Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Interrogé sur France 2 dans l’émission Quelle époque sur le fait que 16 % de la population ne mange pas à sa faim du fait de l’inflation, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, n’a pas hésité à évoquer son cas personnel : « J’essaie d’être juste, de faire attention à ce que les prix baissent pour le consommateur. Parce que j’ai moi-même une famille nombreuse, j’ai quatre enfants à nourrir. » Avant de s’apitoyer de façon indécente sur les prix prohibitifs des paquets de pâtes. Rappelons qu’outre un salaire d’environ 10 000 euros net par mois, Le Maire jouit d’un appartement et d’une voiture de fonction avec chauffeur. Le prix des pâtes doit donc assez peu écorner son pouvoir d’achat. À la différence des dix millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.

1800 victimes et ayants droit de l’exposition à l’amiante se sont vu refuser un procès au pénal par le tribunal correctionnel de Paris. Les dossiers ont été jugés trop « flous ». Pourtant l’amiante est reconnu cancérigène depuis 1970 et interdit en 1997 suite aux premières plaintes déposées en 1996. Ils et elles ont travaillé dans le bâtiment, l’automobile ou le nettoyage, certains sont décédés du cancer de la plèvre ou d’autre affections. Les survivants et leurs familles vont continuer à réclamer justice contre un patronat qui tue et ses complices.

Macron a annoncé des baisses d’impôts pour ceux qu’il appelle « les classes moyennes ». Autrement dit, les travailleurs qui gagnent entre 1500 et 2500 euros par mois, soit 15 millions de ménages… qui devront se partager une enveloppe de deux milliards. Ce genre de « cadeaux » ne sert qu’à se payer un vernis social, et surtout à exonérer le patronat des augmentations de salaire qui pourraient nous permettre de faire face à l’inflation. Car l’impôt le plus injuste reste encore la TVA, ce que chaque passage à la caisse du supermarché nous rappelle.

Le Parlement du Premier ministre Victor Orban a adopté une résolution qui réaffirme que la Hongrie n’est pas « un pays d’immigration ». Le même jour, il a voté une loi qui permet de faire venir des travailleurs des Balkans, d’Indonésie ou du Kenya par le biais d’agences d’intérim qui proposent aux patrons hongrois les services de ces travailleurs flexibles à souhait et sous-payés.
Voilà comment l’extrême droite livre de la main-d’œuvre pas chère au patronat.

Vendredi 19 mai, rassemblement au pied de l’hôtel Carlton à Cannes. Ce n’était ni la conférence de presse du dernier Indiana Jones, ni la séance photos de la prochaine Palme d’or. Plusieurs salariés de l’hôtellerie-restauration ont profité de la visibilité du festival pour manifester contre la réforme des retraites et pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Aucune star ne pourrait briller si des milliers de travailleurs n’étaient pas à l’œuvre.

Bachar el-Assad, président de la Syrie, est l’invité d’honneur du sommet de la Ligue arabe. C’est une première depuis 2011. Les dirigeants arabes qui l’accueillent aujourd’hui à bras ouverts décident donc de passer l’éponge sur dix ans de guerre civile et 500 000 morts. Mais cela leur importe peu. Pour sauver leur place, ces mêmes dirigeants seraient capables d’une répression aussi féroce. Bien plus urgent pour eux est de négocier avec Assad le renvoi dans leur pays des cinq millions de réfugiés actuellement en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Irak. Ils se moquent bien, au passage, de la répression et de la misère qui les attendent en Syrie.

La justice a reçu une notice rouge d’Interpol demandant l’arrestation du gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, à la suite du mandat d’arrêt international émis à son encontre par la justice française. Salamé, 72 ans, fait l’objet d’une série d’enquêtes judiciaires dans son pays et à l’étranger pour soupçons de fraude, de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite. Mais, via la presse, il a lancé un avertissement aux politiques : « Si le navire doit couler, ce sera avec tout le monde. » Aussitôt le juge Jean Tannous, qui a mené les enquêtes préliminaires en tant qu’avocat du parquet général, a indiqué : « le Liban n’extrade aucun citoyen libanais vers un pays étranger, même s’il possède une autre nationalité. Par conséquent, tout mandat d’arrêt émis à l’encontre d’un Libanais n’est pas juridiquement contraignant. Le Liban doit juger le citoyen libanais pour les actes criminels pour lesquels le mandat d’arrêt a été émis. » Ce qui a peu de chance d’arriver. Rappelons que la demande d’extradition visant l’ancien patron de Renault, Carlos Ghosn, est toujours dans les limbes depuis 2019 et que ce dernier continue à se prélasser dans sa luxueuse résidence beyrouthine. Riad Salamé peut dormir tranquille.

Il n’y a pas que de ce côté de la Manche que les milliardaires se portent bien. Ceux qui vivent dans le riant royaume de Charles III ne vont pas trop mal non plus. Selon la dernière « Liste des riches », publiée par le très conservateur Sunday Times, le pays compte désormais 171 milliardaires dont la fortune globale s’élève à 684 milliards de livres sterling (787 milliards d’euros), soit une progression de 31 milliards par rapport l’an dernier. En outre, les 350 familles les plus riches possèdent ensemble 795,5 milliards de livres sterling (915 milliards d’euros), soit l’équivalent du produit intérieur brut d’un pays comme la Suisse. Quant au nombre de pauvres il est, lui aussi, en forte progression.

Pour la première fois, des scientifiques de la revue One Earth ont calculé le coût des dommages économiques engendrés par les firmes pétrogazières. Leur rapport, commenté par The Guardian, défend l’idée que ces entreprises, les plus responsables des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère devraient utiliser une partie de la richesse ainsi engrangée pour indemniser les très nombreuses victimes, notamment dans les pays les plus pauvres. BP, Shell, ExxonMobil, et autre Total auraient à payer, chaque année, plus de 209 milliards de dollars, soit environ 193 milliards d’euros, en « réparations climatiques ». Le constat est sans doute juste. Mais pour obliger les multinationales du secteur à agir, une condamnation morale sera bien insuffisante. Pour cela il faudrait prendre le taureau par les cornes et les obliger par la force à rendre gorge, en les expropriant sans indemnité ni rachat.