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Brèves

L’actualité en bref

Après la fusillade sur l’île de Djerba aux abords d’une synagogue, qui a fait cinq morts (trois gendarmes et deux Juifs) alors que de nombreux fidèles participaient à un pèlerinage traditionnel, le président Kaïs Saïed a réfuté toute allégation d’antisémitisme d’État. Il a de plus refusé de qualifier cette tuerie d’acte terroriste, voire de parler d’antisémitisme. Bien sûr nul ne sait les motivations profondes du tireur (lui-même gendarme) qui a été abattu sur place. Mais on peut se demander si l’atmosphère raciste et xénophobe entretenue depuis des semaines par Saïed à l’encontre notamment des migrants subsahariens et l’exhalation d’une Tunisie avant tout musulmane et arabe n’ont pas joué un rôle déclencheur dans le passage à l’acte du tueur.

En 1987, Daniel Morgan, un homme d’une quarantaine d’années, était abattu par la police alors qu’il se trouvait à côté de sa voiture dans le quartier de Sydenham, dans le sud-est de Londres. Et, depuis lors, aucun policier n’a été ni inculpé, ni même inquiété pour ce meurtre. Deux enquêtes n’ont donné aucun résultat, faute notamment de la collaboration de la police. Cette dernière vient d’affirmer avoir découvert un peu « par hasard » 37 dossiers concernant cette affaire qui avaient été « égarés ». Ils se trouvaient en fait dans un coffre-fort de la direction de Scotland Yard. Parmi eux, certains documents concernant directement la mort de Daniel Morgan, et aussi d’autres du ministère de l’Intérieur pointant « la corruption généralisée et systémique » qui gangrènerait la police métropolitaine. Sherlock, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, s’est insurgé contre la perspective d’un blocage de l’aide financière à l’Autorité palestinienne, demandé par son collègue hongrois Olivér Várhelyi, commissaire européen en charge de la politique de voisinage. Ce dernier justifie sa demande en mettant en avant « des contenus jugés haineux et antisémites dans les manuels scolaires palestiniens ». Son opposition à l’antisémitisme et au racisme serait plus crédible si, dans le même temps, il avait demandé des sanctions économiques et financières contre Israël du fait des contenus haineux et arabophobes de ses manuels scolaires. Mais bizarrement il n’y a pas pensé.

À l’occasion du festival international du film, la CGT a décidé de se mobiliser et de « faire son cinéma ». Elle appelle à manifester vendredi 19 mai sur le parvis de l’hôtel Carlton et, deux jours plus tard, sur le boulevard Carnot. Les casseroles vont se faire entendre. De son côté le préfet des Alpes-Maritimes, Bernard Gonzalez, a signé le 11 mai un arrêté interdisant toutes les manifestations dans la ville durant la 76e édition du festival qui se déroulera du 16 au 27 mai. Et il jure que cela n’a rien à voir avec le mécontentement social actuel. Il s’agit simplement, comme chaque année, de « garantir l’ordre public à l’occasion de cet événement d’ampleur exceptionnelle à caractère international » où 120 000 personnes sont attendues. De son côté, la CGT a annoncé qu’elle maintenait les rassemblements prévus.

La semaine dernière, pendant trois jours d’affilée, les travailleurs de l’usine Stellantis de Pomigliano (près de Naples) ont débrayé contre l’augmentation de la charge de travail. Ce mouvement a été suivi par 80 % des ouvriers des lignes de montage de la Fiat Panda et de l’Alfa Romeo Tonale. Les grévistes ont défilé dans les ateliers au cri de « Dignità ! dignità ! » (Dignité, dignité). L’usine alterne longues périodes de chômage partiel et périodes de travail avec des rythmes insupportables. Selon une étude syndicale, un ouvrier sur quatre serait atteint de troubles musculo-squelettiques. En Italie non plus les travailleurs ne veulent pas être victimes de la course au profit de Stellantis.

Des soldats appartenant à l’armée régulière malienne, épaulés par des combattants non identifiés mais appartenant très probablement à la milice russe de mercenaires Wagner, ont exécuté au moins 500 personnes en mars 2022 au cours d’une opération conduite à Moura, une localité du centre du pays, a rapporté le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Toutes les victimes appartenaient à la minorité peule. L’ONG Human Rights Watch avait alors dénoncé « la pire atrocité » perpétrée depuis dix ans et le début des troubles. De son côté, la junte militaire avait affirmé que son armée n’avait exécuté que des « terroristes djihadistes ». Une version rapidement remise en cause par les témoignages obtenus par la presse et par des organisations de défense des droits humains. Les militaires au pouvoir avaient alors annoncé « lancer une enquête » qui n’a toujours pas abouti. Les assassins en uniforme peuvent dormir tranquilles.

Le Parlement portugais a voté une loi dépénalisant l’euthanasie, qui rangera le pays parmi les rares – le Benelux et l’Espagne – permettant à une personne atteinte d’une maladie incurable de mettre fin à ses souffrances. Le texte a été adopté par 129 voix contre 81. Avant son adoption, il s’était heurté aux réserves de la Cour constitutionnelle mais aussi à celles du président Marcelo Rebelo de Sousa, un conservateur et fervent catholique. Cela dit, avant d’être appliquée, la nouvelle loi risque de se heurter à l’hostilité de nombreux médecins qui invoqueront une objection de conscience pour ne pas pratiquer l’euthanasie comme beaucoup le font déjà par rapport à l’avortement, pourtant légalisé en 2007 par référendum.

L’IA, l’intelligence artificielle, fait ses derniers temps la une de nombreux magazines. Mais fort peu de gazettes se sont penchées sur l’envers du décor. c’est-à-dire sur les conditions de travail et de salaire des petites mains qui préparent, annotent et mettent en forme les milliers de documents qui seront ensuite digérés par l’ordinateur. Et cet envers, comme le révèle Le Canard enchaîné, est fort peu reluisant. Le groupe Teleperformance, spécialisé dans ce domaine, opère depuis Madagascar où le salaire minimum est de 38 euros par mois. Une autre entreprise locale, Oworkers, est plus généreuse et paie ses salariés 3 euros de l’heure. Au Kenya, OpenAI verse royalement deux euros de l’heure à ses employés. Quant aux patrons, ils n’ont eux pas trop à se plaindre puisque les entreprises spécialisées dans ce domaine devraient engranger cette année 400 milliards d’euros de revenus. Réels, pas virtuels.

De passage à Bayonne, en Pays basque, pour la pose de la première pierre de la future cité judiciaire, Éric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, en a profité pour donner une interview de deux pages au quotidien régional, Sud Ouest. À la question du journaliste, « Quelle responsabilité assignez au gouvernement dans la colère qui s’exprime actuellement ? », il répond : « Le 49.3 est un texte que vous n’avons pas inventé. » Très juste. Mais que penserait l’ancien avocat d’un homme qui, après abattu son voisin à coups de révolver, affirmerait pour sa défense « Ce n’est pas moi qui ai inventé le colt ! » Il aurait peu de chance d’été acquitté.