Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

François Jay, ancien conseiller municipal et métropolitain bordelais du groupe Rassemblement national (RN), vient d’être mis en examen pour proxénétisme et blanchiment aggravés. Il louait des chambres à un réseau de prostitution qui employait de jeunes chinoises en situation irrégulière. Cela lui aurait rapporté 200 000 euros en six mois. Bref, il pourfendait, le jour, les étrangers qu’il exploitait clandestinement la nuit. Et il n’est pas le seul. Récemment, un autre élu du RN, viticulteur et xénophobe, faisait venir en douce des ouvriers agricoles de l’étranger pour cultiver ses vignes. Ces gens-là sont non seulement de vrais salauds mais aussi de parfaits hypocrites.

L’Obs publie un entretien avec François Hollande sous le titre : Son plan pour taxer les ultra-riches. Et d’expliquer ses recettes « pour taxer davantage les plus riches sans les faire fuir à l’étranger » et pour récupérer 15 milliards d’euros par an. Une goutte d’eau comparée aux profits record des grands groupes. Mais il a attendu de ne plus être aux affaires depuis sept ans pour se rappeler qu’il avait proclamé pendant sa campagne électorale de 2012 être l’« ennemi de la finance ». On a vu la suite. Avec lui les riches peuvent dormir tranquilles.

Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, a adressé un courrier au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pour dénoncer « des atteintes graves aux droits fondamentaux » par la police lors de gardes à vue de personnes interpellées à Paris dans des manifestations contre la réforme des retraites. Datée du 17 avril sa lettre vient d’être rendue publique. Elle constate notamment à un « recours massif » à des interpellations et des gardes à vue « préventives ». Et elle poursuit : « Certains agents ont eu pour consignes et ordres hiérarchiques d’interpeller sans distinction toute personne se trouvant dans un secteur ou un autre de la capitale. » Dans sa réponse en date du 2 mai Gérald Darmanin ne nie pas les faits, mais estime que la contrôleuse « excède ses compétences, notamment lorsqu’elle dénonce une instrumentalisation des mesures de garde à vue à des fins répressives ». Il demande, en quelque sorte, le droit de pouvoir matraquer en paix. Circulez, il n’y a rien à voir !

Le gouvernement de Rome vient de supprimer le « revenu de citoyenneté », une aide bénéficiant à des millions de personnes pauvres, notamment dans les régions du Sud frappées par la précarité. Il sera remplacé par un « chèque d’inclusion » au périmètre plus limité. Alors que le « revenu de citoyenneté » était destiné à toute personne justifiant de revenus très modestes – y compris les jeunes – le « chèque d’inclusion » sera réservé aux familles composées de personnes présentant un handicap, de mineurs ou de plus de 60 ans. Dans le même temps Meloni a annoncé un assouplissement des embauches en contrat à durée déterminée et une exonération de cotisations patronales pendant un an pour les entreprises recrutant un allocataire du « chèque d’inclusion » en contrat à durée indéterminée ou en tant qu’apprenti. En résumé, serrer la ceinture aux plus pauvres et faire des fleurs aux patrons, soi-disant « pour lutter contre le chômage ». Un programme que ne désavouerait pas Macron.

N’écoutant que son courage – et répondant à l’invitation du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui avait encouragé les parlementaires à venir observer le travail des forces de l’ordre sur le terrain – le sénateur socialiste Jérôme Darain, a quitté les ors du palais du Luxembourg pour participer à la manifestation du 1er mai à Paris… dans les rangs des policiers. Il a donc intégré une unité non-motorisée des fameuses Brigades de répression des actions violentes (Brav) qui ont fait parler d’elles ces derniers temps. Et là tout s’est bien passé. Il estime avoir désormais une vision plus précise des « contraintes et du niveau de violence » auxquels les policiers peuvent faire face, jugeant par exemple « hallucinant », le nombre des projectiles visant les forces de l’ordre. Il a aussi noté « une forme de retenue dans le dispositif policier ». Si avec ça Darmanin n’est pas content, c’est à désespérer ! Pour être tout à fait objectif, Darain devrait la prochaine fois se risquer dans les rangs des manifestants. Mais il ne semble pas y avoir pensé !

C’est Mediapart qui le dit. Alors que les neuf membres du Conseil constitutionnel rendent aujourd’hui leur décision sur la seconde proposition de référendum sur la réforme des retraites, deux dirigeants éminents de cette auguste assemblée – les anciens premiers ministres Laurent Fabius et Alain Juppé – ont bénéficié de retraites très anticipées, le premier à 50 ans et le second à 57 ans. Mais cela ne les empêche nullement d’approuver que les autres travaillent jusqu’à 64 ans.

L’ancien Premier ministre François Fillon, retiré de la vie politique depuis sa défaite à la présidentielle de 2017 et qui traine depuis quelques casseroles, a été auditionné à l’Assemblée nationale par la commission d’enquête sur « les ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères […] visant à influencer ou corrompre des relais d’opinion, des dirigeants ou des partis politiques français ». L’ancien locataire de Matignon avait siégé un temps aux conseils d’administration des entreprises russes Sibur (pétrochimie) et Zarubeshneft (hydrocarbures) et ne cachait pas sa proximité avec Vladimir Poutine. Mais il ne faut pas lui jeter la pierre. Il est pratique courante que d’anciens ministres, parlementaires ou hauts fonctionnaires monnayent leurs réseaux et carnets d’adresses auprès d’entreprises françaises ou étrangères. Et certains n’attendent même pas de quitter leurs fonctions pour se laisser aller à la corruption et au trafic d’influence. Fillon ne détonne donc pas trop dans le monde de la politique

Le 3 mai a été proclamé « Journée mondiale de la liberté de la presse » par l’assemblée générale des Nations unies en 1993. Tous les ans, cette date est, parait-il, l’occasion de rappeler les principes fondamentaux de la liberté de la presse, de l’évaluer à travers le monde, de défendre l’indépendance des médias et de rendre hommage aux journalistes qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur profession. Et le bilan est plutôt mitigé. En 2022, 68 journalistes et travailleurs des médias ont été assassinés. En 30 ans ils ont été 2 900 à perdre vie en exerçant leur métier. Selon Reporters sans frontières, globalement, les conditions d’exercice du journalisme sont mauvaises dans sept pays sur dix. De plus, dans de nombreux pays la plupart des médias sont aux mains d’un petit nombre de capitalistes, ou bien dans celles de l’État, sans oublier la multiplication des officines de désinformation. On pourrait dire que la presse est partout, mais la liberté nulle part.

Pour la journée internationale de lutte des travailleurs du 1er mai, Macron et ses ministres se sont fendus d’une photo. Accompagnée d’un petit mot d’encouragement : « Vous qui vous levez tôt pour nous nourrir […] En ce 1er mai, à tous les travailleurs, merci. » Par la grève, les casseroles ou les sifflets, les travailleurs lui répondent « non merci ». La retraite des morts et les politiques de casse sociale, on n’en veut pas… ni d’ailleurs de sa bienveillance hypocrite. Il faut continuer de le dire, dans les luttes et dans la rue.