Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Dans un rapport qu’elle a rendu public, une commission d’enquête britannique a mis en cause le rôle d’un patrouilleur de la marine française et des gardes-côtes britanniques dans le naufrage d’une embarcation de migrants qui a fait 27 morts et quatre disparus, principalement des Kurdes d’Irak, le 24 novembre 2021. Seuls deux migrants avaient survécu au naufrage. Les malheureux étaient entassés dans un canot pneumatique qui a commencé à sombrer à la limite des eaux françaises et britanniques. Il a fallu attendre 12 heures pour qu’un chalutier les repère, malgré plusieurs appels de détresse. Jusqu’alors personne ne leur était venu en aide, ni côté français, ni côté britannique, chacun passant la nuit à se renvoyer la balle. Dans ses conclusions, le président de la commission, Ross Cranston, estime que « beaucoup de vies, voire toutes » auraient pu être sauvées si le patrouilleur Flamant, de la marine française, qui se trouvait à proximité de l’embarcation en difficulté, avait répondu à leurs SOS. Pire, sur leurs radios respectives, gardes-côtes britanniques et militaires français avaient ironisé sur la situation de ces migrants. Depuis, sept militaires ont été mis en examen dans cette affaire par la Cour de cassation pour des faits de non-assistance à personne en danger. Mais cela n’empêchera pas le climat raciste à l’égard des migrants, qui les fait souvent considérer par nos dirigeants et leurs subalternes comme quantité négligeable, de prospérer.

Il y a cinq mois, Caroline Grandjean, 43 ans, directrice d’école à Moussages, un village de 200 habitants, se donnait la mort, car elle ne supportait plus le harcèlement lesbophobe dont elle était victime. Des tags « sale gouine » et « gouine = pédophile » avaient notamment été découverts sur les murs de l’établissement. Une enquête avait été ouverte, puis classée sans suite, en mars 2025, « en l’absence de faits nouveaux », avait alors indiqué le parquet. Suite à son suicide une enquête administrative a été ouverte qui constate une « défaillance institutionnelle » reposant « en partie sur le sentiment éprouvé par l’enseignante que l’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents ». Bref, elle avait été laissée seule face aux propos et aux attitudes homophobes de son environnement. Peu après sa mort sa compagne, Christine Grandjean-Paccoud, avait dénoncé l’inaction de sa hiérarchie. Et d’ajouter aujourd’hui : « C’est un sentiment de satisfaction que l’Éducation nationale reconnaisse une défaillance mais derrière, il y a des responsables et ils ne sont pas reconnus dans le rapport. » Quant au ministère de l’Éducation nationale, il assure qu’à l’avenir ce genre de cas sera traité « avec toute l’humanité et le discernement requis ». Ce qui n’engage à rien de concret pour lutter contre l’homophobie au sein de l’Éducation nationale.

C’est Mediapart qui a levé le lièvre. Philippe Goujon, maire Les Républicains du 15e arrondissement et soutien de poids de Rachida Dati, a octroyé 200 000 euros de marchés publics à son gendre en 2020 pour faire fabriquer des masques contre le Covid. Il ne conteste pas les faits mais assure que d’autres entreprises avaient été sondées, sans fournir le moindre élément qui l’attesterait. Cerise sur le gâteau, Goujon avait utilisé à l’époque cette commande dans sa campagne électorale pour montrer son « efficacité »… sans mentionner ses liens avec son gendre. C’est ce qu’on appelle avoir le sens de la famille… et des affaires.

Jean-Marc Morandini, une des vedettes de la chaîne d’extrême droite CNews et déjà définitivement condamné dans deux affaires de pédocriminalité, fait l’objet d’une nouvelle plainte pour « tentative de corruption de mineurs », émanant d’un homme de 31 ans qui aurait été approché par le journaliste alors qu’il était lycéen. Si ces affaires ont entrainé une certaine gêne dans les rangs de ses collègues qui, jusque-là, s’étaient surtout illustrés par un silence complice, le propriétaire de la chaîne, le milliardaire Vincent Bolloré, a décidé de le maintenir à l’antenne. Du moins pour l’instant. Bolloré, un catholique traditionaliste, n’aurait-il retenu qu’une seule phrase du Nouveau Testament : « Laissez venir à moi les petits enfants » ?

Le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb va déposer une nouvelle proposition de loi pour tenter de réintroduire l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde utilisé pour contrôler divers ravageurs dans les cultures, mais toxique pour les abeilles et persistant dans l’environnement, avec des effets potentiels sur la santé humaine, notamment des fausses couches. L’été dernier, le premier texte de Duplomb, partiellement censuré par le Conseil constitutionnel, avait suscité un vaste mouvement de protestation matérialisé par plus de deux millions de signatures sur une pétition réclamant son abrogation. Mais, fort du soutien de l’agrobusiness et du silence embarrassé voire complice du gouvernement, le sénateur de droite veut aller de l’avant. Des manifestations sont prévues ce week-end à travers le pays, à l’initiative de plus de 80 organisations s’opposant à cette loi. Un rassemblement est également fixé mercredi 11 février à Paris pour coïncider avec le débat prévu à l’Assemblée.

Le 5 février, Christophe, un SDF de 58 ans, a été retrouvé mort dans des toilettes publiques de Saint-Malo suite à un malaise. Christophe avait travaillé comme marin pendant 37 ans, après avoir embarqué pour la première fois à l’âge de quinze ans et demi. C’est à la suite d’une séparation qu’il s’était retrouvé à la rue et n’avait pas réussi à retrouver de logement, alors qu’une grande partie des maisons et appartements de la ville sont devenus des résidences secondaires et des locations de vacances. Il n’existe à Saint-Malo que 17 places d’hébergement d’urgence pour 150 SDF recensés, alors que des sommes considérables sont dépensées pour des opérations de prestige comme la Route du Rhum (au moins trois millions d’euros payés par la municipalité) ou le musée maritime (quarante millions) et que des bateaux de luxe dont la valeur peut atteindre des centaines de milliers d’euros restent inutilisés dans le port pendant la majeure partie de l’année…

Dans un objectif annoncé de « lutter contre la baisse de la natalité chez les jeunes », le gouvernement a dévoilé la nouvelle phase de son « réarmement démographique ». Parmi les 16 mesures avancées par le ministère de la Santé, on trouve l’envoi d’une lettre à l’ensemble des Français et Françaises âgés de 29 ans. Pourquoi 29 ans ? Il s’agit là de l’âge à partir duquel l’autoconservation des gamètes est autorisée pour les femmes. Bien qu’il se défende de chercher à « mettre la pression » aux mères potentielles, on constate une nouvelle fois que l’intégrité du corps des femmes n’intéresse l’État que lorsqu’il a besoin de les transformer en usine pour produire une nouvelle génération de travailleurs.

Le 5 février, l’armée israélienne a restitué à l’hôpital Al-Shifa 55 corps et 66 sacs contenant des fragments de corps d’hommes, femmes et enfants. Un « cadeau » offert par Israël, qui ne fait pas partie de l’accord de cessez-le-feu. Cela représente à peine 1 % des « disparus » de Gaza, que l’on estime à 14 000, et qui, si l’hôpital arrive à les identifier, viendront s’ajouter au décompte officiel des plus de 71 000 Palestiniens assassinés.

Narges Mohammadi, militante des droits humains et opposante farouche au régime des mollahs, est incarcérée depuis décembre dans la prison de Mashhad. Elle vient d’entamer une grève de la faim pour réclamer le droit de passer des appels téléphoniques, d’avoir accès à ses avocats et de recevoir des visites. La bénéficiaire du prix Nobel de la paix 2023 avait été arrêtée le 12 décembre avec d’autres militants, après avoir pris la parole lors d’une cérémonie en hommage à un avocat retrouvé mort dans des circonstances suspectes. L’ONG Amnesty International avait accusé alors les forces de sécurité d’avoir commis des actes de « torture et autres mauvais traitements » lors de son arrestation, notamment en la « passant violemment à tabac ». Elle avait déjà été arrêtée en novembre 2021 et emprisonnée jusqu’à sa remise en liberté provisoire pour des problèmes de santé fin 2024. Elle a donc passé plusieurs années derrière les barreaux, mais n’a jamais cessé de se battre pour les droits humains et la défense des femmes et des prisonniers politiques. Ses deux enfants, qui vivent à Paris avec son mari, ne l’ont pas revue depuis plus de dix ans. Liberté pour Mohammadi et tous les prisonniers politiques !