce débat, la Commission locale de l’eau, le Bureau de recherches g et Minières et le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde ont rendu des avis eux aussi défavorables. Mais le projet va de l’avant, fort de l’appui d’une partie des collectivités locales à la recherche d’une manne financière et de la bienveillance du ministère de la Mer.

Santé publique France vient de rendre publique la première enquête épidémiologique sur le bien-être et la santé mentale d’enfants scolarisés du CP au CM2 dans l’Hexagone. Et elle pointe du doigt que le harcèlement est « l’un des principaux facteurs susceptibles d’impacter la santé mentale des enfants, avec des conséquences sur leur vie à court et moyen termes ». 16 % des enfants de 6 à 11 ans présentent un trouble de santé mental. Sans surprise, parmi les enfants harcelés, la majorité sont des filles alors que les garçons sont plus nombreux parmi les harceleurs. En moyenne, dans une classe de trente élèves, près de cinq sont harcelés et près de cinq agresseurs, en sachant qu’un enfant peut passer d’un statut à l’autre, voire cumuler les deux, être à la fois harcelé et harceleur. Toujours selon Santé publique France, les enfants concernés « sont le plus souvent issus de familles monoparentales, avec un parent ayant un niveau de diplôme inférieur ou équivalent au baccalauréat, et déclarant une situation financière perçue comme difficile ». Bref de milieu pauvre. Et si l’enquête ne se penche pas sur les causes profondes du phénomène il est évident que des enfants élevés dans une société traversée par toutes sortes de violences, d’inégalités, d’injustices, de discriminations de toutes sortes (d’orignes, de genres, de cultures, de richesses…) ont de fortes chances de se sentir mal dans leur peau et de reproduire des comportements agressifs.

À la suite d’une visite de quatre prisons et d’un établissement pénitentiaire pour mineurs, le Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe a dénoncé l’état des prisons françaises, les comparant à des « entrepôts humains ». Au cours de ces dernières années, de nombreux rapports ont signalé cette situation mais les conditions de détention ont continué à se dégrader. « Nous sommes extrêmement inquiets quant aux conditions d’incarcération en France », a déclaré Alan Mitchell son président dans un communiqué. Et de s’en prendre sans le nommer au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui veut ouvrir d’ici un an et demi 3 000 places supplémentaire dans des prisons modulaires, en écrivant : « Le CPT est fermement convaincu que la construction de nouvelles prisons ou l’augmentation de la capacité des prisons ne constituent pas une solution durable au problème de la surpopulation. » Mais de cela Darmanin s’en moque. Il veut emprisonner à tout-va et rendre plus difficiles les libérations. Les prisons sont un enfer qui reflète l’image d’une société pourrissante.

Dans son rapport annuel sur l’état du sexisme dans le pays, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, un organisme rattaché à Matignon, alerte sur les risques liés au masculinisme, une idéologie qui défend la suprématie masculine et accuse les femmes d’être à l’origine d’une dégradation des conditions des hommes et de leur rôle. C’est une forme de sexisme poussé à l’extrême et qui peut aboutir à des drames, notamment des féminicides. Selon ce rapport, la France « accuse un retard préoccupant dans l’identification et le traitement de ce phénomène », alors que d’autres pays, comme le Canada et le Royaume-Uni l’ont intégré à leurs dispositifs de lutte contre l’extrémisme violent. Et pour cause. Au Canada, en 1989, un homme qui se revendiquait antiféministe a tué par balles 14 femmes à l’école Polytechnique de Montréal. En France, un homme de 18 ans a été interpellé l’été dernier à Saint-Étienne (Loire) car il était suspecté de vouloir attaquer des femmes avec des couteaux. Dénoncer le masculinisme est une bonne chose. Cependant le faire disparaître ne sera possible qu’en changeant radicalement l’image et la position de la femme dans toutes les sphères sociales. Mais il ne faut pas compter sur la société bourgeoisie pour faire ce travail.